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*Le suspens est tombé, Antoine Gizenga a rencontré Joseph Kabila. *Le
duo gagnant du 2ème tour de la présidentielle se dessine. *Comme en
1960, on va vers une coalition gagnante des nationalistes lumumbistes.
*Le patriarche lumumbiste est sorti de sa résidence pour la première
fois à la rencontre d’un président de la République. *A cette occasion,
Antoine Gizenga a félicité Joseph Kabila pour la première place occupée
au premier tour. *Homme de principe, quand Gizenga se déplace, c’est
qu’il y a une avancée significative.
La situation de la présidentielle au
deuxième tour se dessine. Il n’y aura pas de coup de théâtre. La
rencontre d’hier entre Antoine Gizenga et Joseph Kabila augure une
répétition heureuse de l’histoire du Congo. Les deux personnalités sont
bien parties pour une conjugaison d’efforts au deuxième tour de la
présidentielle pour arracher la victoire finale.
Pour marquer l’intimité et le caractère
privé pour ne pas dire partisan de la rencontre, elle a eu lieu à la
résidence du chef de l’Etat. C’était l’occasion pour le patriarche
Antoine Gizenga de féliciter Joseph Kabila pour la place qu’il a
occupée au premier tour de la présidentielle. Ceux qui s’étonnaient des
distances que le leader du Palu observait vis-à-vis de ceux que l’on
considère à juste titre comme étant de sa lignée politique ont compris
qu’à chaque chose son temps. Antoine Gizenga est un politicien averti
qui ne fait rien au hasard. S’il avait jusque-là gardé ses distances,
ce n’est ni par stratégie ni par méfiance. Tout pour lui est fonction
d’opportunité et de démarche. Sous Mzée Laurent Désiré Kabila, avec
Yerodia comme directeur de cabinet, des contacts avaient été pris entre
les deux des survivants des nationalistes lumumbistes. Mais à l’époque,
Gizenga suivait une logique implacable. Il n’était pas question de
pourparlers avec le camp Kabila tant que les activités des partis
politiques restaient suspendues. Car, estimait-il, il ne pourrait aller
à ces pourparlers que comme secrétaire général du Palu. Après Mzée
Laurent Désiré Kabila, l’actuel chef de l’Etat pensait bien rencontrer
le patriarche. Mais quelle en serait l’opportunité lorsqu’on sait que
Gizenga refuse la parlote. Il ne s’engage que dans des choses qu’il
juge conduire à du concret. Pour Gizenga donc, il fallait se soumettre
à la légende de la chenille chère à son parti politique. Il n’était pas
question de toucher à la chenille tant qu’elle était couchée par le
dos. Il fallait attendre qu’elle se retourne pour savoir de quelle
chenille il s’agit. On peut donc la toucher sans danger. La chenille ne
donnant plus le ventre, les militants du Palu vont saisir l’opportunité
de remettre les nationalistes aux affaires avec plénitude du pouvoir.
Leçon de l’histoire
Le Congo est bien un pays curieux. Il
est très difficile d’y appliquer les théories jugées ailleurs comme
vérifiées et irréversibles. En matière politique, la pratique ne cesse
de contredire les théories. Mais, lorsque les choses se répètent
heureusement, c’est un événement. Un homme d’Etat américain s’étonnait
de voir Mzée Laurent Désiré Kabila réussir la pacification du Congo à
quelques semaines seulement de la prise du pouvoir, alors que selon la
théorie que cet Américain enseignait depuis des décennies, l’après
régime totalitaire est suivi nécessairement d’un chaos indescriptible.
Quelques heures après, c’était le tour de Mzée de s’étonner de la
réplique de cet Américain. Le chef de l’Etat lui répondit que
connaissant ses compatriotes, il avait estimé qu’il fallait à tout prix
suspendre les activités politiques, le temps de mettre de l’ordre dans
la boutique. Mais voilà qu’une fois rentré chez lui, l’Américain
demandera avec insistance à Mzée de libéraliser les activités
politiques.
Il y a dans cette attitude la mauvaise
appréciation de la situation congolaise par certains milieux de la
communauté internationale. Il faut donc laisser les Congolais créer un
espace politique capable de leur apporter la paix. Gizenga avec Joseph
Kabila, ce sera la rigueur et la bonne gouvernance. On doit le
comprendre. Vouloir le contraire, c’est jouer contre le Congo. Une
fois, on peut croire à une erreur, deux fois à une méprise, mais trois
fois, il y a lieu d’y voir une mauvaise foi.
Attention au groupe de Binza new look
En 1960, la vague des indépendances
embrasse le Congo. Alors qu’ailleurs l’indépendance ouvrait une heure
d’auto développement, au Congo il sera suivi d’un chaos indescriptible,
confirmant ainsi la théorie de l’Américaine Albritgh. Le pays ne
respirera qu’avec le régime totalitaire de Mobutu qui avait pris la
place du totalitarisme colonial. On peut dire, au regard de cette
expérience, que Kasa-Vubu et Lumumba auraient eu pour péché, le
maintien des institutions démocratiques.
Pourquoi ne pas croire jusque-là qu’il
n’y aurait la paix au Congo que sous un totalitarisme à la Mobutu ? Il
y aurait, semble-t-il, des Congolais qui regretteraient Mobutu et qui
seraient prêts à introniser celui qui se présenterait comme le plus
grand émule du Maréchal du Zaïre. Beaucoup de politiciens congolais
avaient manifesté une haine viscérale contre Mzée Laurent Désiré Kabila
parce qu’il tenait mordicus aux élections et rejetait les combines
politiciennes auxquelles on l’invitait dans le but de se partager le
pouvoir. Il a payé pour ses convictions sans que ceux, à l’extérieur du
Congo se font passer pour apôtres de la démocratie, lui témoignent
davantage de sympathie. On ne veut pas voir ressusciter le groupe Binza.
Jouer le jeu jusqu’au bout
Certains Congolais entonnant le refrain
sur la démocratie plus pour plaire à une certaine opinion
internationale, lui donnant l’occasion de justifier son mépris
vis-à-vis d’un homme Mzée Laurent Désiré Kabila, dont le seul péché est
d’avoir appris aux Congolais à compter avant tout sur leurs propres
forces, ont pris les armes soi-disant pour instaurer la démocratie dans
ce pays. Les voilà devant l’occasion de jouer le jeu démocratique.
Chassez le naturel, il revient au galop. On a vécu une campagne
électorale sans discours démocratique. A la place, on a fait recours au
sinistre Honoré Ngbanda pour raconter des histoires à faire dormir
debout. En lieu et place de projet de société, on s’est mis à aboyer
avec la rue sur la vente des rivières, sur la vente des marchés, sur la
vente des cartes d’électeurs, sur la vente du vent... Prenant le peuple
congolais pour imbécile, on croyait avoir mis tout le pays sous sa
coupe en trompant quelques Kinois. On est surpris par les résultats.
Non seulement celui qu’on voulait vouer aux gémonies a distancé tout le
monde, mais aussi, son parti politique va allègrement vers une majorité
parlementaire confortable. Même dans les circonscriptions où le chef de
l’Etat avait réalisé un petit score, son parti politique et dans une
certaine mesure sa plate-forme, l’Amp glane des sièges. Ce résultat,
même s’il faut attendre le dernier affichage par la Cei, démontre que
Joseph Kabila n’avait pas besoin de fraude pour s’imposer. Ce qu’on
peut du reste reprocher au Pprd et à l’Amp, c’est d’avoir oublié que la
fraude existe. Même si elle ne les tente pas, mais rien ne dit que
l’adversaire n’en fera pas usage. C’est ce qui est arrivé
malheureusement. Certains candidats doivent leur score à des actes peu
recommandables dans une démocratie, même naissante.
Pour être premier ministre, il faut être dans la majorité
Beaucoup de personnes ne suivent pas la
publication des résultas des législatives. Ou ils suivent, mais se
contentent de telle ou telle autre personne connue qui est élue. Ils ne
réalisent pas l’implication qu’aura le fait d’aligner plusieurs
députés. Puisqu’ils ignorent jusqu’à la procédure qui conduit à la
nomination d’un premier ministre que certains électeurs se sont fait
prendre au piège du mensonge. On leur a dit que leur leader, dont le
parti politique est non partant, sera nommé Premier ministre. C’est
possible. Mais qu’attendront les partis qui apporteront quelques
députés dans la coalition qu’on pourrait leur proposer s’ils savent que
le jeu est fait d’avance ? Le moment venu, lorsque le chef de l’Etat va
nommer le premier ministre dans la majorité parlementaire, des langues
vont se délier pour crier à l’injustice ou à l’exclusion. Cette
majorité, comme on l’a dit plus d’une fois, se dessine entre Antoine
Gizenga et Joseph Kabila.
Beaucoup de Congolais refusent de
savoir que la démocratie a ses règles. On doit se défaire des pratiques
des nominations sentimentales. Les Congolais doivent également savoir
que dans une démocratie, qui veut être premier ministre, doit le
prouver dans les urnes. Ceux qui se croient investis de la mission
divine d’être premier ministre en dehors du jeu démocratique doivent
apprendre à voir les choses comme elles sont.
C’est le moment pour ceux qui veulent
la paix de vulgariser auprès de leurs militants le fonctionnement de la
démocratie. Joseph Kabila a été accrédité de 44,80% des voix, plus que
tous les 33 candidats engagés dans cette course. Il n’a pas été le
choix de tout le monde, certes. C’est normal dans une démocratie. Mais,
il a besoin d’une majorité pour gouverner tous les Congolais. Il en est
de même de celui qui sera nommé premier ministre demain. Ce ne sera pas
une faveur ni une manipulation. |