Sans attendre la conclusion des consultations avec diverses parties, l’AMP se fait une certaine idée de personnalités susceptibles, selon ses calculs, d’être portées à la présidence de deux chambres du Parlement ainsi qu’au poste de Premier ministre. On peut en dire autant du Renaco qui met toute son énergie en jeu pour rallier le maximum de partis et députés.
Dans le camp de l’AMP, les stratèges supputent sur les jokers que sont Vital Kamerhe du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (111 députés), Antoine Gizenga du Parti lumumbiste unifié (34 députés), Pierre Lumbi Okongo du Mouvement social pour le renouveau (27 députés), Olivier Kamitatu des Forces du renouveau (26 députés), et Nzanga Mobutu de l’Union des démocrates mobutistes (9 députés).
De son côté, le MLC (Mouvement de libération du Congo), soutenu par le Regroupement des nationalistes congolais (116 députés), veut ratisser large, ciblant la Codeco (25 députés) et les 135 députés élus hors alliance déclarée
La bataille du leadership se situe, en premier lieu, au niveau de l’Assemblée nationale (500 députés), deux camps rivalisant de stratégie pour réunir la majorité parlementaire (251 sièges), en vue de pouvoir désigner le Premier ministre, chef du gouvernement.
L’AMP, constituée autour du PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie), ne cache pas sa satisfaction d’avoir déjà obtenu l’adhésion de Nzanga Mobutu. Celui-ci apporte une dot constituée de 9 députés de l’Udemo au mariage de raison contracté avec le candidat de l’AMP (224 députés).
En outre, avec un poids électoral de 4,77 %, au premier tour de l’élection présidentielle, ses nouveaux partenaires politiques attendent de lui des consignes de vote à ses électeurs. Dans l’affirmative, cet apport significatif améliorerait le score (44,81 %) réalisé le 30 juillet par Joseph Kabila. Il contrarierait, dans la foulée, un éventuel succès du président national du MLC à l’Equateur et dans la province Orientale.
DIFFICILE REPARTITION
L’AMP ne dissimule pas, non plus, sa satisfaction d’avoir réussi à susciter l’intérêt du patriarche Antoine Gizenga (13,06%), dont le Palu s’est révélé aux législatives comme étant la 3ème force politique (34 députés) du pays, derrière le MLC (64 députés) et le PPRD (111 députés).
De son côté, le MLC cherche à combler le retard qu’accuse sa plate-forme, le Renaco (116 députés), en contactant avec plus ou moins de chance la Codeco de Pierre Pay-Pay, candidat malheureux à la présidentielle, mais qui a su personnellement rebondir en se faisant élire député national.
Quant à la centaine d’élus indépendants, leur adhésion à l’une ou à l’autre plate-forme devrait se monnayer au prix fort : soit des portefeuilles au gouvernement et dans les entreprises publiques, soit des pièces sonnantes et trébuchantes.
Au niveau de la répartition de trois postes clés, les observateurs rappellent que l’ancien président de l’Assemblée nationale aurait, avant les scrutins du 30 juillet dernier, reçu l’assurance du chef de l’Etat sortant de le nommer Premier ministre.
Mais, avec la nouvelle configuration de l’Assemblée nationale, où la majorité parlementaire dépend des modalités d’adhésion du Palu à l’AMP, le nom de Gizenga a commencé à être cité comme Premier ministre, alors que le PPRD ferait prévaloir son poids électoral pour occuper le même poste. En fin de compte, les dernières indications feraient état d’une ébauche de mise en place préssentant Olivier Kamitatu au perchoir de la Chambre basse du Parlement, Gizenga au Sénat et Vital Kamerhe en qualité de Premier ministre.
Pour sa part, le Renaco, qui hésite encore à révéler son grand jeu dans la distribution des rôles, imagine des cas de figure alliant l’intérêt supérieur de la nation, les ambitions des ténors du MLC et celles des responsables de partis épousant le même idéal.
EVITER LA BALKANISATION
Il faut dire que le Rassemblement congolais pour la démocratie (15 députés), les Forces novatrices pour l’union et la solidarité (2 députés), l’ensemble des partis politiques ayant obtenu des sièges à l’Assemblée nationale ainsi que les anciens présidentiables figurent sur la longue liste des contacts du MLC.
En séjour à Bruxelles (Belgique), le secrétaire général du MLC a dévoilé jeudi l’existence de «contacts quotidiens» entre son parti et le leader charismatique de l’Union pour la démocratie et le progrès social, Etienne Tshisekedi wa Mulumba.
François Mwamba a aussi annoncé la formation d’une alliance élargie à «d’anciens candidats et candidates à la présidence, de partis politiques et de personnalités de la société civile» pour soutenir le candidat du Renaco, appelant tous les abstentionnistes (environ 8 millions d’électeurs) à appuyer Jean-Pierre Bemba.
Le premier test, grandeur nature, entre l’AMP et le Renaco, aura lieu dans quelques jours, à l’occasion de la formation du Bureau de l’Assemblée nationale, à partir du 22 septembre 2006 conformément aux prescrits de la Constitution en cette matière.
« La décision que le Parti lumumbiste unifié doit prendre quant au choix à faire entre les deux candidats restés en course pour le deuxième tour ainsi que la philosophie de mise en place des Institutions qu’il va suggérer, tiendra compte de l’unique considération majeure qui consiste à éviter de devenir tôt ou tard l’artisan involontaire de la balkanisation du Congo, notre pays», a déjà averti Antoine Gizenga.
L’avertissement du Palu est clair. Son interprétation aussi. Il doit désormais être retenu cette évidence : quel que soit le président de la République qui sera élu le 29 octobre prochain, les impératifs de l’unité et de la réconciliation nationales commandent que la classe politique – présidence et parlement – tienne compte de l’équilibre géopolitique dans la division du travail.
Il ne serait pas sage, par boulimie de pouvoirs, d’alimenter les rêveries de ceux qui pensent creuser un fossé artificiel entre les provinces de l’Est, du Centre et de l’Ouest. Car, où qu’elles vivent et malgré l’adversité, les populations congolaises ont plus d’une fois démontré à la face du monde leur volonté inébranlable de vivre ensemble. Dans un pays appelé République démocratique du Congo.
Le potentiel |