Une femme victime
(AFP) - 27/09/2006 09h43 - Depuis qu'elle a été violée par des rebelles hutus rwandais en 2000, Marie-Donatienne Nyakasane ne cesse de réclamer justice pour elle-même et pour les milliers de femmes violées dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC).
Installée à Goma (Nord-Kivu, est) pour fuir le regard des habitants de son village de la province voisine du Sud-Kivu, elle a crée une association, Mamans organisées pour le développement et la paix (MAODE), qui milite contre l'impunité dont bénéficient les auteurs de viols, pour la plupart des rebelles hutus rwandais, des miliciens locaux Maï Maï ou des soldats de l'armée régulière.
Le combat de Mme Nyakasane, 34 ans, a commencé une nuit de janvier 2000 lorsque son village du territoire de Walungu (Sud-Kivu) a été attaqué par des "Interahamwe", des miliciens extrémistes hutus rwandais, accusés par Kigali d'avoir activement pris part au génocide rwandais de 1994 et installés depuis dans l'est congolais, voisin du Rwanda.
"J'étais la fille du roi, ils m'ont dit que j'avais un physique de tutsie, ils m'ont violée devant mon mari, Jonas, qui a eu le coeur percé à jamais", raconte Marie-Donatienne, issue d'une lignée royale de l'ethnie shi, une des plus importantes communautés ethniques du Sud-Kivu.
La même nuit 11 autres femmes du village ont été violées, dit-elle.
"Au village, après les viols ont nous pointait du doigt, nous avons dû partir". Son mari, "traumatisé", a fui avant de lui imposer plusieurs tests VIH pour consentir à reprendre la vie commune. "Tu as de la chance que j'ai accepté de revenir vers toi, qui a été connue par des hommes sales", lui a-t-il lancé à son retour.
La militante a de plus en plus de mal à parler. "Depuis six ans, nous témoignons sans cesse et il ne se passe rien", dénonce-t-elle avec colère. "Les autorités connaissent les lieux des campements (des rebelles), ils ne font rien. La loi existe, elle n'est pas appliquée".
Mme Nyakasane n'a pas même pu obtenir l'ouverture d'une information judiciaire sur son viol. Un magistrat lui a réclamé 200 dollars pour cette démarche. Elle ne les a pas. On lui a aussi demandé de l'argent pour "le carburant du véhicule qui devait aller chercher les violeurs".
Séréphina, 26 ans, a été violée par neuf Maï Maï dans une forêt où elle s'était réfugiée avec ses parents en 2003 près de Kindu (Maniema, centre-est). Soignée dans un hôpital privé de Goma pour des fistules et une cicatrice infectée au ventre, elle n'a jamais osé porter plainte. "Ils me tueront si je fais çà, ils sont encore là", dit-elle terrorisée. "Personne ne me protégera".
Désiré Balume, avocat et président de la commission de lutte contre les violences sexuelles du Nord-Kivu, créée en 2003, dénonce pêle-mêle la "corruption", le "manque de volonté politique" et "l'attitude hypocrite des communautés qui protègent les violeurs et stigmatisent les victimes".
Une enquête menée par cette commission début 2006 a dénombré 13.000 cas de violences sexuelles, dont 5.000 à l'encontre de victimes ayant moins de 14 ans, au Nord-Kivu depuis 1996. A Goma, la capitale, seuls 23 condamnations ont été prononcées dont cinq contre des militaires, selon Me Balume.
"Nous ne récupérons jamais, même partiellement, les amendes de 500 à 3.000 dollars infligées aux violeurs", souligne-t-il.
Soldats et groupes armés relèvent de la justice militaire, difficilement appliquée, mais, selon l'avocat, c'est "la justice civile qui est la plus corrompue". M. Balume cite le cas récent d'un infirmier, accusé du viol d'une fille de 14 ans et relaxé après avoir versé 500 dollars au magistrat.
"Les femmes souffrent de l'impunité. Marie-Donatienne ne supporte pas d'entendre que sa procédure n'aboutira pas, mais c'est la vérité", dit-il.
La président de MAODE a pourtant une idée très précise du sort qu'elle souhaiterait à ses violeurs. "Je voudrais qu'ils soient pendus", lâche-t-elle, "au stade".
|