A Kakongo, territoire de Lukula dans le district du Bas-Fleuve, BDK avait établi un centre d’entraînement où sa milice, encadré, entre autres, par des résidus des forces de Jonas Savimbi suivaient une formation militaire : tactique, maniement d’armes, langage codé, etc. Sur ces images on peut voir l’entrée de ce centre d’entraînement ainsi qu’une vue de quelques miliciens dont des enfants enrôlés sans leur gré. Ca aussi, HRW n’a pas vu ou n’a pas voulu reconnaître l’existence.
Human Rights Watch, observatoire international des droits de l’Homme, a rendu public des éléments de son enquête sur les événements des 31 janvier et 1er février 2007 au Bas Congo, enquête qu’il a menée du 12 février au 6 mars 2007 sur terrain. La responsable de la mission d’enquête, Anneke Van Woundenberg, a eu des échanges avec la commission parlementaire congolaise d’enquête sur la même affaire.
S’adressant à la presse, elle a considéré que l’armée nationale avait recouru à une force disproportionnée et inadéquate lors des événements du Bas-Congo. HRW avance le nombre de 116 morts (contre 120 par la Monuc et 87 par le Gouvernement) dont 116 auraient été victimes des forces armées et de la police contre 12, dont 10 policiers, attribués aux adeptes de BDK.
Anneke Van Woundenberg affirme, entre autres, que les militaires ont violé des lieux de culte de BDK et tué des adeptes en plein culte ; que des manifestants de BDK munis de bâtons et de matraques ont aussi tué et détruits des édifices publics. Enfin, elle reproche aux « représentants du gouvernement » de n’avoir pas consulté la Monuc qui a une capacité de maintien de la paix et d’aide à la police civile, ce qui aurait pu empêcher la violence. Quant aux informations ayant fait état d’une organisation paramilitaire pour identifier BDK, HRW dit n’avoir pas trouvé de « preuve convaincante permettant d’étayer ces allégations ».
Les propos de la chargée de mission de HRW viennent en appui aux premières impressions de la Monuc qui, en son temps, avait presque eu une prise de bec avec le Gouvernement quant à la nature, à l’ampleur des événements et aux contours de la réaction des services de l’ordre.
Aujourd’hui, en attendant de connaître le fond même du rapport de HRW, on peut s’interroger sur l’opportunité et, en conséquence, le mobile de l’intervention, à ce stade, de HRW pour faire parler de son rapport. C’est, en effet, à quelques jours du débat en plénière à l’Assemblée nationale que HRW jette littéralement un pavé dans la marre, comme pour orienter l’opinion et hypothéquer la recevabilité, par l’opinion, des données que va produire la commission parlementaire d’enquête.
Cette appréhension est d’autant plus significative que HRW, dont on connaît la célérité dans le travail, a enquêté du 12 février au 6 mars pour se prononcer plus d’un mois après. A croire que la rédaction du rapport, pourtant aisée, a pris plus de temps que l’enquête sur terrain.
Manifestement, on est là en face d’une manipulation qui ne dit pas son nom et qui, en toute vraisemblance, concourt à une action presque généralisée tendant à créer des conditions d’une perpétuelle mainmise internationale sur la RDC. En effet, HRW donne de la voix au moment où le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui vient de proroger d’un mois le mandat de la Monuc, estime que la RDC constitue encore une menace permanente pour la communauté internationale et pour la région des Grands Lacs. Ceci malgré la tenue des élections saluée par cette même communauté internationale et la conclusion du pacte de stabilité dans la région des Grands Lacs.
Sur le fond des premières conclusions de HRW, on peut relever de curieuses affirmations qui dénaturent la réalité connue aujourd’hui du grand public. En effet, il est connu que les événements du Bas-Congo se sont déroulés du 31 janvier au 1er février 2007. Les jours qui ont suivis ont été caractérisés par le calme tel que rapporté plusieurs fois par les observateurs de la Monuc. C’est donc péremptoire d’affirmer que les forces armées ont recouru à la force le 1er janvier et les jours qui ont suivi.
Et à propos de l’armée, l’on retient que c’est au matin du 1er février à 6 heures que s’était tenu, à Matadi, le Conseil provincial de sécurité qui conclura à la nécessité de recourir à l’appui de l’armée pour contenir la situation, étant donné que la police était débordée par l’ampleur des événements au premier jour, soit le 31 janvier. Le télégramme, pour ce faire, sera envoyé à Kinshasa en début de matinée et les premières troupes, parmi les 300 hommes requis, n’atteindront le Bas Congo qu’en fin d’après-midi pour mener des actions de « nettoyage ».
S’agissant de l’attaque des lieux de culte, certains éléments avancent que les forces de l’ordre, loin de les profaner, avaient parfois été amenées à s’y rendre pour des perquisitions afin de rechercher des armes. En effet, tout était parti d’une perquisition dans le domicile de Ne Muanda Nsemi où il fut trouvé une importante cargaison de machettes et de haches.
C’est en réaction à la découverte de ce qui se tramait que les supposés adeptes engageront une vaste opération contre les forces de l’ordre et tout ce qui représentait l’Etat et la puissance publique : siège des institutions, policiers même pas en service, voire même le drapeau national. On rappelle aussi que, dans l’opération de recherche d’armes, il avait été découvert un camp d’entraînement militaire avec des syllabus sur le maniement d’armes et les tactiques militaires à Kakongo, territoire de Lukula dans le district du Bas-Fleuve, c’est-à-dire non loin de Muanda et Boma où HRW affirme que des lieux de culte avaient été profanés et des adeptes tués. C’est aussi dans le Bas-Fleuve que les événements déplorés avaient connu la plus grande ampleur.
Quant aux preuves militaires convaincantes que HRW dit n’avoir pas trouvées pour attester du statut paramilitaire et politique, on oppose tout ce qui précède, mais aussi la minutie de l’action de ces « adeptes ». Ceux-ci, toujours contrairement aux éléments de HRW, ont combattu au moyen d’armes à feu, mais aussi de machettes et de haches, à l’image de ces policiers morts tailladés.
On peut multiplier à profusion des exemples pour démontrer les incohérences des premières conclusions d’une enquête qui, manifestement, n’en aura pas été une, sinon une opération de dénigrement des nouvelles institutions de la troisième République.
Au demeurant, on s’attarderait sur l’entorse à l’éthique des activistes des droits de l’homme à laquelle Anneke Van Woundenberg s’est laissée aller en divulguant les détails d’un rapport d’enquête non encore bouclée. La même observation serait valable pour d’autres organisations, dont la Monuc avec sa division des Droits de l’homme qui fonctionne en RDC comme une Ong dont les rapports connaissent une diffusion sans limite. Pourtant, il est supposé que la Monuc a le gouvernement congolais comme partenaire à qui elle est censée s’adresser en cas de nécessité au lieu d’intervenir directement et, souvent, intempestivement dans l’opinion, surtout à des périodes aussi délicates d’actuellement.
Il revient alors qu Gouvernement de prendre ses responsabilités pour repréciser ou réaffirmer la nature des rapports avec la mission onusienne et les autres partenaires au nom de la préservation de la souveraineté de la RDC. |