Par Le Potentiel
Les militaires en poste dans la ville portuaire de Matadi, province du
Bas-Congo, ont troqué leurs fusils contre des balais et des pelles. Encouragés
par la prime versée par le maire de la ville, Jean-Marc Nzeyidio Lukombo, qui
reçoit une partie de recettes provinciales, ils nettoient la ville et font
respecter la propreté à la grande joie des habitants.
Le chef-lieu de la province du Bas-Congo, Matadi, s’est réveillé la peur au
ventre le 3 mai dernier. Des militaires avaient, en effet, pris d’assaut, tôt le
matin ce jour-là, les principales avenues du centre-ville où sont basés les
sièges des institutions provinciales et le port, qui fait vivre Matadi. Prise de
panique, la population a cru que la ville était assiégée et en insécurité.
Erreur! Très vite, la peur s’est dissipée. «Si réellement quelque chose
n’allait pas, ils devaient être armés…», avait fait observer, l’air rassuré
Elysée Ngoma, une commerçante très connue à Damar, le petit marché du
centre-ville.
En lieu et place d’armes, les soldats portaient houes, machettes, pelles,
bêches, brouettes et autres outils de sarclage. Ils n’ont pas tardé à passer à
l’action.
La centaine d’hommes en uniforme qui font partie du génie militaire, s’est
mise à curer les caniveaux de l’avenue Mpolo qui mène jusqu’au port, à abattre
les vieux arbres le long des avenues et à évacuer une montagne d’immondices
puantes située entre le building Dragage et l’immeuble servant de résidence aux
éléments de la Police d’intervention rapide (PIR). D’autres ont commencé à
démolir les kiosques et hangars de fortune et à démanteler les marchés pirates
érigés sans aucun souci de normes urbanistiques et de salubrité publique.
Le commandant de l’opération, le lieutenant-colonel Jonas Kabongo, rassure :
«Nous ne brutalisons pas, dit-il. Après le choix d’un site à assainir, nous
sensibilisons la population et accordons un délai de sept à dix jours à ceux qui
sont en infraction pour qu’ils se mettent en ordre. Dépassé ce délai, les
récalcitrants nous trouvent sur leur chemin…» Tout le monde, même les épouses
des militaires généralement récalcitrantes, obéit, de peur d’être pénalisé. Car
les sanctions peuvent aller jusqu’à l’emprisonnement des fautifs.
PROPRE GRACE AUX RECETTES
Depuis le début de l’opération, l’ordre et la propreté règnent désormais le
long des avenues, sur les trottoirs où les gens avaient l’habitude de construire
des kiosques, d’étaler la marchandise et de jeter toutes sortes de déchets. De
nombreux vendeurs informels se sont, dans le même temps, résolu à prendre des
étals au marché central de la ville. «Je ne voulais pas au départ abandonner ma
place en ville où je m’étais déjà fait une nombreuse et fidèle clientèle», avoue
Carine Massamba, une vendeuse de viande en face du magasin ex-JVL. Et d’ajouter
: «Grâce aux conseils des militaires, je dispose maintenant de mon propre
pavillon au marché central. Je m’y sens à l’aise, car je ne suis plus exposée
aux risques d’accident de la circulation».
Au centre-ville, les populations riveraines de la cathédrale Notre-Dame la
Médiatrice, de l’Hôtel des postes et du tronçon menant vers la gare de l’Office
national des transports (Onatra) affirment respirer à présent un air sain. Fort
du succès que récolte l’opération, le maire de la ville, Jean-Marc Nzeyidio
Lukombo, qui l’a initiée veut maintenant aller plus loin. «D’ici peu, je vais
larguer ces braves soldats dans les communes de Nzanza et Mvuzi», qui abritent
les quartiers populeux de Matadi.
LA PEUR DU GENDARME…
Ces travaux d’assainissement de la ville portuaire sont rendus possibles
grâce à la rétrocession, depuis peu, d’une partie de recettes fiscales du
gouvernorat de province à la mairie. Ce qui permet de payer une prime mensuelle
de 9.000 Fc (17 dollars américains) aux militaires qui complète leur solde. Ils
bénéficient aussi d’un petit déjeuner chaque matin et d’un repas à midi. «Je
veux désormais m’organiser pour la survie de ma famille», confie l’adjudant Jean
Kukuikila, qui se réjouit de ne plus passer son temps à se tourner les pouces
dans sa caserne.
L’équipe de génie militaire est toute fière du travail abattu. Non seulement
elle participe à l’embellissement de la ville, mais elle améliore aussi l’image
des soldats vis-à-vis de la population. «Je me suis rendu compte que j’étais un
grand malfaiteur qui ne laissait pas la population tranquille…», regrette l’un
d’eux, jurant de ne plus se laisser entraîner dans ce genre de «bêtises» pour
honorer son corps de métier.
Auparavant, des travaux d’assainissement de ce type avaient été tentés,
notamment avec des associations locales Bio-Plus ou Matadi-Propre. Mais ils
n’avaient guère donné des résultats. Car, les marchands et vendeurs de rue,
évacués des trottoirs et autres places publiques, y revenaient toujours 48
heures plus tard ! «La peur du gendarme est sans doute pour beaucoup dans la
réussite de l’opération», font remarquer les Matadiens.
Syfia/Lp |