J’espère bien que non. Mais, dans la région des Grands Lacs, tout est possible. Jeune Afrique : Pourquoi n’y a-t-il toujours pas eu d’échange d’ambassadeurs entre Kinshasa et Kigali ?
Joseph Kabila : La réouverture des ambassades, c’est l’étape ultime.
Si cela intervient dans six mois, un an ou cinq ans. je veux que ce
soit sur des bases solides et sans aucune suspicion réciproque.
Auparavant, nous devons régler une fois pour tous ce casse-tête des
groupes armés entretenus par l’un ou l’autre pays contre son voisin.
Vous avez évoqué le cas Nkunda, mais il y a d’autres groupes jusqu’en
Ituri.
Jeune Afrique : Avec
l’Angola, un différend frontalier vous oppose à propos d’une
demi-douzaine de villages de la région de Kahemba, dans le Bandundu. Ne
craignez-vous pas que cela dégénère en conflit ouvert?
Joseph Kabila : Absolument pas. Nous avons de très bonnes relations
avec les autorités de Luanda. Cette affaire est simple : dans cette
zone comme tout le long de notre frontière avec l’Angola et la Zambie,
il existe des endroits mal délimités, d’autant que nous avons de part
et d’autre des populations à la fois identiques et mouvantes.
D’où des contradictions. En l’occurrence, il s’agit de villages
congolais à la population mixte. Des commissions conjointes ont
travaillé, des enquêtes ont eu lieu. Il faut maintenant avoir recours à
une technologie moderne afin de fixer une fois pour tout, le trace
commun tout le long de la frontière -soit 2.500 kilomètres.
Jeune Afrique : Vous
vous êtes rendu début juin au Congo-Brazza. A l’issue de cette visite
officielle, vous avez eu une petite phrase qui prête à interprétation:
« J’ai passé la nuit à Brazzaville et je suis toujours vivant » C’était
de l’humour ?
Joseph Kabila : A votre avis? Bien sûr. Je faisais référence à la
rumeur, toujours la rumeur selon laquelle les autorités de Brazzaville
seraient nos ennemies jurées, alors que mes rapports avec le Président
Sassou Nguesso sont excellents. Il faut parfois savoir sourire de la
rumeur.
Jeune Afrique : Regrettez-vous Jacques Chirac ?
Joseph Kabila : C’est un homme bien. Il a, je crois, puisqu’il
me l’a dit, une affection particulière pour l’Afrique et aussi pour
moi. Un monsieur bien, donc...
Jeune Afrique : Vous
avez encore un problème, disons de visibilité, à l’égard des Congolais.
Ils se plaignent de ne pas vous voir, de ne pas vous entendre.
Seriez-vous fâché avec la communication?
Joseph Kabila : Et, pourtant, le Président est là! Et il travaille,
sans repos ni vacances. Cela fait plus de dix ans que je mène cette vie
quasi monacale, sans compter les années au maquis. J’ai beau être
encore jeune, il arrive que le corps se fatigue. Devrais-je communiquer
sur cela ? Je vais bientôt commencer de longues tournées à l’intérieur
du pays, comme je l’avais promis. Là, vous me verrez, vous m’entendrez.
Mais si c’est du culte de la personnalité que vous recherchez, vous
risquez d’attendre longtemps.
Jeune Afrique : Avez-vous changé?
Joseph Kabila : Oui, et mon pays aussi. Lorsque je regarde en
arrière, je me dis que j’ai acquis, en termes d’expérience et de
sagesse, ces six dernières années, ce que d’autres accumulent pendant
toute une vie. Quant au Congo, il est de retour dans la cour des grands
de ce continent. On ne tardera pas à s’en apercevoir.
Jeune Afrique : La
Constitution vous donne droit à deux mandats de cinq ans. Vous devrez
donc, si vous êtes réélu, quitter le pouvoir au plus tard en 2016, à
l’âge de 45 ans. Ne serez-vous pas tenté de faire modifier cette
disposition pour demeurer aux affaires?
Joseph Kabila : La Constitution, c’est sacré...
Jeune Afrique : Certains de vos pairs l’ont dit. Avant de changer d’avis.
Joseph Kabila : Mais Joseph Kabila n’est pas comme les autres.
J’ai, donné ma parole d’honneur en promulguant cette Constitution, je
n’y toucherai donc pas. Le pouvoir use. II faut savoir s’arrêter.
Jeune Afrique : Doit-on vraiment vous croire ?
Joseph Kabila : Je vous donne ma parole d’officier. Que voulez-vous de plus ?
Jeune Afrique : La
révision en cours d’une soixantaine de contrats miniers signés pendant
la période de transition ne risque-t-elle pas de gêner certains membres
de votre entourage ?
Joseph Kabila : Cela ne me gêne pas à titre personnel, ni aucun
de mes proches. De quoi s’agit-il? D’une évaluation de la situation,
cinq ans après l’adoption du code minier en 2002: qu’est-ce qui n’a pas
marché? Comment corriger les erreurs? Comment mieux profiter des
réussites? C’est une démarche responsable qui n’a qu’un seul but: la
réappropriation par le Congo de son patrimoine minier. Il ne s’agit pas
de régler des comptes avec tel ou tel partenaire étranger ou congolais,
mais de se dire, les yeux dans les yeux, ses quatre vérités.
Jeune Afrique : Votre
gouvernement compte soixante ministres et vice-ministres. Etes-vous
sûr qu’aucun d’entre eux ne songe à profiter de son poste pour
s’enrichir ?
Joseph Kabila : Je l’ai clairement dit en Conseil des ministres: ce type de mentalité est désormais banni.
Jeune Afrique : Et si l’un d’entre eux est attrapé la main dans le sac ?
Joseph Kabila : Sa destination est toute trouvée: la prison de Makala.
Jeune Afrique : A qui pensez-vous ?
Joseph Kabila : Je ne vous le dirai pas ! Une chose est sure
quand on fera le bilan en septembre prochain, il y aura beaucoup de
candidats pour Makala.
Jeune Afrique : Manifestement, le mois de septembre sera décisif...
Joseph Kabila : Ce gouvernement aura six mois d’exercice plein.
Il faudra faire le point, redresser ce qui doit l’être et planifier la
suite. L’année 2008 devra être celle de la vraie relance économique:
Les équipements ont été commandés, les chantiers sont définis, place au
décollage.
Jeune Afrique : Avec une dette publique de 14 milliards de dollars, que vous traînez comme un boulet...
Joseph Kabila : Jusqu’à quand traînerons-nous, ce boulet? Si j’avais
l’argent pour rembourser ces milliards, croyez-moi, je n’hésiterais
pas. Le simple service de cette dette nous coûte 30 à 50 millions de
dollars par mois! Rien qu’avec cette somme nous pourrions transformer
Kinshasa. Notre objectif est donc clair atteindre le plus vite possible
le point d’achèvement de l’initiative PPTE.
Jeune Afrique : Lors
de notre dernier entretien, en avril 2006, vous aviez confessé votre
admiration pour Che Guevara. Mais on me dit qu’en réalité votre vraie
référence, c’est Thomas Sankara, le président burkinabé assassiné en
1987. Exact ?
Joseph Kabila : Qui vous l’a dit? Et puis, peu importe. C’est vrai.
Jeune Afrique : Pourquoi?
Joseph Kabila : Comment le dire sans heurter qui que ce soit ?
Sankara était un visionnaire. J’avais 16 ans quand il est mort. Je
crois qu’il s’est sacrifié pour nous. Il nous manque beaucoup, voilà
tout.
Jeune Afrique : Quelle leçon vous a-t-il apprise?
Joseph Kabila : La fierté. Si les Congolais retrouvent le sens de la
fierté et si j’ai pu contribuer à réunir les conditions pour que mon
pays soit un jour la Chine de l’Afrique, j’aurais accompli ma mission.
Jeune Afrique : Au Congo, comme ailleurs, l’activisme des Chinois inquiète les Occidentaux...
Joseph Kabila : Mais pas les Congolais ! Lorsqu’il s’agit de refaire le
grand boulevard Lumumba qui relie Kinshasa à l’aéroport de N’Djili,
l’Union européenne renâcle et la Chine offre ses services. Si c’est
notre bien et notre développement que veulent nos amis occidentaux, ils
devraient donc s’en réjouir.
Jeune Afrique : Votre épouse, Marie Olive Kabange, s’est démenée pendant la campagne électorale. La première dame ferait-elle de la politique ?
Joseph Kabila : Non, je ne le pense pas. C’est une personne
tout à fait déterminée, c’est vrai, et qui m’a beaucoup aidé. Mais elle
a aussi ses activités propres dans les domaines caritatif et
humanitaire.
Jeune Afrique : C’est un atout pour vous ?
Joseph Kabila : Un atout et une chance. La femme est l’avenir de l’homme, dit-on. Et les Congolaises sont l’avenir du Congo.
(Th)Jeune Afrique/Le Palmarès
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