Une interview fleuve du ministre des Finances, Athanase Matenda Kyelu au «Soft International»: sur la grève qui a paralysé des jours durant ses services, sur la recette appliquée pour la briser, sur le niveau de réalisation des Finances publiques, etc. Le ministre répond à ses détracteurs. Face à ses Syndicats maison, le ministre des Finances se défend d’avoir capitulé. «Le pays, nous dit-il, était au bord de la rupture des relations avec les institutions de Bretton-Woods» quand il arrive au ministère. «Au 30 juin 2007, soit quatre mois après notre avènement, le taux d’inflation a été ramené de 18,2% à 11,9%. Le taux de change est passé de CDF 600 pour 1 dollar USD à moins de 500 CDF, les réserves internationales se sont stabilisées aux normes convenues».
Soit, nous explique le ministre, «trois semaines d’importations et, last but not least, du déficit de CDF 40 milliards au 31 décembre 2006 l’on est passé à un excédent de plus de CDF 50 milliards. Une économie s’appréciant à travers les chiffres, qu’on nous oppose un tableau qui pouvait contraster avec ces chiffres».
Au Katanga, cependant, on vous accuse de tout bloquer... Que reprochez-vous au Gouverneur Moïse Katumbi Chapwe? Il me paraît opportun de vous informer avant tout que ma première mission à l’intérieur du pays, je l’ai effectuée dans la Province du Katanga à la mi-mars 2007, à un moment où le Gouverneur Moïse Katumbi faisait face à quelques velléités de contestation pour des mesures qu’il avait prises. Au cours de cette mission, j’ai apporté et confirmé le soutien actif du Gouvernement aux mesures conservatoires prises par le Gouverneur pour endiguer le phénomène des exportations des minerais bruts ainsi que la fraude douanière via le poste frontalier de Kasumbalesa. C’est vous dire qu’il n’y a aucun problème avec Monsieur le Gouverneur du Katanga, dont je salue les initiatives et les actions. C’est dans «le Soft International» que j’ai lu qu’il me reprochait de tout bloquer, parce qu’il a sollicité des exonérations douanières qu’il n’a pas obtenues, particulièrement pour l’importation des véhicules de service et du maïs pour la consommation des populations. Je crois qu’il y a là une question d’information, à moins que sinon ces demandes n’auraient pas dû être formulées. Il ressort en effet de la Constitution de la République que les exemptions et les allègements en matière fiscale ne peuvent être accordées qu’en vertu de la loi. Je pense à l’article 174 alinéa 3. À cet égard, la loi tarifaire précise que les importations effectuées par ou pour le compte de l’État, des entités décentralisées et autres services et organismes publics acquittent les droits et taxes conformément au tarif, à l’exception des matériels de guerre. En ma qualité de Ministre des Finances, je suis confronté quotidiennement à des sollicitations multiples dans ce domaine, et mon rôle est aussi de rappeler le cadre juridique des exonérations à tous ceux qui semblent ne pas s’en souvenir. C’est dans ce contexte que dès mon arrivée au Ministère des Finances, j’ai pris une instruction relative au gel de toutes les exonérations non fondées sur le code des investissements et d’autres législations spécifiques. En toute responsabilité, l’on ne peut logiquement me reprocher d’adopter une attitude visant à faire respecter la Constitution et les lois du pays en la matière.
Une grève qui paralyse le système financier national de collecte, n’est-ce pas la pire des choses qui puisse arriver au Ministre des Finances alors qu’on parle de mobilisation des recettes pour tenir les défis du budget de l’État? La manière dont le mouvement de grève a été mené au niveau des régies financières semblait en effet assez préoccupante au regard des enjeux budgétaires et des efforts entrepris par le Gouvernement afin de renforcer la stabilité macroéconomique qui demeure relativement fragile. Qu’à cela ne tienne, l’essentiel pour le Gouvernement est de maintenir la poursuite des réformes entreprises pour le renforcement des finances publiques à travers une orthodoxie budgétaire en vue d’instaurer un climat de croissance économique et une résorption des problèmes sociaux. La grève ne doit pas être considérée comme la pire des choses encore que c’est un droit qui est reconnu et garanti par la Constitution de la RDC, pourvu que ce droit soit exercé dans le strict respect du cadre légal établi. Mais, face à ce mouvement, des mesures particulières de sauvegarde des intérêts du Trésor public ont été prises pour faire face à un mouvement de grève qui s’enlisait et s’écartait de toute rationalité syndicale.
Comment en est-on arrivé là alors qu’on invoque des coups fourrés? Les partisans du mouvement de grève ont prétendu faire état d’un mécontentement général au sein des régies financières qui trouverait sa justification dans le non respect des engagements pris au niveau du Ministère des Finances. Bien au contraire, lors de l’entrée en fonction du Gouvernement, nous avons hérité d’une situation marquée par des arriérés importants en termes de rétrocession et de paiement des primes de performance. Il s’agit de: - rétrocessions des mois de décembre 2006 et janvier 2007 pour un montant global de FC 5.904.434.160,38 à raison de 29.56.956.605,10 pour l’OFIDA, 2.244.677.963,18 pour la DGI et 700.799.592,10 pour la DGRAD. - primes de performance des 3ème et 4ème trimestres 2006 pour un total de FC 9. 052.094.830,40, à raison de FC 4.058.148.494,80 pour l’OFIDA, FC 3.269.774.294,47 pour la DGI et FC 1.734.172 .041,13 pour la DGRAD. Le Ministère des Finances s’est employé, malgré les contraintes budgétaires et surtout de trésorerie, à leur paiement. C’est ainsi qu’en quatre mois à compter de son entrée en fonction, le Gouvernement, à travers le Ministère des Finances, a procédé au paiement: - des rétrocessions des mois de décembre 2006 à mars 2007; - de la prime de performance du 3ème trimestre 2006 d’un montant de 3.916.995.271,73 FC. Je voudrais préciser qu’au moment où les agents des régies déclenchaient le mouvement de grève, le Ministère avait déjà ordonnancé le mois d’avril 2007 que le Ministère du Budget venait de liquider. Pour ce qui est de la rétrocession du mois de mai 2007, la liquidation est intervenue le 9 juillet 2007. De toutes leurs revendications, il ne restait que le seul arriéré du bonus du quatrième trimestre 2006 et vu l’importance du montant, il avait été proposé un paiement fractionné. La surenchère dans les revendications des syndicalistes a été révélatrice d’une autre donne et il y a lieu de se poser des questions.
On dit que vous auriez interrompu un voyage à l’étranger. N’avez-vous pas le sentiment, face à cette nouvelle donne sans doute politicienne, d’avoir négocié genoux à terre? Navez-vous pas donné le sentiment d’avoir fait montre de panique? En clair, n’avez-vous pas trop précipitamment cédé tout aux syndicats? Négocier genoux à terre? Cédé tout aux syndicats? Je n’en ai pas le sentiment et ce, pour plusieurs raisons. La première est de loin la plus importante à mes yeux, ce qu’il s’est agi de négocier autour d’un droit convenu par un Protocole d’Accord dûment conclu avec l’un de mes prédécesseurs à ce poste. Quoique les discussions aient été âpres par moment, l’objet de la revendication était légitime et parfaitement légal. Ensuite, et c’est une seconde raison qui évacue le sentiment que j’aurais négocié genoux à terre, toutes les questions qui ont fait l’objet de l’accord intervenu le 16 juillet 2007 entre le Ministère des Finances, les Responsables des Régies financières, l’Intersyndicale nationale du Congo et les Délégations Syndicales de trois Régies étaient déjà en négociations avec les syndicats bien avant mon départ à l’étranger.
Je me réjouis par contre que la rapidité avec laquelle cet accord est intervenu, c’est-à--dire, dès le lendemain de mon retour au pays, ait permis de couper court à la tendance à la politisation du mouvement d’arrêt de travail observé dans les Régies Financières. En accédant vite et totalement aux revendications des agents, j’ai voulu ramener le débat à sa vraie dimension sociale, vidant ainsi le mouvement de son prétexte syndical. Du coup, j’ai pu avoir, face à moi, des interlocuteurs parlant le même langage que moi en partageant les mêmes préoccupations. Je l’ai fait en fin stratège syndical et décidé en âme et conscience. Vous dites paniqué, retour précipité au pays? Dans tous les cas, interrogez tous ceux qui me connaissent ou ont suivi mon parcours professionnel, ils vous diront que cela n’est ni dans ma nature, ni dans mon tempérament. Quant à mes réservations, je vous le confirme, elles sont restées exactement les mêmes qu’à mon départ... même si, pour des raisons d’encombrements aux aéroports,j’ai dû modifier les itinéraires. Cela est vérifiable. J’ajoute par ailleurs que s’agissant précisément du paiement de la prime de performance du 4èmc trimestre 2006 autrement appelée Bonus, nous avions déjà conclu au paiement des 2/3, quitte à ce que le 1/3 restant fut payé par les Régies directement. En d’autres termes, tout au long de ces discussions et comme il sied dans des négociations responsables, le Ministre que je suis est demeuré parfaitement serein, ouvert et, au moment de conclure, un seul sentiment l’a guidé: la bonne foi.
Malgré ces sommes à première vue mirobolantes pour le trésor public, les agents ne seraient-ils pas des crève-la-faim? Si oui, comment faire face? Les agents des régies financières sont parmi les mieux lotis des employés du secteur public. Comparés à ce que touchent leurs collègues du secteur public, vous comprendrez que votre assertion est fausse. Ce qu’il nous faut combattre, ce sont les anti-valeurs qui ont malheureusement élu domicile au sein des régies. Pour y faire face, il faut un changement des mentalités, un nouvel état d’esprit; et le Gouvernement va s’employer à combattre la fraude sous toutes ses formes et réhabiliter la sanction, positive ou négative, selon le cas.
Les dégâts en termes de manque à gagner seraient une catastrophe... À proprement parler, il n’y a pas eu de manque à gagner en termes des recettes. Les stratégies mises en place ont permis d’atténuer les effets pernicieux de cette grève dans le cadre de la mobilisation des recettes.
À la date du 20 juillet 2007, sur des assignations mensuelles de 290.523.796.280 FC, les réalisations s’élèvent à FC 278.699.418.026,00 soit un taux de réalisation de 95,92%. Si nous ajoutons la situation des pétroliers producteurs, contre des prévisions de FC 371.878.896.280,06, les réalisations sont de FC 353.851.540.574,72, soit un taux d’exécution de 95,15%. C’est certain, qu’au regard de l’évolution des recettes, les assignations seront atteintes voire même dépassées. < br> Voilà pourquoi je vous ai dit que des stratégies avaient été mises en place pour sauvegarder les intérêts du Trésor même si l’objectif poursuivi par le mouvement des grévistes ne rencontrait pas celui de l’intérêt de toute la Nation qui a plus besoin des ressources pour l’amélioration des conditions sociales et la relance de l’économie. Je vous informe que grâce à ces aménagements spécifiques, la DGI a pu collecter pour les seules journées du 16 et 17 juillet 2007, un montant de FC 9.915.562.718,41 pour ne citer que cette régie. La DGRAD par exemple a déjà dépassé ses assignations mensuelles fixées à FC 3.900.000.000,00, elle est à ce jour à plus ou moins 36.535.887.621,65.
Vous êtes issu du monde syndical. Quelles critiques formuleriez-vous à vos syndicats maison? Je ne suis Directeur Général ni de la DGI, ni de l’OFIDA, ni de la DGRAD. Je n’ai donc pas, en tant que Ministre des Finances, des syndicats maison. Il m’arrive, en tant qu’autorité de tutelle, d’avoir à dialoguer avec des syndicats des Régies; et c’est dans l’ordre de choses. Mais ce qui n’est pas normal, et je le déplore depuis toujours, c’est cette pratique qui a toujours consisté à amener les syndicalistes des Régies financières à négocier de manière systématique directement avec le Ministre des Finances. Je le déplore dis-je parce que cette façon de procéder a créé des distorsions dans les négociations brisant le sacro-saint principe de négociations par paliers. Et puis, il y a plus détestable: le syndicalisme étant une profession noble qui exige beaucoup de qualités, il n’est pas sain qu’on y laisse s’enraciner des pratiques qui confondent négociations et agitations, dialogue et confrontation.
Vous dites: vous n’êtes pas dirigeant d’une régie. Mais d’aucuns estiment vous voir y prêter trop le flanc: aux premiers jours de votre mandat, on aurait pu vous voir comme Inspecteur des Finances. C’est quoi, selon vous, être Ministre des Finances? Ceux qui ont émis ces critiques ont sans doute voulu faire allusion aux mesures conservatoires que j’ai prises à mon arrivée au Ministère des Finances. Je viens d’évoquer la décision de gel des exonérations non fondées sur la loi. J’ai également suspendu toutes les missions de contrôle à la DGI et à l’IGF. Ces mesures étaient dictées par la nécessité de ne pas de ne pas laisser se poursuivre certains comportements de nature à mettre en péril les droits du Trésor Public. En effet, le contexte de passation de pouvoir incite parfois à ce genre de comportements, dans la mesure où certains cadres veulent profiter de ces moments de flottement. Les choses ayant été remises à leur place, les missions de contrôle qui sont du ressort de chacun de ces services ont été à nouveau autorisées. Quant au rôle du Ministre des Finances, il est bien défini par les textes qui organisent le fonctionnement du Gouvernement. D’une manière générale, le Ministre des Finances a la responsabilité de la mobilisation des recettes tant internes qu’externes, de la politique fiscale et monétaire, de la gestion du Compte Général du Trésor, de la politique et de la gestion de la dette publique intérieure et extérieure, des relations avec les institutions financières internationales. Comme vous pouvez vous en rendre compte les tâches du Ministre des Finances sont multiples, complexes et délicates. Elles emportent beaucoup de responsabilités et requièrent de la disponibilité.
Doit-on de ce fait vous attribuer la stabilisation du taux de change? La stabilisation du change ou plus largement celle du cadre macro-économique ne saurait, en aucune façon, être ni le fait et encore moins l’affaire d’une personne ou d’un ministère. C’est l’œuvre de l’équipe gouvernementale dans son ensemble avec comme point focal certes le secteur économico-financier. Chacune des composantes de cette équipe a un rôle spécifique à jouer et le Ministère des Finances y contribue à travers trois leviers essentiels qui sont la maximisation des recettes, la discipline au niveau des dépenses (gestion sur base caisse), la surveillance de tous les autres paramètres économiques tant au niveau budgétaire que monétaire et des relations avec les Partenaires extérieurs.
À ce propos, quels clignotants avez-vous trouvés à votre nomination? À l’avènement de l’actuelle équipe gouvernementale, les principaux indicateurs macro-économiques (taux d’inflation, taux de change, réserves internationales,...) crevaient les limites conventionnelles propres à un cadre macro-économique assainie. Le pays était alors au bord de la rupture des relations avec les institutions de Bretton-Woods. Au 30 juin 2007, soit quatre mois après notre avènement, le taux d’inflation a été ramené de 18,2% à 11,9%. Le taux de change est passé de CDF 600 pour 1 dollar américain à moins de 500 CDF, les réserves internationales se sont stabilisées aux normes convenues soit trois semaines d’importations et, last but not least, du déficit de CDF 40 milliards au 3I décembre 2006 l’on est passé à un excédent de plus de CDF 50 milliards. Une économie s’appréciant à travers les chiffres, qu’on nous oppose un tableau qui pouvait contraster avec ces chiffres. Ma conviction est que si nous poursuivons sur ce cheminement, le point d’achèvement est à la portée de la République Démocratique du Congo. Vous pouvez vous représenter la suite...
Précisément, de ce point d’achèvement... Rentrée scolaire, revendications salariales, etc..., partout, le pessimisme semble prendre le dessus avec les nouvelles échéances. Ne seriez-vous pas seul à croire à ce point d’achèvement? Atteindre le point d’achèvement est l’un des objectifs du Gouvernement. Il le sera comme fruit d’un travail collectif et non du fait du Ministre des Finances. Il suffit de passer en revue la lettre d’intention avec le FMI pour se rendre compte qu’au delà de la simple maîtrise du cadre macro-économique, le comportement des institutions et de l’ensemble des acteurs politiques et sociaux conditionne le résultat final. C’est la raison pour laquelle j’estime que le fait d’entraver l’action du Gouvernement ou de l’amener à ne pas respecter son programme économique risque de compromettre le succès attendu d’atteindre le point d’achèvement. Toutefois, vu le chemin déjà parcouru et au regard du large consensus national autour de cette question, je reste fermement optimiste.
D’aucuns font état de rapports privilégiés que vous auriez développés avec les institutions financières internationales... Je vous retourne la question: est-ce une mauvaise chose que d’avoir de bons rapports avec ces institutions et dites-moi en quoi? En quoi la fréquentation des institutions financières internationales serait-elle mauvaise, honteuse ou inavouable pour un pays dont le Gouvernement s’est fixé comme entre autres objectifs de booster la croissance et de réduire la pauvreté à travers des mécanismes classiques conclus avec ces mêmes institutions. L’Assemblée Nationale n’a-t-elle pas adopté le Programme du Gouvernement qui justement privilégie ces relations que l’exécutif a l’obligation de concrétiser? Lorsque j’entends ce genre de discours persifleur sur les supposés rapports privilégiés que certains responsables politiques entretiendraient avec les institutions financières internationales alors qu’ils ne font qu’agir en tant que commis de l’État, je me pose franchement la question de savoir si nous faisons vraiment assez pour nous concentrer sur l’essentiel au détriment de l’accessoire. Nous devrions sur cette relation avec ces institutions financières internationales veiller à nous décomplexer et cesser une fois pour toutes cette sorte d’autoflagellation somme toute improductive.
Votre Contrat triennal, est-ce réalité ou de la poudre aux yeux? Je suppose que vous parlez du Programme Triennal avec le FMI. Il ne s’agit pas de la poudre aux yeux. Ce programme sera conclu dès que l’on aura rempli les critères du Programme Relais de Consolidation. Nous y travaillons.
Qu’attendre de la visite, fin juillet, de Donald Kaberuka? Comme vous le savez, M. Donald Kaberuka est le président du groupe de la BAD. Dans le cadre de l’exercice de mes fonctions, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec lui en avril 2007 lors des Assemblées de printemps de Conseils de Gouverneurs du Fonds Monétaire International et du Groupe de la Banque Mondiale à Washington. Lors des assemblées annuelles de la BAD, tenues à Shanghai en Chine au mois de mai 2007, j’ai pu faire le point avec la Direction des opérations de la BAD, sur la situation d’exécution des projets en RDC. Le montant total des projets financés par la BAD en RDC s’élève à 130 millions de dollars américains. Cependant, la mise en œuvre des différents projets est rendue difficile à cause notamment de leur inadéquation avec la réalité actuelle et des contraintes d’ordre organisationnel. La visite du président de la BAD entre dans le cadre de la redynamisation des projets, dont le taux d’exécution reste relativement faible.
Vous parliez tout à l’heure de l’Assemblée Nationale. Quels sont vos rapports actuels avec cette Chambre législative? À priori très bons. Étant moi-même une émanation de l’Assemblée Nationale de l’actuelle Législative élu dans la circonscription électorale de Pangi dans le Maniema, en ma qualité d’ancien Député de la transition ayant eu à présider l’une des Commissions permanentes, en l’occurrence, la Commission de la Reconstruction et du Développement, j’ai le plus grand respect pour l’Assemblée Nationale et le travail des Parlementaires. Cependant, devenu membre du Gouvernement, il est possible que par moments, mes propos ne cadrent pas totalement avec les points de vue des Députés et je le concède bien volontiers. Cela a été le cas notamment en ce qui concerne le Budget lorsque le Ministre des Finances devrait défendre le point de vue du Gouvernement, lequel point de vue, faut-il le préciser, tenait à ce qu’il soit pris en compte les engagements pris avec le FMI. Mais en définitive, étant donné que c’est l’Assemblée Nationale qui est l’autorité budgétaire, le Gouvernement s’est incliné et ce débat appartient désormais au passé. Conformément aux options levées par l’Assemblée Nationale, je m’attèle à organiser les Régies, à travers les réunions hebdomadaires de mobilisation des recettes, pour les amener à répondre à leurs obligations face à la mobilisation des ressources.
Certains Députés souhaiteraient pourtant vous entendre - et c’est litote - après vos propos anti-Assemblée Nationale au Sénat lors de ce débat sur le Budget... Permettez-moi d’abord de rectifier une chose: jamais je n’ai tenu de propos anti -Assemblée Nationale au Sénat. Les archives sont là, écrites et vivantes, vous pouvez vérifier. Il est vrai par contre que j’avais reçu du Gouvernement mission pour continuer à plaider sa cause à la Chambre des Sages quant à la nécessité du respect des engagements ultérieurs pris avec les partenaires au développement. Ce recours, par ailleurs constitutionnel, avait été introduit dans le sens d’implorer - et je pèse bien mes mots - le Sénat à réexaminer les projections des recettes en ce qui concerne la DGRAD principalement car comme vous le savez celle-ci collecte des recettes qu’elle n’a ni constatées ni liquidées, sa responsabilité étant partagée avec les services d’assiette. Ce qui a été d’ailleurs démontré à travers notamment une double comptabilisation des recettes pétrolières qui ont été portées en déduction.
Face aux attentes des cinq chantiers du Chef de l’État, le pays est-il armé? De quelle arme le pays a-t-il encore besoin? La volonté politique de ses dirigeants et le dynamisme de sa population ne sont-ils pas les atouts majeurs et l’arme principale pour le développement d’un pays? Nonobstant la nécessité de l’appui de la Communauté internationale, le développement de tout peuple est conditionné par ces atouts. En énonçant les cinq chantiers, le Chef de l’État a fixé les axes principaux de l’action du Gouvernement pendant les cinq années de son mandat; il ne s’agit pas du tout d’un voeu pieux. Bien évidemment, l’on ne peut pas se voiler la face sur l’existence des difficultés, cependant, nous nous attèlerons tous ensemble à y trouver des solutions pour respecter les engagements pris vis-à-vis du peuple, et chacun doit y mettre du sien.
L’absence de débat à ce propos et la place trop laissée au slogan alors qu’il ne resterait que trois ans d’espace de temps effectif pour convaincre et gagner, n’est-ce point inquiétant? Je pense que les inquiétudes que se font certains compatriotes sont prématurées. Au cours des débats sur le Budget, des indications ont été données sur les actions devant concourir à la réalisation de la tranche annuelle du programme du Gouvernement, quand bien même des critiques et préoccupations ont été émises à ce sujet, démocratie oblige. Il convient de relever que, pour marquer la rupture d’avec le passé, le Gouvernement se devait d’abord de faire l’état des lieux et les félicitations qui étaient adressées au Premier Ministre et au Gouvernement pour avoir tout de même réussi à présenter un budget dans un laps de temps aussi court, démontrent à suffisance la volonté politique qui anime l’ensemble du Gouvernement pour la mise en œuvre effective des cinq chantiers du Chef de l’État, tels que traduits dans son programme. Il ne me paraît pas juste de soutenir que les cinq chantiers du Chef de l’État ne sont pas l’objet de débats. Il en a été question pendant le vote du Budget dans les deux Chambres du Parlement; les membres du Gouvernement se prêtent volontiers aux préoccupations de la presse tant écrite qu’audiovisuelle, c’est sans doute lorsqu’on en parle dans ou à travers la presse que l’on a l’impression qu’il s’agit d’un slogan comme vous le dites. Telle n’est pas la perception des membres du Gouvernement qui en parlent, car quoiqu’il en soit le Gouvernement a la ferme volonté d’a:uvrer pour la réalisation des ces cinq chantiers. Il s’agit pour chacun des membres du Gouvernement d’un challenge. Qu’il en soit également ainsi pour chaque Congolais, même pour ceux qui se veulent critiques, d’autant plus que dans la construction du bien-être collectif il ne peut y avoir des acteurs d’un côté et des spectateurs de l’autre.
N’est-ce point inquiétant l’absence de flux de capital financier international privé, seul à permettre le décollage? Je suis d’accord avec vous sur la nécessité des capitaux privés étrangers pour le décollage économique de notre pays. Nous espérons vivement que la mise en place des institutions politiques issues des élections démocratiques, organisées du reste ,avec l’appui massif de la communauté internationale, et la poursuite des programmes suivis par les partenaires au développement, permettront de soigner l’image de notre pays dont les diverses richesses naturelles et humaines sont incontestablement autant d’atouts pour attirer les capitaux privés. La volonté du politique affichée par le Président de la République et le Gouvernement pour combattre les anti-valeurs et instaurer et raffermir la bonne gouvernance finiront par dissiper les hésitations. Du reste, les signaux en provenance des investisseurs étrangers sont déjà perceptibles, même s’il n’y a pas encore de bousculades au portillon.
Qu’est-ce qui compte pour vous aujourd’hui en politique? Ce qui compte pour moi aujourd’hui en politique, et comptera toujours du reste, c’est de servir mon pays de toute mon âme et de toutes mes forces, de participer à son développement et à renforcer la cohésion nationale.
Comment va le Kivu-Maniema? Le Maniema va très bien. Avec ses réalités, il sort du bois. Quelles réalités? La sempiternelle question de son enclavement, l’absence chronique d’énergie électrique. ..mais attention... depuis trois ou quatre mois bientôt, grâce à la volonté et à la détermination du Président de la République, la Ville de Kindu est désormais alimentée en énergie électrique, sans délestage s’il vous plaît!, à partir de la Centrale hydroélectrique du Lutshulukulu située à Kalima. Et depuis, l’eau de la Regideso coule aussi dans les robinets!
Monsieur le Ministre, s’il vous était demandé de faire un bilan mi-parcours de votre passage au ministère des Finances, quel serait ce bilan? Il est prématuré de parler de bilan. Dans tous les cas, notre engagement de servir la Nation en assumant nos responsabilités se traduit jour après jour par les activités que nous menons tant au pays qu’à l’étranger, conformément aux attributions qui sont les nôtres. Il ne me paraît pas élégant de les énumérer ici.
De tous vos prédécesseurs, pour qui vous avez de l’admiration ou le plus d’admiration? Argentier de la République, c’est assurément un honneur, mais c’est aussi et surtout une lourde charge. Les hommes qui ont été appelés à cette charge ont servi dans des contextes et des situations différents. Les contraintes, les atouts, les opportunités, les environnements internes et externes n’étant pas les mêmes pour tous, il serait extrêmement risqué de se hasarder à un jugement de valeur. Je pense en définitive que seuls le temps et l’histoire peuvent juger équitablement. Laissons au temps le temps.
Qu’est ce qui serait le pire ennemi du décollage économique quand des pays au départ moins nantis sont des Dragons, des Tigres et... des Lions? À mon sens, au-delà même des préoccupations liées à la fiscalité, l’insécurité juridique et judiciaire, ainsi que les tracasseries administratives gênent de manière considérable notre décollage économique. Lorsque nous aurons suffisamment maîtrisé les choses de ce côté-là, nous deviendrons nous-mêmes à coup sûr un Léopard bondissant qui inspirera respect et considération.
Vous êtes d’accord que l’un des goulots d’étranglement est le système fiscal qui n’est pas attractif, guère en mesure de générer du développement... Le système fiscal de notre pays est en pleine réforme, avec le concours de nos partenaires bi et multilatéraux, dans le but de le rendre suffisamment attractif, incitatif et compatible aux impératifs du développement, notamment en procurant à l’État plus de ressources grâce à l’élargissement de l’assiette fiscale. Les réfonnes envisagées font partie d’un processus qui a commencé depuis quelques années déjà avec mes prédécesseurs. Nous les poursuivons, avec des ajustements nécessaires. Dans ce contexte, des actions significatives ont déjà été menées, tandis que d’autres sont en cours, tant sur le plan de la fiscalité de fond que sur le plan des structures et méthodes de gestion de la fiscalité.
Il y a sans doute entre autres cette réforme sur la TVA... Parmi les actions en cours, il y a en effet l’instauration de la Taxe sur la Valeur Ajoutée en remplacement de l’impôt sur le chiffre d’affaires. À cet effet, j’ai mis en place un comité inter-ninistériel d’experts pour piloter cette réforme qui est une véritable révolution fiscale, dont l’aboutissement est prévu pour 2009. Il importe de noter que notre pays est parmi les rares pays au monde qui pratiquent encore l’impôt sur le chiffre d’affaires, un impôt cumulatif qui gène la compétitivité du secteur productif. La TVA, grâce au mécanisme de déductibilité qui la caractérise principalement, permettra à l’État d’accroître ses rentrées fiscales de manière significative, tout en rendant notre secteur productif plus dynamique et compétitif. < br>Des actions accompagnatrices de cette réforme se poursuivent également, telles que la mise en place des Centres des Impôts avec des méthodes de gestion analogues à celles de la Direction des Grandes Entreprises (DGE) qui a permis à la DGI d’augmenter sa capacité de mobilisation des recettes, la généralisation du numéro impôt, qui permettra à terme de ramener l’économie souterraine au grand jour et de juguler le secteur informel. Le nouveau code de douanes devra être promulgué incessamment pour remplacer une législation douanière surannée et dont le texte de base date de 1949. Il est vrai que la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale, de même la nécessité de susciter l’éveil du civisme fiscal, constituent des axes importants sur lesquels nous travaillons. Le train de la réforme de notre système fiscal est, faut-il le dire, véritablement en marche.
ALUNGA MBUWA.
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