*
Laurent Nkunda va se présenter à la Conférence de Goma avec des
revendications qui ne relèvent nullement de sa compétence :
rapatriement des réfugiés tutsi congolais, neutralisation et le
rapatriement des ex-Far/Interahamwe, brassage des mutins et le renvoi
du mandat d'arrêt établi par l'Auditeur général… * Les participants ne
pourraient pas retenir de lui la responsabilité de la tragédie en cours
au Nord-Kivu où 800 mille compatriotes sont forcés au déplacement à la
suite d'une guerre post-électorale n'ayant aucune justification
crédible ! Femmes, hommes et enfants sont ballottés, livrés à la faim,
aux maladies et aux intempéries ; les adultes ont perdu champs, bétail
ou commerce, les jeunes la scolarité etc. Et tout cela, par la volonté
d'un général qui avait librement choisi de démissionner des Fardc !
* Va-t-il bénéficier de la « grâce » d'une réintégration ? Tout
l'intérêt de Goma pourrait se résumer à son sort…
Il
voulait absolument un dialogue avec le Gouvernement central ; il va
falloir qu'il se contente du « dialogue interprovincial » où il aura du
mal à faire valoir ses revendications résumées en quatre points, à
savoir : le rapatriement des réfugiés tutsi congolais, la
neutralisation et le rapatriement des ex-Far et Interahamwe confondus
délibérément aux Fdlr, le brassage des mutins ou insurgés, alias
Nkundistes et le renvoi du mandat le concernant personnellement, mandat
émis par l'auditeur général des Fardc. Bref, des matières qui relèvent,
à proprement parler, du Pouvoir central.
Avant-hier, les leaders du Kivu présents à Kinshasa se sont retrouvés
au Ghk dans le cadre des préparatifs de la Conférence de Goma. C'est le
même jour que le président de l'Assemblée national, Vital Kamerhe,
entouré d'autres personnalités impliquées dans la tenue de ces assises,
a échangé avec les ambassadeurs en poste à Kinshasa. C'est, du reste,
au terme de ce contact que le doyen diplomatique, l'ambassadeur
angolais Joôa Batista Mawete, a remercié les autorités congolaises de
l'initiative ainsi prise et les a exhortées à faire diligence ; son
collègue belge Swinnen ayant, quant à lui, promis le concours de son
pays.
Pour revenir aux travaux préparatoires, Vital Kamerhe et Azarias
Ruberwa se sont prononcés sur le sujet, précisément la participation de
Laurent Nkunda. Commençant par faire remarquer qu'aucun participant
n'est jusque-là désigné, le président de l'Assemblée nationale a
souligné que « Le CNDP, mouvement du général déchu Laurent Nkunda, sera
à la conférence parce qu'étant dans le groupe de ceux qui sont dans la
logique de la guerre. Nous ne pouvons faire la paix qu'avec ceux qui
font la guerre ». Pour sa part, réagissant par rapport au même Nkunda,
Azarias Ruberwa a fait valoir la nécessité de la participation de tous
les groupes armés. « … il est important que tout le monde réponde au
rendez-vous. Aucune raison ne pourrait exclure sa présence car faisant
parti d'un groupe armé. Il en est de même pour Jackson et tous les
autres à la tête des groupes armés par rapport à l'armée congolaise ».
On pourrait dire, à l'analyse de ces déclarations, que tout baigne dans
l'huile.
Revendications irrationnelles
Seulement voilà : l'huile, elle, ne pourrait pas tout
prendre. Notamment les revendications de Laurent Nkunda décrites
ci-dessus. Voici trois mois environ que « L'Avenir » remet celles-ci
sur le tapis en les disséquant une à une.
Prenons le cas du rapatriement des réfugiés tutsi congolais présents au
Burundi, au Rwanda et en Ouganda où ils ont du mal à s'intégrer dans
les communautés locales …tutsi ! Dans son interview du 18 octobre 2007
à Rfi, Azarias Ruberwa l'avait relevé en déclarant : « Je crois que la
question des réfugiés des Tutsi congolais qui sont dans les trois pays
de l'Est mérite une réponse claire. C'est un droit. Les réfugiés tutsi
du Nord-Kivu sont pratiquement dans des camps au Rwanda depuis 12 ans ;
ils seraient Rwandais qu'ils ne seraient pas dans des camps pendant
plus de 10 ans ».
12 ans ou 10 par rapport à 2007, ça signifie que ces réfugiés sont dans
les pays limitrophes depuis 1995 ou 1997. La question est de savoir
pourquoi n'étaient-ils pas revenus en RDC à l'avènement de l'Afdl au
Pouvoir en 1997 ou pourquoi ne l'avaient-ils pas fait au cours des 5
ans où le Rcd a incarné le « Pouvoir central » dans les territoires
sous son administration (entre 1998 et 2003) et pourquoi n'avaient-ils
pas profité du « 1+4 » pour retourner alors que Ruberwa exerçait les
fonctions de vice-président de la République en charge justement de la
Commission Politique, Défense et Sécurité ! Après tout, dans la même
interview, le président national du Rcd avait bien dit que « les autres
réfugiés, qui étaient estimés jusque-là à ce moment-là à 430 mille de
la Tanzanie, de la Zambie, du Congo-Brazzaville, de la République
centrafricaine, sont rentrés au pays soit totalement, soit
partiellement ». Or, ce retour s'était effectué sous son mandat ! On
retiendra au moins que le rapatriement des réfugiés implique les deux
gouvernements du pays d'origine et du pays d'accueil, le Hcr et les
candidats au retour. Il n'y a de place ni pour un leader, ni pour un
parti politique ! C'est, du reste, ce que les gouvernements congolais
et rwandais avaient convenu en septembre dernier au terme des
négociations de Kinshasa. En plus, il y a la donne sécuritaire pour le
réfugié qui rentre. Par voie de conséquence, tant que Nkunda entretient
la guerre au Nord-Kivu, aucun réfugié ne peut prendre le risque de
revenir en RDC. Même le Hcr ne peut l'y encourager.
Pour ce qui s'agit de la neutralisation et du rapatriement des
ex-Far/Interahamwe ou Fdlr, Laurent Nkunda n'y a aucun rôle à jouer.
Les négociations congolo-rwandaises de Kinshasa avaient reconnu cette
compétence aux gouvernements des deux pays. Sachant pertinemment bien
qu'il n'a aucune qualité de se substituer aux autorités rwandaises pour
s'engager dans le rapatriement des rebelles rwandais, Laurent Nkunda
n'a d'autre choix que celui des affrontements ; une autre façon
d'entretenir la guerre à l'Est pour empêcher, par effet d'entraînement,
le retour des réfugiés tutsi congolais. D'ailleurs, avec l'Accord de
Nairobi dans lequel le Rwanda s'est engagé à présenter à la RDC et à la
Monuc la liste des génocidaires ex-Far/Interahamwe et le programme de
réinsertion socioéconomique des non-génocidaires, Nkunda n'a plus une
seule raison de réclamer la neutralisation ou le rapatriement des
rebelles hutu rwandais.
En ce qui concerne le brassage, le Cndp n'est pas sans savoir que
l'insertion ou la réinsertion est un acte individuel. Le mutin ou
l'insurgé tutsi qui veut rejoindre l'armée nationale ou qui veut être
démobilisé n'a nullement besoin du doigt indicateur de Nkunda ou de son
organisation. Quant au mandat lancé contre sa personne par l'Auditeur
général des Fardc, Laurent Nkunda sait que cet acte n'a aucun rapport
avec les événements en cours au Nord-Kivu. Ce mandat – nous l'avons
souligné dans une récente édition – a été établi à la suite de son
expédition militaire sur Bukavu en 2004, sous prétexte de génocide
commis sur les Banyamulenge. Les enquêtes de la Monuc et diverses ong
humanitaires avaient prouvé le contraire. Or, l'une des conséquences
tragiques de cette aventure est le massacre, réel celui-là, perpétré
contre les réfugiés tutsi Bannyamulenge à Gatumba, toujours en 2004. Au
lieu de s'en prendre à Nkunda et Mutebusi qui avaient provoqué cet
exode, Ruberwa s'était plutôt acharné sur Kabila et Budja Mabe !
Une guerre sans justification crédible
En définitive, Laurent Nkunda va se présenter à la
Conférence de Goma avec des revendications vidées de toute leur
substance. Les participants ne pourraient cependant pas ne pas retenir
de lui la responsabilité de la tragédie en cours au Nord-Kivu où 800
mille compatriotes sont forcés au déplacement à la suite d'une guerre
post-électorale n'ayant aucune justification crédible ! Femmes, hommes
et enfants sont ballottés, livrés à la faim, aux maladies et aux
intempéries ; les adultes ont perdu champs, bétail ou commerce, les
jeunes la scolarité etc. Et tout cela, par la volonté d'un général qui
avait librement décidé de démissionner des Fardc !
Ne pouvant sortir indemne de la Conférence, va-t-il bénéficier de la
« grâce » d'une réintégration ?
Tout l'intérêt de Goma pourrait se résumer à son sort…
Omer Nsongo die Lema