 Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, Monsieur l'Abbé Président du Bureau de la Conférence, Monsieur le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Mesdames, Messieurs, Distingués conférenciers, Mesdames, Messieurs
Dans quelques instants, la Conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu aura vécu. Pendant plus de deux semaines, elle aura retenu l'attention de toute la Nation, l'ensemble des Congolais, autant nos partenaires, n'ayant qu'une préoccupation, à savoir : le rétablissement rapide de la paix dans les deux provinces martyrs du Nord et du Sud-Kivu. A l'occasion de ces assises, une grande responsabilité avait été confiée aux fils et filles des entités susmentionnées. Vous aviez pour mission d'examiner ensemble avec les compatriotes d'autres provinces et sans complaisance aucune les problèmes et les causes qui font de ces provinces une véritable poudrière empêchant les communautés qui y vivent de cheminer dans la même direction que le pays dans son ensemble et de se consacrer à son développement.
Il est, en effet inacceptable que pendant que les populations des autres provinces s'activent à la reconstruction et au développement de leurs espaces, celles du Kivu déploient leur génie et leurs efforts à s'anéantir les unes les autres. En ma qualité de garant de la Nation, je ne pouvais laisser fleurir davantage de telles cultures. Il était donc temps d'organiser cette conférence et d'appeler chacun devant le tribunal de sa conscience.
Mesdames et Messieurs,
L'abondance des recommandations qui viennent d'être rendues publiques et les engagements souscrits par les uns et les autres sont des réconfortants signes d'espoir. De grâce, n'en faisons pas de simples vœux pieux. Sur les sceptiques, nous avons certainement gagné une grande bataille. Il y a peu encore beaucoup pariaient sur l'impossibilité d'un Accord entre Kivutiens. Nous n'en sommes pas pour autant au bout de nos peines. Un nouveau défi se dresse devant nous, un défi plus important et plus difficile que celui d'hier, le défi de la mise en œuvre. La construction de la paix est un processus généralement long et souvent semé d'embûches. Elle est aussi une œuvre exaltante, car au bout d'éprouvants efforts, se trouvent d'incommensurables dividendes : sécurité, investissement, emploi, revenus, scolarisation des enfants, santé des mères, bien-être de tous, bref : le développement.
Pour le travail abattu, pour la conclusion heureuse de vos travaux et pour le service rendu à la Nation, je vous félicite donc chaleureusement et je remercie chacun de vous, particulièrement les membres du Bureau de la Conférence, du Comité des sages, du Panel des modérateurs, du Secrétariat technique et des bureaux des ateliers, commissions et sous-commissions. L'application de tout ce que vous venez d'entreprendre est d'autant plus méritoire qu'il ne s'agissait pas de partage du pouvoir. Je vous rassure, par ailleurs, que toutes les institutions de la République vont chacune en ce qui la concerne donner suite à vos pertinentes recommandations et résolutions. Il en va de l'avenir du Kivu mais aussi de celui du Kongo, mieux : de l'ensemble de notre espace vital.
La paix doit d'abord germer dans les cœurs
L'Acte de Goma vient en effet compéter d'autres initiatives de paix pour créer une nouvelle dynamique, et dans ce monde d'aujourd'hui marquée par la mondialisation pour ouvrir des perspectives insoupçonnées de développement et de prospérité, prospérité entre communautés, entre provinces et dans la sous-région. Je dois cependant vous mettre en garde contre la tentation de penser que votre tâche est terminée. Je dois vous exhorter tous à demeurer pleinement mobilisés et à ne troquer vos badges de conférencier que pour dans l'armée des faiseurs de paix devenir artificiers. En effet, pour être véritable aujourd'hui et durable demain la paix que par la signature des actes et des résolutions vous voulez pour vos collines et vallons doit d'abord germer et grandir dans chacun de vos cœurs pour ensuite espérer, de proche en proche, contaminer tout le monde.
Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, Monsieur l'Abbé Président du Bureau de la Conférence, Monsieur le Représentant spécial du Secrétaire général, Distingués conférenciers, Mesdames, Messieurs,
Après de nombreuses années de guerre, la Paix ne peut naître sans dialogue des parties. La Conférence y a pourvu et la Commission Vérité et Réconciliation dont vous avez demandé la création viendra parfaire ce qui a été amorcé. Dans cette optique, la Justice et l'état de droit sont incontournables. Parce que c'est ce prix et à ce prix seulement que pourront être rétablis les équilibres brisés et que seront réhabilités la confiance dans nos institutions et en renier la machine à appauvrir des pilleurs, des violeurs et des seigneurs de guerre.
Il est aussi vrai que les parents, les professionnels de l'éducation et ceux des médias ont un rôle essentiel à jouer pour prévenir de nouveaux conflits dans notre pays, en enseignant aux enfants et à la jeunesse la culture de Paix, l'amour du prochain et de la patrie, les valeurs de solidarité et fraternité, le sens de l'équité et de responsabilité, le respect de l'autre, la richesse de la diversité.
Par ailleurs, la Justice ne peut pas à elle seule panser des blessures aussi profondes que celles causées par l'ignoble armada de guerre que sont les viols et les violences sexuelles, redonner l'unité, l'intégrité physique à nos filles, nos sœurs, épouses, mères et grand'mères vexées de viol ni ramener à la vie des millions de nos concitoyens fauchés à la fleur de l'âge et faits de guerre aux objectifs inavouables. La Justice a cependant le double et irremplaçable mérite de nous rappeler les limites de la morale et de permettre qu'aux générations futures nous léguions des sociétés plus humaines.
Pour terminer, je voudrais remercier les délégués des autres provinces et des pays de la région pour leur élan de solidarité et leur accompagnement tout au long de ces assises. Je voudrais remercier la communauté internationale qui a été massivement représentée et qui a contribué à leur succès. Mon souhait est de voir le soutien des uns et des autres se poursuivre en vue de la consolidation de la paix, la réconciliation effective des Kivutiens et du développement de leurs provinces.
Quant aux populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, et ces frères et sœurs qui injustement ont tant souffert, je voudrais au nom des soixante millions des Congolais réaffirmer la solidarité inaltérable de la Nation autant devant leurs souffrances nos cœurs ont abondamment saigné, autant face à l'espoir né de cette conférence les aider à construire un avenir paisible et prospère est pour nous un agréable devoir.
Mesdames et Messieurs, sur ce, je déclare clos les travaux de la Conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, et je vous remercie.
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