
BRUXELLES,
(IPS) - L'accord massif que la Chine a signé avec la République
démocratique du Congo (RDC) l'année dernière n'est pas une ''deuxième
colonisation'', selon ce que prétendent certains Européens. L'accord
apparaît en fait comme un moyen prometteur pour donner un coup de fouet
à une économie.
Cet accord sur le développement des
infrastructures à travers ''le financement soutenu par des ressources''
donne certainement à la Chine beaucoup d'influence dans un pays où des
Européens ont l'habitude de distribuer les cartes. Des pays européens
regardent maintenant avec une certaine envie ce que la Chine a réalisé.
L'avenir politique du président Joseph Kabila dépend de cet
accord sino- congolais. Et avec cela, au moins une partie de l'avenir
économique du Congo lui-même.
La RDC est dotée d'énormes
ressources naturelles, mais 40 années de mauvaise gestion ont fait
tomber le pays. La RDC est actuellement l'un des pays les plus pauvres
sur terre -- même les infrastructures les plus élémentaires ont
succombé à quatre décennies de négligence.
L'annonce faite en
septembre 2007 selon laquelle la Chine réaliserait de grands projets
d'infrastructures en RDC, qui seront remboursés avec les énormes
réserves du Congo en cuivre et en cobalt, a inévitablement attiré
beaucoup d'attention. Mais elle a également créé beaucoup de suspicion
: que manigançaient exactement les Chinois?
Les entreprises
chinoises débuteront en premier lieu les travaux sur les projets
d'infrastructures en 2008 plus ou moins selon les cinq priorités que
Kabila a fixées : l'eau, l'électricité, l'éducation, la santé et le
transport.
Ces travaux coûteront plus de 9 milliards de
dollars. C'est beaucoup d'argent, considérant que le budget de l'Etat
congolais de 2007 s'élevait seulement à 1,3 milliard de dollars, dont
la plupart était juste nécessaire pour payer les salaires des membres
du gouvernement. Alors, comment la RDC remboursera-t-elle ces prêts
chinois?
L'idée fondamentale est que les entreprises d'Etat
congolaises et chinoises ont installé une joint-venture, la Socomin
(Société congolaise minière). Cette société minière investira 3
milliards de dollars dans de nouvelles régions principalement minières.
Les profits de la Socomin seront utilisés pour rembourser ces
investissements miniers et les investissements dans les grands travaux
d'infrastructures.
Un accord général a été conclu en septembre
l'année dernière. Il a été ensuite réglé avec précision à travers deux
mois de négociations à Beijing en novembre et en décembre.
''Cela
a pris un long moment, cela ne fait aucun doute'', déclare le Français
Paul Fortin, PGD de Gécamines, la société minière étatique congolaise.
''Nous devions nous entendre sur un modèle économique qui stipule
comment les investissements chinois seront remboursés avec les recettes
de la Socomin. A part cela, ceux-ci constituaient des négociations
commerciales normales comparables à celles que j'ai faites pour les
nombreux partenariats de Gécamines avec des sociétés privées''.
L'un
de ces accords était que sur une période de 15 ans, la Socomin produira
environ dix millions de tonnes de cuivre pour rembourser finalement 12
milliards de dollars pour les investissements dans l'exploitation
minière et les infrastructures.
Les Chinois ont expliqué leur
position d'une manière plutôt agressive. Les premiers profits seront
utilisés pour rembourser les investissements miniers, quelque chose qui
est typique à la majorité des joint-ventures privées avec Gécamines.
L'accord stipule également que ''le gouvernement congolais doit
garantir la sécurité des investissements, et le remboursement des
travaux d'infrastructures''. Toute dispute serait réglée par
l'arbitrage du tribunal de la Chambre internationale de commerce de
Paris, et non à travers les tribunaux congolais, qui ont la réputation
d'être corrompus.
Conformément à cet accord, seul un
travailleur sur cinq peu être chinois. Dans chacun des projets, la
moitié d'un pour cent de l'investissement doit être dépensée pour le
transfert de technologie et pour la formation du personnel congolais.
Un pour cent doit être utilisé pour des activités sociales dans la
région, et trois pour cent pour couvrir les coûts environnementaux. Dix
à 12 pour cent des travaux doivent être sous-traités à des sociétés
congolaises.
Reste à voir comment tout ceci marchera pour la
RDC. Et, quelle sera la qualité des travaux? Le gouvernement congolais
est-il en mesure de contrôler cela?
Une chose est claire :
ceci n'est pas l'histoire de Noirs et de Blancs que certains ont voulu
en faire. Ce n'est pas non plus une histoire d'horreur coloniale, ni
des investissements idéalistes de la part de la Chine.
La
Chine est intéressée parce qu'elle a besoin de ressources naturelles.
Mais Fortin pense que la RDC a aussi beaucoup à y gagner. ''Le Congo ne
doit pas attendre ses infrastructures jusqu'à ce qu'il ait l'argent. La
construction démarre immédiatement avec les ressources naturelles comme
garantie. Sauf dans des Etats riches en pétrole, je ne connais aucun
autre accord comme celui-ci''.
Un diplomate européen bien
informé, qui ne souhaitait pas être nommé, a reconnu que ''s'il est
bien mis en œuvre, il peut être positif pour le Congo''.
L'accord
semble être vital pour le président Kabila. Après plus d'un an au
pouvoir, il n'y en a pas beaucoup qu'il puisse montrer au peuple
congolais, qui a commencé à le critiquer. Quelque chose doit rapidement
commencer s'il veut se faire réélire dans trois ans et demi.
L'accord
entre le Congo et la Chine semble être un bon moyen d'avancer,
également parce que l'argent ne doit pas être canalisé par
l'intermédiaire d'une administration congolaise corrompue. Des prêts
venant de Eximbank appartenant à l'Etat chinois vont directement aux
entreprises étatiques chinoises 'Railway Engineering Company' (CREC) et
'Sinohydro'.
Kabila faisait très clairement allusion à cette
situation dans un discours récent. ''Les banques chinoises sont prêtes
à financer nos cinq travaux (l'eau, l'électricité, l'éducation, la
santé et le transport). Pour la première fois dans notre histoire, les
Congolais sentiront réellement ce à quoi servent tout ce cuivre, ce
cobalt et ce nickel''.
L'accord de change avec les Chinois
apparaît comme une solution satisfaisante à court terme. Un Etat mieux
géré demeure plutôt une nécessité et une condition sine qua non pour
faire un bon usage (et entretien) de toutes les nouvelles routes, les
chemins de fer, hôpitaux et écoles qui sont prévus.
Les
Européens trouvent contrariant le rôle de la Chine. A travers leurs
projets, les Chinois ont accès au cuivre et au cobalt. ''Ceci à un
moment où nous devrions être attentifs à la fourniture à long terme (de
produits de base à l'Europe)'', a déclaré un diplomate à IPS. ''La
communauté européenne pour l'aide au développement nous
permettrait-elle d'opérer comme les Chinois?''
Et ceci est
juste une question. Il y en a d'autres. Quelle autre nation est-elle
capable de prendre de tels projets gigantesques aussi bon marché et
aussi rapide que les Chinois? Et, quel pays européen possède-t-il
encore des entreprises publiques pour entreprendre de tels projets?
Si
actuellement Kabila dépend politiquement des Chinois, cela signifie que
l'influence de Beijing dans ce pays crucial d'Afrique est devenue très
forte. Les Congolais, comme beaucoup d'autres Africains, l'ont eu avec
des Européens paternalistes qui leur disent souvent comment ils doivent
se comporter et comment ils doivent améliorer la gouvernance.
C'est
certain, tout le monde sait que le gouvernement de la RDC est faible et
corrompu. Des chercheurs ont trouvé qu'en général un conteneur qui
entre dans le pays dans la ville orientale de Bukavu est 'attaqué' par
20 différents services gouvernementaux, chacun demandant les vrais
documents -- ou une sorte de paiement.
L'Etat congolais a des
difficultés de fonctionnement et les problèmes de gouvernance
constituent une raison pour laquelle des pays de l'Occident sont
réticents à financer le gouvernement congolais après les élections.
''Nous n'avions d'autre choix que d'aller vers les Chinois'', a confié
à IPS une source bien placée au Congo.
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IPS a maintenant eu accès aux accords de septembre. Certains détails de ces accords se présentent comme suit :
-
L'accord principal a été conclu entre l'Etat congolais et trois grandes
entreprises étatiques chinoises, notamment 'China Eximbank' qui a
accordé pendant des années d'importants prêts aux entrepreneurs
chinois. L'accord stipule que ces deux parties devraient former une
joint-venture dénommée Socomin SA (Société congolaise minière)
conformément à la loi congolaise.
- En tout 32 pour cent des
actions de cette société sont détenus par la grande société minière
publique de la province de Katanga, Gecamines, et 68 pour cent par les
Chinois. La grande partie de l'extraction viendra de nouvelles mines.
Rien n'est enlevé aux mines existantes, sauf à une partie de 'Katanga
Mining Ltd' possédée par la 'Belgian George Forrest', qui sera dûment
remboursée.
- Dans une première phase, les recettes de Socomin
seront utilisées pour rembourser les investissements miniers de 3
milliards de dollars. Il est offert à la Gecamines également un prêt
correctif de 100 millions de dollars, avec lesquels les rappels de
salaires des ex-employés étrangers et congolais, entre autres, peuvent
être payés.
- Dans une seconde phase, 66 pour cent du profit
net serviront à rembourser les prêts que les Chinois auront payés
d'ici-là pour les travaux d'infrastructures. Les autres 34 pour cent
sont répartis parmi les actionnaires. Au cours de ces deux phases, la
joint-venture est exonérée de toute taxe.
- Ceci est suivi
d'une liste de travaux d'infrastructures d'un montant de 9 milliards de
dollars que deux grandes entreprises publiques chinoises construiront
entre elles. 'Sinohydro', une grande société d'Etat qui a fourni
l'ossature de l'atelier chinois de constructions mécaniques
hydrauliques et des centrales hydroélectriques, construira des lignes à
haute tension et des centrales électriques de haut voltage. La société
réparera et élargira également l'approvisionnement en eau, et
construira 49 centres de distribution et d'approvisionnement en eau
potable, 31 hôpitaux de 150 lits chacun, 145 centres de santé de 50
lits chacun, quatre grandes universités, le siège du parlement et
20.000 habitations à loyers modérés.
- La 'China Railway
Engineering Company' (CREC) est uns société d'Etat qui a posé
deux-tiers du réseau ferroviaire chinois (pas moins de 400.000
kilomètres) et possède 280.000 employés. La CREC est chargée de rénover
le chemin de fer entre les ports de Muambe, Matadi et Kinshasa, le
chemin de fer entre Kinshasa, Ilebo, Lubumbashi et Kasumbalesa, et
entre Lubumbashi, Kindu, Kalemie et le nord-est du Congo. Dans et
autour de Kinshasa, 250 km de routes seront construits, notamment une
autoroute périphérique autour de la ville. Ailleurs également,
plusieurs nouvelles routes sont prévues.
- En outre, un accord
existe entre le gouvernement congolais et la société privée 'Shanghai
Pengxin Group Ltd' pour développer des infrastructures publiques avec
''le financement du projet couvert par les recettes venant des
ressources naturelles''. 'Shanghai Pengxin' doit mobiliser 1 milliard
de dollars, dont 850 millions de dollars sont pour les travaux miniers
et d'infrastructures, et 150 millions de dollars comme assistance
budgétaire au gouvernement. Il est stipulé dans l'accord que
l'exploitation minière doit se faire sur une échelle suffisamment
grande en vue de rembourser ce montant.
(* John Vandaele est
auteur de plusieurs livres sur la mondialisation. Le magazine belge Mo
a aidé à rendre cette recherche possible). (FIN/2008)
Analyse de John Vandaele* 21 fév
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