* On ne sait pas trop pourquoi on surdimensionne le BDK. Ce mouvement n'a aligné qu'un seul député national, son chef Ne Muanda Nsemi, alors que le Bas-Congo aligne 25 députés à l'Assemblée nationale. Il n'a aucun sénateur parmi les 4 à représenter la province. Bref, sur les 29 parlementaires Ne Kongo, BDK a seulement son chef au Palais du Peuple. Résultat : il n'a pas de ministre national, pas de ministre provincial, et il risque demain de n'avoir aucun maire, ni bourgmestre... * C'est donc non sans raison que l'on en vient à se demander pourquoi fait-on passer ce mouvement pour porteur des aspirations de près de 5 millions de Ne Kongo dont près de 3 millions résidant au Bas-Congo ; le reste étant éparpillé à Kinshasa, dans les autres provinces du pays et à l'étranger... * Paradoxe congolais : les forces politiques et sociales qui soutenaient jusque-là BDK en accusant le Gouvernement d'étouffer les libertés fondamentales prennent maintenant peur et se plaignent de l'attentisme du même Gouvernement.. Elles se mettent à supplier Gizenga II de rétablir l'autorité de l'Etat ; les actes de ce mouvement étant étendus à la chasse aux non-originaires...
Alors que Ne Muanda Nsemi, chef de Bundu dia Kongo (Bdk), en appelle seulement maintenant à un dialogue à la kivutienne pour la résolution de la crise que son organisation entretient délibérément dans le Bas-Congo, les églises chrétiennes – confessionnelles comme non confessionnelles – ne décolèrent pas. Principalement les Catholiques et les Protestants, obligés de donner raison aux Kimbanguistes qui, eux, ont trop longtemps fait les frais de l'intégrisme ethnotribal et politico-religieux de ce mouvement implanté surtout en pays Nianga.
En l'espace de 48 heures, les représentants du Saint Siège et les descendants de Luther ont levé le ton pour stigmatiser la violence dont les leurs sont victimes de la part des « Makesa » (gens forts), cette sorte de branche armée qui se permet de se substituer à l'armée, à la police, aux services de renseignements et à la justice qui constituent pourtant les quatre instruments sécuritaires de tout Etat moderne. Pour la petite histoire, Bdk s'est rendu ou a été rendu célèbre à la suite des affrontements dits du Bas-Congo survenus fin janvier-début février 2007 entre les forces de l'ordre et ses « Makesa », précédant les événements de Kinshasa de mars de la même année. Les deux, on le sait, sont politiquement liés.
Le bilan, demeuré provisoire jusqu'à ce jour, fait état de 105 morts de deux côtés, avec cependant cet étrange constat des corps jamais identifiés par les dirigeants de ce mouvement ni réclamés par les familles. D'où, d'ailleurs, la thèse d'infiltration avec des éléments venus soit de Kinshasa, soit de Brazzaville, en renfort à ceux de Ne Muanda Nsemi.
Miroir grossissant
A dire vrai, Bdk a tout de la grenouille de la fable de La Fontaine. Celle qui voulait se faire plus grosse que le bœuf. Parce que si ce mouvement avait réellement de l'emprise sur les Ne Kongo, comme son chef s'en vante devant des médias, il n'aurait pas aligné un seul député national en la personne justement de son chef Ne Muanda Nsemi pour une province ayant 25 députés à l'Assemblée nationale. Il aurait, en plus, pu avoir plusieurs députés provinciaux et plusieurs sénateurs. Or, il n'a aucun député provincial, ni même un sénateur parmi les 4 que compte le Sénat.
Bref, sur les 29 parlementaires Ne Kongo, Bdk n'en a qu'un seul ! Résultat : le mouvement n'a pas de ministre national, pas de ministre provincial non plus, et il risque même de n'avoir demain aucun maire, aucun bourgmestre... C'est donc non sans raison que l'on en vient à se demander pourquoi le fait-on passer pour porteur des aspirations de près de 5 millions de Ne Kongo dont près de 3 millions résidant au Bas-Congo ; le reste étant éparpillé à Kinshasa, dans les autres provinces et à l'étranger.
En fait, le miroir grossissant dans lequel Bdk se projette relève l'escroquerie à laquelle se livrent certaines forces politiques et sociales au nombre desquelles des personnalités politiques, des ong de défense des droits de l'homme et des médias proches de l'Opposition.
Ayant instrumentalisé ce mouvement, principalement à partir de 2005 et en prévision des enjeux référendaire et électoral, ces forces réalisent à leurs dépens maintenant seulement que le bon Bdk est en voie de devenir un méchant loup, prêt à dévorer tout le monde. N'en déplaise à Ne Muanda Nsemi qui crie maintenant au complot ! Car, les incidents de Luozi avec ses 6 morts et 11 blessés ont la particularité de survenir après la signature d'une sorte de « pacte de non-agression » entre l'Eglise catholique romaine et le chef du mouvement politico-religieux avec pour médiateur l'honorable Gilbert Kiakwama ! Ce qui suppose, de deux choses l'une : soit Bdk est en train d'échapper à l'autorité de son chef, soit il continue de lui obéir. Dans la seconde éventualité, les honorables Kiakwama et Jean-Claude Mvuemba de même l'ensemble de la Dynamique parlementaire kongo vont devoir en tirer toutes les conséquences.
L'enjeu provincial
La réalité est que toute la coalition Bdk qui s'est formée à la faveur des événements du Bas-Congo de 2007 est en train de récolter ce qu'elle a semé en croyant accroître et consolider son leadership aux plan provincial et national, et même aux plan régional et international (lire Chronique politique).
Pourtant, quand on analyse froidement la première et vraie cause des affrontements du Bas-Congo de 2007, à savoir l'échec du « ticket Fuka Unzola-Ne Muanda Nsemi » pour le gouvernorat de la province, tout révèle et relève justement l'escroquerie et l'instrumentalisation politique. Le Mlc – qui avait présenté et parrainé ce ticket – savait au départ que son candidat gouverneur Fuka Unzola et son candidat vice-gouverneur Ne Muanda Nsemi étaient tous deux ressortissants du district des Cataractes dans un Bas-Congo qui compte exactement trois districts (avec La Lukaya et le Bas-Fleuve). Le vote des membres des bureaux des Assemblées provinciales ayant précédé celui du gouverneur de province, le Mlc savait aussi que la présidence et la première vice-présidence de l'organe délibérant provincial avaient échu aux honorables François Kimasi (du district de la Lukaya ) et Augustin Kisombe (du district des Cataractes).
Le district du Bas-Fleuve était donc le moins bien servi. Le Mlc savait surtout que c'est dans le Bas-Fleuve que Bemba avait fait le plein de voix aux premier et second tours, grâce au travail abattu par Romain Nimy et par Justine Kasa-Vubu. Or, ce parti va commettre l'impardonnable en ignorant superbement le Bas-Fleuve dans le partage géopolitique du Pouvoir provincial. Dire qu'il aurait gagné en estime s'il avait préconisé, par exemple, un ticket « Bas-Fleuve/Cataractes » pour le gouvernorat ; le district concerné ne manquant d'ailleurs pas de gros calibres pour les postes de gouverneur ou de vice-gouverneur ».
L'Amp n'a fait que profiter de cette faute en soutenant le ticket « Mbatshi-Nkusu » ; le gouverneur étant du Bas-Fleuve, son second de la Lukaya. Conscients , eux, de l'équilibre provincial, les députés provinciaux n'avaient pas besoin d'être corrompus pour confier le poste gouverneur au district le moins servi. Ne Muanda Nsemi était censé le savoir. En bon Ne Kongo, il ne pouvait pas privilégier son district à lui au détriment des autres.
La question à se poser est cependant de savoir qui avait poussé Bemba à jouer un si mauvais et dangereux jeu ? Dans le même contexte, réputé cassant, Ne Muanda Nsemi n'est pas homme à jouer les seconds rôles. Sa cohabitation avec Fuka Unzola était condamnée à la conflictualité. On imagine ce qui serait advenu du Bas-Congo en général et du Mlc en particulier en cas de conflit entre le gouverneur élu et le vice-gouverneur non-élu ; ce dernier disposant de ses « Makesa » ! La même question revient : qui encore avait poussé Bemba à jouer un si mauvais et dangereux jeu ?
Le laisser vivre l'effet boomerang
Hier, appuyé par bien des personnalités politiques, des ong de défense des droits de l'homme et des médias, Bundu dia Kongo a trouvé dans sa croisade contre l'Autorité de l'Etat un soutien à son combat dont les actes en date sont maintenant condamnés même par le clergé catholique. Mgr Dizolele Nzambi s'est adressé le 1er mars 2008 à ce mouvement en ces termes : « Que la hiérarchie de Bundu dia Kongo fasse tout pour ne pas diviser le peuple Kongo, parce que tous ces actes qui se commettent dans les villages peuvent amener non seulement beaucoup de haine, mais aussi de division ». Au cours de la semaine dernière, la Presse a fait écho de la chasse aux non-originaires déclenchée par ce mouvement notamment à Kimpese, à la Cinat.
Premier paradoxe : les mêmes forces politiques et sociales qui accusaient hier le Gouvernement d'étouffer les libertés fondamentales prennent peur et se plaignent de l'attentisme du même Gouvernement, comme s'ils se mettaient à supplier Gizenga II de rétablir l'autorité de l'Etat.
Deuxième paradoxe : les mêmes forces politiques et sociales qui condamnaient (et continuent de condamner) les actes de Gabriel Kyungu au Katanga sont aussi les mêmes qui admiraient Bdk hier avant de commencer en s'en détourner aujourd'hui ! Ainsi, la coalition Bundu dia Kongo se tait. Bien seul désormais, Ne Muanda Nsemi redoute le régicide dont sont capables ses « Makesa ». Il en appelle à la table ronde du Bas-Congo comme si, pour y arriver, il fallait absolument passer par le noircissement de l'image de la province avec mort d'hommes et destruction d'infrastructures. Sans l'enjeu provincial, national, régional et international que représente la province, on devrait le laisser vivre l'effet boomerang…
Omer Nsongo die Lema