Arrestation du trafiquant d'armes Victor Bout
Bemba : la série noire continue !
Jeudi 8 mars 2008. Bangkok. Sofitel Silom hotel. Victor Bout, présenté comme l'un des grands trafiquants d'armes, est mis aux arrêts. Le piège, tendu par Dea, vient de fonctionner parfaitement ; les policiers de l'agence anti-drogue américaine s'étant fait passer pour de hauts responsables de la guérilla colombienne. Une guérilla qui vit essentiellement de la plantation et de la vente de la drogue, guérilla rendue célèbre avec la prise en otage d'Ingrid Betancourt.
Rfi, qui livre l'information, signale qu'avant son extradition sollicitée par Washington, Victor pourrait être jugé en Thaïlande pour tentatives de meurtres. La Russie voudrait aussi l'avoir pour un autre jugement.
Les Etats-Unis justifient leur demande par le fait qu'il approvisionnerait la guérilla colombienne en armes. Il n'est pas exclu d'y trouver le trafic de drogue. Outre la drogue, l'homme est aussi dans le commerce illégal du diamant.
La dépêche de la radio française signale que Victor Bout disposerait d'une flotte d'une cinquantaine de petits avions avec pour spécialité le trafic « des armes dans les pays frappés par des embargos de l'ONU. Parmi ses clients, figuraient l'ancien président du Liberia, Charles Taylor, mais aussi les rebelles congolais et les Talibans ».
Interdit de voyager, le trafiquant d'armes probablement « le plus connu de la planète » est omniprésent dans les pays mis sous embargo par l'Onu en raison du potentiel d'insécurité.
Rfi indique que « …c'est en Afrique que cet homme rondouillard se construit une réputation qui poussera même Hollywood à adapter sa vie au cinéma avec le film Lord of War. Angola, Liberia, Sierra Leone, RDC ». Et de préciser : « Malgré les sanctions des Nations Unies et un mandat d'arrêt émis par la Belgique, les avions de sa compagnie Air Cess, basée aux Emirats Arabes Unis, poursuivent leurs livraisons ».
Sylvie Burret, de Rfi elle aussi, relève dans son article intitulé « Trafic d'armes. Profession : trafiquant » que Viktor Anatolievitch Bout a un cirriculum vitae impressionnant. Il posséderait cinq passeports pour cinq nationalités différentes et circule sous plusieurs pseudonymes. Né au Tadjikistan en 1967, officier de l'armée de l'air soviétique, ayant travaillé pour le KGB, il a démarré ses activités en Belgique avec pour associé le pilote belge Lemaire.
A un moment, il a été accusé par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et d'Afrique du Sud de fournir des armes à l'Unita. En Sierra Leone, il a livré des armes au mouvement rebelle Ruf pour plusieurs millions de dollars américains. « Bout fournirait également des véhicules, des uniformes, des munitions et du fuel aux rebelles », souligne-t-elle.
« Tentatives de meurtres », « armes », « trafic de drogue », « diamant », « cinquantaine de petits avions », « véhicules, uniformes, munitions, fuel » : on a là le profil du parfait mercenaire, homme sans loi ni foi pour qui la vie de l'autre n'a aucune importance, encore moins la paix et la sécurité d'un pays.
Pas de chance !
Victor Bout n'est pas un inconnu pour les Congolais. Son nom est repris dans le dernier Rapport du Panel des Nations Unies sur l'exploitation illégale des ressources naturelles et autres richesses nationales de la RDC.
Dans ce rapport, Victor Bout est cité avec le kényan d'origine indienne Sanjivan Ruprah parmi les trafiquants d'armes les plus actifs à l'Est du Congo, cela entre 1998 (début de la 2ème guerre) et 2003 (démarrage de la Transition issue du Dialogue inter congolais). Ils se servaient, tout naturellement, des territoires rwandais et ougandais pour approvisionner en effets militaires (armes, minutions, véhicules, uniformes, fuel, ration et …drogue) les mouvements rebelles présents au Kivu et en Province Orientale. Ces mouvements, on s'en doute, sont le Rcd et Cie ainsi que le Mlc. Bien entendu, en raison de l'état délabré de la quasi-totalité des aérodromes de la RDC, le type d'aéronef faisant l'affaire est le petit porteur. Genre celui de la flotte de Victor Bout.
Les indiscrétions laissent entendre que l'arsenal de Gbadolite mis en dernières minutes par Jean-Pierre Bemba à la disposition des Fardc au lendemain des incidents de Kinshasa en mars 2007 serait une livraison du duo Bout-Ruprah ! Il est certes vrai que ces armes (plusieurs tonnes) avaient été placées sous la surveillance de la Monuc. Mais, il est surtout vrai que la Monuc n'avait été alertée qu'après que Joseph-François Nzanga Mobutu en ait dénoncé le stockage dans les installations de son usine Coca-Cola à Gbadolite.
C'est à partir de cet arsenal que l'on peut remonter la filière de la connexion. Les articles de Rfi et Sylvie Burruet signalent l'implication de Bout dans le trafic d'armes opéré au Liberia et en Sierra Leone à l'époque d'un certain rebelle CharlesTaylor, devenu président de la République, aujourd'hui en procès à la Cpi à la suite des crimes commis notamment en Sierra Leone. Sait-on qui a acheté l'avion de Taylor ? C'est Jean-Pierre Bemba, un passionné de la flotte aérienne ! C'est sous licence de Scibe Airlift que l'Antonov avait crashé à Ndolo avec à bord des produits pétroliers, pharmaceutiques et alimentaires destinés à l'Unita, en Angola.
On peut donc dire de Bemba et Bout qu'ils se rejoignent dans le trafic. Et les deux sont en train de vivre la fin de leur aventure.
La série noire se poursuit pour Chairman en ce qu'il n'en a pas encore commencé avec la plainte qui l'attend à Kinshasa à la suite des incidents de mars de l'année dernière que l'arrestation de Victor Bout peut révéler, au cours du procès, un pan de ses activités illicites pendant que, sur ces entrefaites, la Cpi a déjà démarré ses investigations sur les tueries de Bangui dans lesquelles il serait impliqué via ses hommes !
Décidément, les choses vont tellement de mal en pis pour l'honorable Jean-Pierre Bemba que même sa candidature pour le poste de porte-parole de l'Opposition politique a désormais trop peu de chances d'être soutenue par les siens…
Mapamitiba
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