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CONGO MON AMOUR
jeudi 26 juin 2008, a 13:56
Colette Braeckman répond à Karel De Gucht
 

Une réaction du Ministre des Affaires étrangères à propos de la crise entre les deux pays et notre réponse

 

 

La Belgique et la RDC : entre réalité et fantasmes

Plusieurs articles écrits récemment par Madame Colette Braeckman sur la crise diplomatique entre la Belgique et la RDC contiennent une accumulation de contrevérités et de thèses dangereuses qui me force à réagir. Ce type de rapportage induit le lecteur en erreur mais surtout interfère gravement dans l'action diplomatique de la Belgique en prêtant à notre diplomatie des intentions qu'elle n'a pas.

La Belgique ne parie pas sur un changement de régime à Kinshasa

A plusieurs reprises, Madame Braeckman a soutenu la thèse que le gouvernement belge parierait sur un changement de régime à Kinshasa. Elle prétend que « les Belges jouent la montre ». Elle écrit que « d'aucuns soupçonnent déjà un agenda caché des Belges, qui pourraient être tentés de gagner du temps en spéculant sur un éventuel basculement du pouvoir à Kinshasa ! » Elle va jusqu'à insinuer que la CIA aurait financé la Cour Pénale Internationale de La Haye pour que celle-ci arrête Jean-Pierre Bemba avant que les Belges n'envoient ce dernier à Kinshasa pour y prendre le pouvoir.. Je peux comprendre que certains extrémistes en RDC souhaitent la rupture avec notre pays et fassent circuler de telles rumeurs absurdes. Je suis stupéfait qu'une journaliste expérimentée travaillant pour l'un des principaux quotidiens de notre pays se prête à ce jeu dangereux et contribue à alimenter ces rumeurs. Madame Braeckman pense-t-elle sérieusement que j'ai l'intention de faire renverser le Président Kabila ou que la CPI peut être corrompue par le CIA ?

 

La Belgique n'exige pas de droit de tutelle ou de droit moral sur le Congo. Selon Madame Braeckman la crise diplomatique entre les deux pays aurait été « provoquée par les propos tenus par le ministre De Gucht, qui réclamait une sorte de droit de tutelle moral sur le pays ». Il s'agit là d'une grossière distorsion de propos que j'avais tenu lors d'une interview à RTL-tvi dans laquelle j'estimais qu'il était « normal d'avoir le droit, voire le devoir moral, de dire ce qui va et ne va pas en RDC ». A une époque où l'universalité des droits de l'homme n'est plus remise en question, n'est-il pas acceptable d'exprimer ses préoccupations face à des questions de bonne gouvernance ou de droits de l'homme dans n'importe quel pays du monde, a fortiori si on a une relation historique avec ce dernier? Réclamer un droit de tutelle est évidemment tout autre chose. Je n'ai jamais réclamé un tel droit et défie Madame Braeckman de me dire où et quand j'aurais formulé de tels propos.

 

Selon Madame Braeckman, cette volonté de mise sous tutelle de la RDC se traduirait par des exigences concrètes de ma part : « vouloir prolonger l'embargo sur les armes, alors que les Nations Unies envisagent de lever cette mesure…, plaider, toujours à l'ONU, pour une sorte de mise sous tutelle internationale du secteur minier, défendre enfin le maintien permanent d'un observateur désigné par le Conseil des droits de l'homme ».

 

La politique de la Belgique vis-à-vis de l'Afrique, s'inscrit dans la philosophie d'un partenariat où chaque partie assume ses responsabilités. Les trois exemples donnés par Madame Braeckman, illustrent parfaitement cette politique, à condition de ne pas être grossièrement déformés.

Il n'y a jamais eu d'embargo onusien vis-à-vis du gouvernement du Congo. Tout d'abord, il n'y a jamais eu d'embargo des Nations Unies sur les armes à l'encontre des autorités légales de la RDC. Il existe bel et bien un embargo visant tous les groupes armés illégaux dans ce pays. C'est pour cela que la Belgique a œuvré au sein du Conseil de Sécurité pour le prolonger.

 

Nous sommes en effet tous scandalisés par les atrocités commises par les milices dans l'Est du Congo. Madame Braeckman comprend-elle la portée de cet embargo ? Les autorités de la RDC ont-elles des raisons de prendre ombrage d'une mesure qui ne les vise pas et qui devrait les aider à restaurer leur autorité sur l'ensemble du territoire ?

Il est vrai que les Européens sont aussi soumis à un code de conduite qui leur impose des conditions précises pour pouvoir exporter des armes. Ces conditions s'appliquent à tous les pays extérieurs à l'Union européenne et pas seulement à la RDC. Elles visent simplement à s'assurer que les armes vendues ne soient pas utilisées, par exemple, par des enfants soldats ou par des troupes indisciplinées qui commettraient des exactions contre les populations. L'Union Européenne et la Belgique ne sont pas en principe opposées à de telles livraisons d'équipements militaires à la RDC mais estiment que celles-ci doivent aller de pair avec une réforme de l'armée et des forces de police. L'Union Européenne offre actuellement son aide aux autorités de la RDC pour mener à bien cette réforme sur le terrain. Madame Braeckman estime-t-elle que la Belgique doit, en contravention avec ses propres lois, livrer des armes à la RDC sans aucune des garanties mentionnées plus haut ?

 

La Belgique ne cherche pas à mettre sous tutelle internationale les ressources minérales du Congo.

 

Les énormes richesses minières de la RDC peuvent être la meilleure et la pire des choses. Par les convoitises qu'elles suscitent et pas les revenus qu'elles génèrent, elles ont été, et continuent d'être, la cause de conflits sanglants et de malheur pour les populations locales. Exploitées de façon durable et transparente, elles pourraient se transformer en un formidable moteur de développement. Cette conviction m'a amené à créer, il y a deux ans, un groupe d'experts chargé de proposer des mesures concrètes et réalistes visant à mieux canaliser ces énormes ressources vers le développement du pays. Le rapport de ce groupe de travail a été officiellement transmis aux autorités de la RDC lors de ma dernière visite dans ce pays. Il a été reçu avec enthousiasme par les autorités et par les acteurs économiques du secteur. Madame Braeckman estime-t-elle que remettre des propositions aux autorités congolaises en leur faisant bénéficier de l'excellente expertise belge en la matière équivaut à une mise sous tutelle ? Sinon, sur quels fait avérés se base-t-elle pour lancer ses accusations ?

 

La Belgique est à juste titre préoccupée par la situation des droits de l'homme en RDC.

 

La Belgique souhaitait en effet la prolongation du mandat du rapporteur spécial des Nations Unies pour les Droits de l'Homme. La gravité de la situation à l'Est comme dans le reste du pays justifiait amplement cette mesure. La Belgique a été déçue par ce refus mais a pris bonne note de la décision des autorités congolaises. La prolongation du rapporteur spécial n'est plus à l'ordre du jour et ne doit donc plus être un obstacle dans les relations entre les deux pays. La Belgique reste toutefois vigilante à la question des droits de l'homme et demande aux autorités congolaises de prendre leurs responsabilités dans ce domaine.

Je pourrais encore ajouter qu'il est tout à fait faux que je me sois opposé aux contrats passés avec des sociétés chinoises ou que j'aurais été frustré parce que le port d'Anvers n'aurait pas obtenu de contrats lucratifs qui ne semblent exister que dans l'imagination féconde de certains journalistes.

 

Madame Braeckman prétend encore que la Belgique est isolée. Les conclusions adoptées le 16 juin dernier à l'unanimité par les 27 Ministres des Affaires étrangères de l'Union Européenne déplorant la fermeture des Consulats belges et exprimant la préoccupation du Conseil face à l'usage excessif de la force par la police congolaise au Bas Congo lui donnent tort.

 

Karel De Gucht

 

 

Notre réponse:

Qui est vraiment incontrôlable ?

 

 

Non seulement la colère est mauvaise conseillère, mais
elle semble empêcher de lire correctement les textes
publiés dans Le Soir. Où en effet aurions nous publié que «la CIA aurait financé la Cour pénale internationale » et que les Belges auraient jamais encouragé Jean-Pierre Bemba à gagner Kinshasa pour qu'il y prenne le pouvoir? Tout au plus avions nous suggéré que les Américains soutenaient les enquêtes de la CPI, information confirmée deux semaines plus tard par le périodique Africa Confidential, qui publia, dans son édition du 6 juin, que « selon des sources policières en Belgique, il apparut que Jean-Pierre Bemba était en possession d'un visa pour les Etats Unis et aurait eu l'intention de se rendre dans ce pays. Il semble que des officiels américains aient tenu la Cour informée de cette
intention, tandis que la mandat d'arrêt, émis le 126 mai,était tenu secret jusqu'à sa mise en œuvre. »

A propos du retour de Jean-Pierre Bemba à Kinshasa, citant des responsables de son parti, le Mouvement pour la libération du Congo, nous avons effectivement écrit qu'il se préparait à regagner le Congo, certainement pas pour y prendre le pouvoir, mais pour y occuper la fonction de « chef de l'opposition », un poste doté d'un statut légal.


Quant au « droit moral » que M. De Gucht revendique à propos du Congo, il s'agît là de propos confirmés à
plusieurs reprises, lors d'entretiens avec le président Kabila mais aussi dans la presse, et justifiés par le montant de l'aide au développement apportée par la Belgique.
Relevons en passant que si le ministre s'en était tenu aux usages diplomatiques et avait livré à huis clos réflexions et critiques au président au lieu de s'exprimer en présence d'une douzaine de témoins, la teneur de l'entretien aurait suscité moins de “fuites” et d'interprétations diverses.


Cependant, si le terme « tutelle » n'a pas été explicitement prononcé, comment interpréter autrement l'exigence de prendre connaissance des contrats passés avec la Chine et l'insistance mise à soumettre le secteur minier congolais à l'examen d'un groupe d'experts travaillant pour les Nations unies (une revendication qui perdit beaucoup de sa crédibilité lorsqu'il apparut que M. Pierre Chevalier (VLD) proposé par la Belgique comme représentant à l'ONU était depuis janvier membre du Conseil d'administration de la
société Forrest et avait ensuite été inculpé de blanchiment).


En ce qui concerne l'embargo qui frappe les fournitures d'armes et qui a été levé par résolution 1807 du Conseil de Sécurité, pourquoi M. De Gucht, à Kinshasa, a-t-il répété que la Belgique allait plaider pour que le « code de bonne conduite » de l'Union européenne reste d'application alors que les autorités de Kinshasa ne devraient pas se sentir concernées ? S'il est évident qu'il faut interdire les livraisons d'armes à des milices armées utilisant des enfants-soldats et terrorisant les populations civiles, M. De Gucht a certainement lu les nombreux rapports des ONG spécialisées et de la MONUC qui mettent en cause la
responsabilité des pays voisins (le Rwanda et l'Ouganda) dans l'approvisionnement des groupes armés
opérant dans les deux Kivu et dans l'Ituri
. En plus de demander à Kinshasa de démontrer que les militaires gouvernementaux ne feront pas un usage disproportionné de leur force lorsqu'ils rétablissent l'autorité de l'Etat, (l'armée congolaise, en pleine restructuration, s'est effectivement rendue coupable de violences disproportionnées dans le Bas Congo et est accusée d'exactions graves dans l'Est du pays) pourquoi M. De Gucht ne plaide-t-il pas pour que le même embargo sur les armes soit appliqué à ceux qui, par deux fois, ont porté la guerre au Congo et y soutiennent encore diverses milices?

Quant aux contrats chinois, le déplaisir des Belges face à ces accords de troc pour lesquels ils n'avaient pas
été consultés a été tellement évident que même des alliés européens s'en sont émus et ont chargé leurs
ambassadeurs à Kinshasa d'exprimer le «nihil obstat” de leurs gouvernements. Nous avons évidemment pris bonne note de sa déclaration selon laquelle jamais la Belgique n'avait envisagé de déstabiliser le régime congolais, ce que nous n'avions jamais présenté que comme «une hypothèse très hasardeuse », formulée par certains groupes au Congo. Aurions nous eu des raisons d'être plus affirmative ?


Revenons enfin sur le terme « incontrôlable » : sans avoir été démentie, La Libre Belgique, dans son édition
du 18 juin, prête ce propos au ministre, désignant le président Kabila au cours d'une conversation tenue en marge du Conseil européen de Luxembourg. A défaut de connaître les règles de la diplomatie, M. De Gucht devrait au moins se souvenir de l'histoire et mesurer la charge émotionnelle d'un terme tel que celui là. Concluons que le ministre sous estime peut-être la portée de l'expression qu'il a utilisée, s'étant montré “incontrôlable” lui-même, tant par le «Premier » Guy Verhofstadt du temps où il présidait le VLD qu'aujourd'hui par Yves Leterme

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Commentaires
#1
Bentsh écrit le vendredi 04 juillet 2008, A 00:37
Aucun commentaire puisqu'il s'agit d'une petite querelle des mots entre deux opinions belges, deux tendances francophne et nerlandophone,et deux styles politicien et intello. Rien a ajouter
#2
Bentsh écrit le vendredi 04 juillet 2008, A 00:58
Ce que vous faites ne vous aidera pas a recuperer le Congo.
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