Un soutien militaire de la part de la France et de l'Angola à la RDC n'est pas à exclure. Une éventualité envisagée devant l'échec prévisible du sommet de Nairobi qui s'est tenu hier vendredi dans la capitale kenyane. Paris et Luanda dialoguent déjà à ce sujet pour soutenir Kinshasa.
Dans un article publié dans le journal Le Monde, paraissant à Paris et sous la plume de Natalie Nougareyde, il n'est pas exclu que Paris et Luanda interviennent aux côtés de Kinshasa pour rétablir la paix dans l'Est du pays et éviter une catastrophe humanitaire déjà en cours. Il est vrai qu'une Opération Artémis II a été proposée. Mais les Européens ont décidé de ne pas envoyer de troupes en République démocratique du Congo, préférant s'en remettre à la force de l'Onu présente sur le terrain. Aussi, face à l'échec prévisible du sommet de Nairobi qui vient de se tenir dans la capitale et n'a proclamé qu'un " cessez-le-feu immédiat ", l'Elysée a relancé au début de cette crise ses contacts avec l'Angola. Un pays qui était intervenu militairement dans les années 1990 au Congo, et avec lequel Nicolas Sarkozy s'est employé à nouer cette année une relation de coopération.
La France a suggéré que l'Angola envoie en RDC des éléments armés pour porter secours au pouvoir de Kabila, ainsi que ce dernier en a formulé ? "Les Angolais ont dit qu'ils étaient prêts à le faire, mais ce n'est pas à nous de les encourager. Si les Nations unies le demandent, pourquoi pas ?", commentait, voici quelques jours, un responsable diplomatique français. Depuis les années 1990, "l'Angola est un acteur vigilant auprès de Kinshasa", ajoutait-il, selon le journal Le Monde.
POSITION DELICATE
Lors de la guerre de 1998-2002, l'Angola avait dépêché des troupes en RDC, où étaient également impliqués le Rwanda et l'Ouganda. La guerre se régionalisait, dans un scénario que beaucoup redoutent aujourd'hui. Alors que les combats ont repris, des informations, difficiles à vérifier, font actuellement état de la présence sur le terrain des soldats venus d'Angola. Le pouvoir angolais n'a pas fait de commentaire à ce sujet.
Alors que les rebelles congolais tutsi étaient aux portes de la ville de Goma, M. Sarkozy avait téléphoné le 31 octobre dernier au président angolais, Eduardo Dos Santos, pour évoquer la situation en RDC. Ils ont, selon un communiqué de l'Elysée "partagé la même analyse de la crise" et "apporté un plein soutien politique et diplomatique" à M. Kabila.
La crise en RDC place la France, pays exerçant la présidence de l'Union européenne, dans une position délicate. Tout en mobilisant sa diplomatie, et en accroissant son aide humanitaire, Paris ne peut pas se permettre d'envoyer des troupes dans la région, constatent de nombreux diplomates et experts. Les capacités de médiation françaises seraient en outre relatives. Cela tient à la "connotation pro-Kabila et anti-Kagamé" que "porte la France", dit un diplomate, en allusion notamment aux accusations portées contre Paris à propos de son rôle lors du génocide rwandais de 1994.
C'est pour contourner ce problème d'image et de positionnement que, lors de sa récente tournée dans ces régions d'Afrique, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, était accompagné de son homologue britannique, David Miliband. Le Royaume-Uni a tissé avec le Rwanda une relation étroite depuis le génocide. Mais il n'empêche que le soutien de la France à la RDC pourrait également relancer cette " guerre d'influence anglo-saxonne et francophone " en République démocratique du Congo.
En attendant, face aux faiblesses conjuguées de la mission de l'Onu en RDC (Monuc) et de l'armée congolaise, l'Elysée semble ouvert à l'idée que l'Angola pese dans l'équation militaire. Cependant, Bernard Kouchner semble beaucoup moins convaincu. Son entourage met en garde contre l'entrée en jeu de forces "qui compliqueraient la situation", ajoutant que "moins on régionalise, mieux ce sera".
TROUPES ANGOLAISES EN RDC: L'ONU DEMENT
Un haut responsable de l'Onu a démenti vendredi que des troupes angolaises combattaient aux côtés de celles de l'armée gouvernementale congolaise dans l'Est de la République démocratique du Congo, comme l'a affirmé la rébellion de Laurent Nkunda.
"Nous pouvons affirmer avec confiance qu'il n'y a pas de troupes angolaises, ni d'autre nationalité, en territoire congolais à l'heure actuelle", a déclaré à la presse Edmond Mulet, sous-secrétaire général de l'Onu pour les opérations de maintien de la paix.
Relevant que des rumeurs circulaient non seulement sur la présence de troupes angolaises mais aussi de troupes zimbabwéennes, dans l'Est de la RDC, M. Mulet a affirmé: "Ce n'est pas vrai."
"La force de l'Onu en RDC (Monuc) n'a pu recueillir aucune preuve d'une telle présence", a-t-il ajouté. Il a suggéré que la confusion provenait peut-être du fait que "des membres des forces régulières congolaises ont été entraînés en Angola".
Ces éléments des FARDC "sont mieux organisés, plus disciplinés et certains parlent le portugais", a affirmé M. Mulet. La rébellion de Laurent Nkunda a affirmé vendredi que des troupes angolaises combattaient en soutien de l'armée gouvernementale congolaise dans l'Est de la RDC, au nord de la ville de Goma. "Il y a des troupes angolaises sur le terrain. Tout le monde les a vues. Tout le monde les a entendues", a affirmé le porte-parole de la rébellion, Bertrand Bisimwa, joint de Kinshasa par l'AFP. Ces soldats angolais, dont il n'a pas précisé le nombre, "portent des uniformes congolais et parlent portugais. On les entend au Motorola" (marque de talkie-walkie), a-t-il assuré.
Sommet de Nairobi : déception
Rien d'extraordinaire dans ce sommet extraordinaire international de Nairobi sur la crise en République démocratique du Congo. A moins d'une volonté politique exprimée dans les coulisses par Kinshasa, Kigali et l'Onu, le sommet de Nairobi est demeuré dans le boulevard des vœux pieux et des condamnations verbales. Du-déjà-entendu. Pour preuve, au moment où le sommet se tenait à Nairobi, les combats avaient repris au nord de Goma, alors que l'on massacrait des populations civiles à Kiwanja.
Aucune décision importante et dissuasive n'a été prise à Nairobi, lors du sommet extraordinaire international convoqué par l'Organisation de Nations unies. L'exhortation du secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, à l'endroit des chefs d'Etat des Grands Lacs « à se mobiliser pour endiguer la crise en République démocratique du Congo qui porte le risque d'enflammer toute la région », ne constitue rien d'autre qu'un vœu pieux. Comme on en a déjà entendu aux termes de la réunion de Lusaka, de l'Accord de Washington, de la Tripartite plus 1, de la Conférence internationale de la région des Grands Lacs, de l'Accord de Nairobi, de la Conférence de Goma. Aucune condamnation ferme. Seule une invitation à « contraindre le général rebelle Laurent Nkunda à mettre un terme à ses offensives dans l'Est du pays et à lui couper tout soutien ». Une reconnaissance tacite que le Rwanda appuie la démarche militariste de Nkunda. Sans plus.
Maigre consolation pour Kinshasa. Cette condamnation verbale ne rejoint nullement les préoccupations du peuple congolais qui s'attendait à une condamnation ferme pour enlever cette épine de ses pieds : les FDLR. Kinshasa a-t-il mal défendu le point de vue de la population congolaise d'enlever tout prétexte à Kigali et de remettre le « colis encombrant » que sont les FDLR à la Communauté internationale qui les a fait venir du Rwanda ?
Jusqu'à preuve du contraire, Nairobi II n'apporte aucun message d'espoir. C'est du-déjà-entendu. Pour preuve : les massacres de Kiwanja et la reprise des combats autour de Goma. Bien plus, Nkunda vient de minimiser cette rencontre internationale : « Il ne s'agit que d'un sommet régional. Cela n'a aucune influence sur nos exigences », a-t-il déclaré en réponse à une question de l'Agence Reuters sur le déroulement de ce sommet international.
LE CONTEXTE ECONOMIQUE
La plus grande déception, c'est que le sommet de Nairobi n'a pas abordé les problèmes de fond. Que Nkunda et les FDLR ne sont qu'instrumentalisés et que les vrais acteurs demeures cachés. Il fallait aborder les questions de fond pour les dénicher de manière à mettre définitivement fin à cette guerre.
En effet, il ne faut rien attendre des chefs d'Etat des Grands Lacs pour « contraindre Nkunda à mettre un terme à ses offensives ». Ni Museveni, l'allié naturel du Rwanda, ni Pierre Nkurunziza dont le pays connaît les mêmes problèmes que le Rwanda, moins encore le Kenyan Moi Kibaki qui appartient à la Communauté de l'Afrique de l'Est avec la Tanzanie, l'Ouganda, le Rwanda, et le Burundi ne se permettront ce luxe d'exercer une influence sur Nkunda. Pas d'illusions. Quel est alors ce chef de l'Etat des Grands Lacs qui exercera une pression sur le CNDP ?
Ce serait également une erreur d'attendre quelque chose du président tanzanien, Jakaya Kikwete, actuellement président en exercice de l'Union africaine. Il doit jouer au « rassembleur ». Certes, il a déclaré qu'il est « temps que les accords sur le désarmement, la démobilisation et le rapatriement ou la relocation des FDLR soient appliqués à la lettre ». Déclaration de bonnes intentions qui demeure sur le boulevard des vœux pieux pour autant que cela fait quatre ans que le programme DDRRR existe. Mais rien n'y est fait. Tout s'arrête là. Alors, trêve de plaisanterie et de comédie de mauvais goût pendant que des millions de Congolais sont tués.
Louis Michel s'est distingué en demandant de « replacer le problème dans un contexte économique et politique ». Déclaration intéressante pour autant que le Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire reconnaît tout aussi tacitement que la « RDC est riche en coltan, un minerai recherché qui sert à la fabrication des téléphones portables et que ses richesses sont pillées systématiquement ». Où vont ses richesses ? Qui les contrôle et par où transitent-elles ? C'est là le noeud du problème : le nerf de la guerre à l'Est de la RDC.
C'est dans ce contexte économique et politique que se cachent les « multinationales qui tirent le ficelles et embrasent l'Est de la RDC ». Pourquoi n'a-t-on pas évoqué publiquement les enquêtes de l'Onu sur le pillage des ressources congolaises pour traquer tous ces criminels économiques au même titre que les forces négatives ? La duplicité de la communauté internationale se situe à ce niveau.
Au demeurant, Nairobi II n'a apporté aucune solution miracle. Un échec programmé auquel s' attendaient les Congolais avertis. Ainsi, la République démocratique du Congo n'est pas encore sortie de l'auberge.
Le sommet de Nairobi appelle à un «cessez-le feu immédiat»
Le sommet, auquel participaient notamment les présidents de RDC, Joseph Kabila, et du Rwanda, Paul Kagame, exige «le respect d'un cessez-le-feu immédiat par tous les groupes armés et les milices dans le Nord-Kivu», selon la déclaration finale des travaux, lue devant la prese.
Le sommet international sur le conflit dans l'Est de la RDC a exigé vendredi à Nairobi «un cessez-le-feu immédiat» des groupes armés dans le Kivu et l'ouverture d'un corridor humanitaire face à une crise qui menace l'Afrique des Grands Lacs d'une nouvelle tragédie humaine.
Dans sa déclaration finale, le sommet - auquel participaient les présidents de République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, et du Rwanda, Paul Kagame - a appelé tous les «groupes armés et milices» à respecter un «cessez-le-feu immédiat» et décidé «la mise en place d'un corridor humanitaire (...) pour permettre d'apporter une réponse (...) à la tragédie humanitaire».
Le sommet a par ailleurs exigé la mise en oeuvre «immédiate» des accords existants sur le désarmement des groupes armés. Le respect des conclusions de la réunion dépendaient cependant du bon vouloir des groupes armés du Kivu, absents du sommet de Nairobi. Et la rébellion de Laurent Nkunda, principale menace pour la sécurité de la zone, a confirmé sa position de derniers jours en jugeant que la réunion avait été «un autre sommet pour rien».
«Ce sommet prend des mesures avec retard», a ainsi ironisé le porte-parole des rebelles Bertrand Bisimwa. «Nous avons déjà décrété un cessez-le-feu (unilatéral le 29 octobre) et on a déjà décidé la création de couloirs humanitaires (le 30 octobre). J'espère que ce message était destiné au gouvernement», a-t-il encore dit à l'AFP.
M. Ban Ki-moon a également pris la défense de la Mission de l'ONU en RDC (Monuc), accusée vendredi par Kinshasa d'inaction lors de «tueries» perpétrées, selon le président Joseph Kabila, par les rebelles. Il a estimé «que la capacité de la Monuc (était) arrivée à sa limite, malgré les efforts actuels de reconfigurer ses forces qui sont engagées face à des groupes armés dans tout l'Est de la RDC». Le sommet lui a demandé «de renforcer le mandat» de la Monuc et «de fournir des ressources appropriées». Par ailleurs, une équipe de la force onusienne s'est rendue à Kiwanja (80 km au nord de la capitale du Nord-Kivu, Goma) pour «vérifier les informations sur les massacres», selon l'ONU.
«C'est uniquement au niveau politique, ici, dans votre région, que des solutions durables peuvent être trouvées», a lancé Ban Ki-moon aux chefs d'Etat africains. MM. Kabila et Kagame n'ont pas eu d'entretien en tête-à-tête à Nairobi, ont indiqué des participants.
«La récente offensive du CNDP a radicalement aggravé la situation, elle conduit à de sévères conséquences humanitaires et a précipité une fois de plus l'Est de la RDC dans une phase de crise», a déploré M. Ban. «Nous devons laisser le cycle de violence derrière nous».
«La décennie passée, plus de cinq millions de Congolais ont perdu la vie à cause de la guerre, de la faim, de maladies et des déplacements de populations. Cela a été une des pires tragédies humaines de notre époque», a-t-il rappelé.
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