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CONGO MON AMOUR
vendredi 20 février 2009, a 11:47
Opération militaire conjointe Fardc/Dfr : Et si Kabila avait raison ?
 


L'opération militaire conjointe « Forces armées de la République Démocratique du Congo » (Fardc) et « Forces armées de la République du Rwanda » (Dfr) suscite un déchaînement des passions ayant le mérite de souligner tout l'intérêt de la question « ex-Far/Interahamwe/Fdlr » dans les relations entre les deux pays, mais aussi dans la sous-région des Grands Lacs.

Montée par les Etats-majors généraux respectifs, sous la responsabilité évidente des gouvernements congolais et rwandais, cette opération est pourtant mal perçue par bon nombre d'acteurs politiques et sociaux, principalement ceux du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, au point de créer même une crise au sein de la Majorité. L'Opposition s'en frotte les mains...

Ministre de la Communication et Médias, Lambert Mende a beau dire qu'il s'agit d'une invitation lancée à l'armée rwandaise « qui est venue avec des officiers de renseignements » ; il a beau rassurer que « C'est ça leur mandat », personne n'y croit. A commencer par certaines notabilités du Kivu frontalier. L'Etat-major de l'armée rwandaise a, lui aussi, beau affirmer que son contingent est placé sous commandement de l'Etat-major de l'armée congolaise, rien n'y fait. La méfiance s'accentue.

C'est ainsi que le mardi 20 janvier 2009, une Déclaration dite des Communautés du Nord-Kivu a été rendue publique, sous la signature de MM. Balinande (pour les Nande), Jean Sekabuhoro (pour les Hutu), Hubert Dunia Bunda (pour les Walikale) et Anicet Demba (pour les Hunde).

Constatant, « avec surprise et indignation l'entrée massive de l'armée rwandaise en République Démocratique du Congo » depuis le dimanche 18 janvier 2009, la population du Nord-Kivu, soutiennent les signataires, y dénonce « le caractère illégal et inconstitutionnel de l'opération, engagée par des personnes non habilitées et ne figurant ni dans les Actes d'engagement signés par nous tous à Goma, ni dans le Communiqué conjoint de Nairobi, ni par les Recommandations de l'Union Européenne, ni dans les Résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité de l'ONU, ni dans ce qui était présenté comme agenda officiel des récentes négociations de Nairobi ». Ceci au point 1.

Au point 2, il est constaté « L'inversion des priorités de la République » en ce que « Les Congolais du Kivu, qui s'attendaient à voir tous les déplacés et réfugiés congolais retourner dans leurs milieux d'origine se voient plutôt imposer une nouvelle guerre entre étrangers sur notre sol, synonyme de nouvelles atrocités, de nouveaux génocides, de la poursuite de l'extermination des populations locales en vue d'un dépeuplement systématique ».

Au point 3, est constatée « L'absence d'un accord cadre déterminant les termes de référence, les limites spatiales et temporelles, le rôle de chaque intervenant, les conditions d'arrêt et surtout le chronogramme du retrait rapide et obligatoire des militaires étrangers et ce, au mépris des populations, des élus, des notables et des Institutions de la République ».

Au point 4, il est fait état de « L'absence totale de mesures de protection des populations au cours des opérations à venir, au regard des graves faiblesses observées par les opérations menées contre les rebelles de la LRA au détriment de nos compatriotes de la Province Orientale ».

Tandis qu'au point 5, est relevée « L'absence totale de toute implication de la Communauté Internationale et nos partenaires régionaux (SADEC, Union Africaine, CEAC, MONUC, UNION EUROPEENNE) alors que ces derniers ont, selon les accords de Goma, la responsabilité de la garantie de bonne fin du processus en cours ».

C'est en raison de ces constats que viennent des « sanctions » dont la première est la condamnation de « cette trahison » ; les communautés du Nord-Kivu se réservant « le droit d'user de tous les moyens à leur disposition pour faire échec à ce plan diabolique dont la finalité manifeste est de matérialiser la balkanisation de la République Démocratique du Congo ».

Outre l'exigence du retrait sans délai de l'armée rwandaise, ordre est intimé aux « filles et fils du Nord-Kivu se trouvant dans les institutions » d'accorder au gouvernement « 48 heures pour mettre un point final à la présence rwandaise en RDC ». Sinon, préviennent les signataires, « les ministres, vice-ministres tant nationaux que provinciaux, les députés provinciaux et nationaux, les sénateurs, les mandataires publics de l'Etat devront faire le constat de la haute trahison et se retirer en vue de rejoindre le peuple qui doit se prendre en charge ».

Tout en demandant à la RDC, « en cas d'opération nécessitant des interventions étrangères, de s'abstenir d'utiliser le voisin problématique et de se tourner plutôt vers d'autres partenaires, tels que la SADEC qui devront alors opérer sous mandat international », les signataires font une proposition « à la communauté internationale d'inciter le Rwanda à organiser un dialogue inter rwandais pour mettre fin à se contradictions internes et non les exporter indéfiniment en RDC ».

Les signataires lancent en direction des Congolais « originaires de toutes les provinces, où qu'ils se trouvent de part le monde, de se souder comme un seul homme pour sauver la patrie en danger ».

La déclaration se termine par la demande faite « à l'ONU, à l'Union Africaine, à la SADEC, à l'Union Européenne, d'user de toutes formes de pression pour arrêter la dérive du pouvoir en pic à Kinshasa qui, manifestement, ne respecte ni la constitution, ni ses lois, ni l'intégrité de son territoire, ni même la vie de ses citoyens ».

Cette déclaration est reproduite dans la Presse parue le mercredi 21 janvier 2009, notamment « Le Potentiel » dans sa livraison n°4527.


Mauvaises prémisses


A elle seule, cette prise de position résume les contradictions dans lesquelles s'enferme le leadership congolais, contradictions dont tirent naturellement profit les puissances étrangères.

En effet, les signataires ne disent même pas en quoi l'opération militaire conjointe Fardc/Dfr est illégale et anticonstitutionnelle, et en quoi, en plus, elle est engagée par des personnes non habilitées du simple fait de ne pas figurer dans les documents officiels cités au point 1.

Si, par illégalité et anticonstitutionnalité, ils entendent le fait que le sujet n'ait pas été débattu publiquement, on ne peut que se plaindre de l'amateurisme du leadership congolais.

Pour prendre l'exemple, tout récent, de l'opération militaire menée par l'armée israélienne à Gaza, personne ne peut démontrer qu'elle ait été au préalable discutée publiquement dans une structurelle formelle (cas du Parlement) ou informelle (cas du Congrès mondial juif). Il est, du reste, de ces opérations qui requièrent discrétion pour en préserver l'efficacité. Surtout quand il est question d'opérations militaires.

En outre, estimer que seules les personnes figurant dans les Actes de Goma sont censées être impliquées dans toutes les décisions à prendre pour telle opération politique ou telle opération militaire, c'est réduire les prérogatives régaliennes du Gouvernement, car cela signifie que plus rien ne peut se faire dans cette partie du pays sans leur quitus. L'opinion se rendra d'ailleurs compte que l'on n'a ni vu ni entendu ces signataires réclamer leur participation aux préparatifs des opérations conjointes Fardc/Monuc pour faire face aux offensives du Cndp !

Par rapport au point 2, les signataires présagent déjà de nouvelles atrocités, de nouveaux génocides, de la poursuite de l'extermination des populations locales et du dépeuplement systématique du Nord-Kivu pendant qu'aucune action sur terrain n'est encore entreprise !

Au demeurant, au point 3, ils avouent ne pas connaître les termes de référence de ladite opération par rapport aux limites spatiales et temporelles, au rôle de chaque intervenant, aux conditions d'arrêt et, « surtout », par rapport au chronogramme du retrait des forces rwandaises.

Au point 4, alors qu'ils viennent de faire l'aveu de ne rien connaître desdits termes, ils concluent à l'absence de totale des mesures de protection des populations.

Bien entendu, ce qui doit arriver arrive au point 5 lorsque, ignorant toujours tout des termes de références, ils font le constat de l'absence de toute implication de la Communauté internationale.

Au regard de toutes ces carences, on peut comprendre la nature « sanctions » fondées sur de mauvaises prémisses. C'est de sanctions pour le moins irrationnelles ! Et c'est dangereux pour un leadership se voulant avisé…


Pareille garantie ne se médiatise pas


Visiblement, cette déclaration vient de quelque part. Probablement des cercles périphériques du Pouvoir qui tirent profit du statu quo ! Elle ressemble à cette autre déclaration faite par quelques honorables de l'Est au sujet de la primature qui devrait être retirée de l'Ouest sous prétexte que seul un oriental méritait de la fonction !

Il y a lieu de relever déjà que dans trois mois – c'est-à-dire en avril 2009 - la présence des ex-Far/Interahamwe en territoire congolais entre dans sa quinzième année. Quinze ans au cours desquels toutes les solutions ont été préconisées, dont le désarmement et le rapatriement volontaires, mais aussi le désarmement et le rapatriement forcés. Des opérations ont été montées tantôt avec, tantôt sans le concours de la Monuc. Le résultat est connu.

Au cours de ces mêmes 15 ans, la constante dans la présence des ex-Far/Interahamwe/Fdlr est, d'abord, la perpétration des violences dont sont victimes les communautés locales, entre autres les Nande, les Hutu, les Walikale et les Hunde, ensuite le pillage systématique des ressources naturelles locales, au nombre desquelles le fameux coltan. Le résultat est également connu.

Finalement, on se doit de se demander qui, des populations et de leurs leaders, souffrent le plus desdites violences et dudit pillage ! Ce ne sont pas les seconds !

De même, on se doit de se demander qui, des populations et de leurs leaders, bénéficient d'une manière ou d'une autre du pillage ! Ce ne sont pas les premières, de toutes les façons !

On peut, dès lors, pour paraphraser la Dynamique de l'Est lors de la guerre de libération, déduire « Mort au peuple, Vie aux leaders », car personne ne peut croire que le coltan et la cassitérite exploités dans le Kivu, au vu et au su des Kivutiens, et « exportés » au Rwanda soit l'oeuvre des populations martyrisées par les « ex-Far/Interahamwe/Fdlr ».

Quand on part de cette évidence – et on ne peut qu'en partir – on réalise que toute action visant à mettre fin à la présence de ces derniers au Kivu a pour conséquence logique d'arrêter l'exploitation illégale de ces ressources. Donc de conduire au tarissement d'une source d'enrichissement rapide et illicite sur fond du sang des populations kivutiennes.

La conclusion à tirer est qu'après que l'on ait essayé toutes les solutions au problème « ex-Far/Interahamwe/Fdlr », la question de fond devient celle de savoir pourquoi continuer à retarder la solution qui est constamment préconisée par la communauté internationale, à savoir une action concertée des armées gouvernementales de la RDC et du Rwanda !

Pour peu que l'on soit lucide, on ne peut, un seul instant, croire que pareille opération militaire conjointe ait été montée sans nécessairement que l'on prenne les dispositifs sécurisants pour les populations, dispositifs bénéficiant de la garantie internationale !

Pareille garantie ne se médiatise pas. Ses effets se constatent.

Alors, attendons les effets, non sans nous poser cette question de bon sens : « Et si Kabila a raison ? ».

Yvon RAMAZANI

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Commentaires
#1
Ben écrit le vendredi 20 février 2009, A 13:02
Au delà des guerres successives observées en RDC depuis près de deux décenies et leurs cohortes des maux asphyxants sur les masses congolaises , au delà des crises politiques, économiques, sociales, culturelles, cultuelles... (et j'en passe)... endemiques qui cernent de toutes parts les sujets Congolais, au delà des espoirs nourris et constament réportés, sinon rabroués, je me demande si "l'amnésie" collective suicidaire en vogue au sein de notre société congolaise, ne vient pas faire le lit d'une autre et plus grave mal qui a élu domicile chez la plupart des Congolais. A savoir : une "médiocrasation" en règle, (et de masse) de tout un peuple.
Mais comment le peuple pour lequel tant d'illustres aïeuls comme Kimbangu, Kasa Vubu, Lumumba, ... ont sacrifiés leurs existances, se retrouve à ne plus savoir produire une simple refléxion objective, une pensée cohérente, une position raisonnable, une prospective d'espoir pour les futures générations???
Le combat pour la nation est l'affaire de tous les congolais, sans exclusives, ni idéalisisme d'opportunité.
... Dressons nos fronts,
Longtemps courbés
Et pour de bon,
Prenons le plus bel élan dans la paix, Citoyens...
(Hymne national: debout Congolais)
Ben
#2
anneet écrit le samedi 21 février 2009, A 21:14
Kabila a raison. Les Rwandais sont à nouveau au Congo et il le faut bien car les FARDC sont incapables de remplir leur rôle: mettre hors d’état de nuire les FDLR. C’est exactement la même chose dans la Province Orientale où les forces armées ougandaises sont bien obligées de remplacer les FARDC dans la lutte contre la LRA; mais de cette dernière rébellion on parle fort peu; bien évidemment elle concerne d’abord l’Ouganda mais elle s’attaque aux populations civiles congolaises de Faradje et de Dungu.
Puisque les FDLR sont toujours là, Kabila doit prolonger la présence des Rwandais comme celle des formes armées ougandaises n’en déplaise aux amis des hutus génocidaires et aux nationaux qui se soucient fort peu des vcictimes du Haut-Uélé.
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