Enterré à Gemena le lundi 12 juillet dernier, Jeannot Bemba – comme on le dit dans une expression consacrée - a tiré sa référence le mercredi 1er juillet à Bruxelles, en sa résidence de Waterloo, lieu symbolisant la défaite de Napoléon. Quarante-huit heures plus tôt, il venait de faire le déplacement de La Haye pour assister à une séance de la Cpi consacrée à la requête introduite par son fils en vue d'une mise en liberté provisoire. Le mercredi 8 juillet, « Chairman » a bénéficié de quelques heures de sortie de la prison, juste pour s'incliner devant la dépouille mortelle de son père ; le rapatriement du corps à Kinshasa ayant été prévu pour le lendemain. Les adieux ont eu lieu pour cadres, à Bruxelles, l'église Saint Michel de Bruxelles et, à Kinshasa, la cathédrale Notre Dame du Congo. Comme on devrait s'y attendre, en Belgique, un bon millier d'Opposants de la Diaspora congolaise ont saisi l'occasion pour se mobiliser et faire entendre sa voix, décriant singulièrement la « dictature » au Pouvoir à Kinshasa, et en relançant, par effet d'entraînement, le discours de la congolité. En RDC, une foule compacte a accompagné, au pas de marche, de 7h00 à 17h00, le cortège funèbre de l'aéroport de Ndjili aux installations GB. Finalement, l'événement n'a plus été la mort du père, mais la « sortie » du fils. C'est de bonne guerre, en politique s'entend.
D'autant que certains esprits continuent de lier la mort de Jeannot Bemba à l'emprisonnement de son fils et, dès lors qu'ils ont toujours attribué l'arrestation de ce dernier au Pouvoir central congolais, ils en viennent à la déduction que l'on devine. Au nombre de ces esprits, on s'en doute, le « maître du Savoir » (sic !) Honoré Ngbanda, président de l'Apareco.
Dans l'hommage posthume qu'il rend à « Ya Jeannot », voici ce qu'il dit au défunt : « Je sais combien la pénible situation que traverse aujourd'hui ton fils Jean-Pierre Bemba a sensiblement affecté ta santé. Plus d'une fois, nous avons partagé ta douleur et ta colère face à l'acharnement et à l'injustice dont il est victime de la part de la CPI , avec la complicité active du pouvoir d'occupation en place à Kinshasa. Nous savions que tout cela n'était que le prolongement et la ramification du vaste complot international dont est encore victime notre pays la République démocratique du Congo ».
Malheureusement, Ngbanda et les siens trichent avec cette Vérité une et unique : c'est Bemba fils, mais alors lui seul, qui aura fait continuellement mal à Bemba père !, et cette fois-ci, il y a été aidé par certains Opposants, certains activistes de la Société civile et certains fils de l'Equateur…
Si Bemba Jr avait entendu la voix de Bemba Sr
On se souviendra, en effet, que lors d'un point de presse tenu en 1998 au lendemain de l'entrée de J-P. Bemba en rébellion contre le Pouvoir Laurent-Désiré Kabila, Jeannot Bemba avait fait deux déclarations fort significatives.
Par la première – il n'était pas obligé de s'exprimer ainsi publiquement – il avait donné de son fils l'image d'un manager peu scrupuleux. Malgré son diplôme en Hautes Etudes commerciales, « Chairman » s'était révélé un mauvais gérant. D'où la chute de l'empire industriel et commercial Scibe-Zaïre. Ses amis du Mlc « organisation politico-militaire » et du Mlc « organisation politique » en savent d'ailleurs quelque chose. Certains lient d'ailleurs les expéditions de Bangui à une affaire de gros sous !
A ce propos, il est intéressant de relever l'unanimité reconnue à Jeannot Bemba d'avoir bâti un empire industriel et commercial puissant. L'hommage, à lui, rendu par le président actuel de la Fec , M. Yuma, en la cathédrale Notre Dame, en est le témoignage éloquent.
Mais, une question est demeurée sans réponse : qui a conduit Scibe-Zaïre à la faillite, ou presque ?
Honoré Ngbanda le sait : ce n'est ni L-D. Kabila, ni l'Afdl. Donc, ce n'est pas Joseph Kabila. Au contraire, en nommant Jeannot Bemba ministre de l'Economie, M'Zee Kabila avait permis à ce dernier de remonter un peu ses affaires. Ceci d'un. De deux, en refilant à J-P. Bemba le marché de transport des troupes, armes et rations à destination du Sud-Kivu lors des événements « Nkunda/Mutebusi » en 2004, J. Kabila avait à son Vipi de se faire beaucoup de sous. Certaines sources parlent même d'une vingtaine de millions de dollars Us.
Bref, le Groupe Scibe-Zaïre avait commencé son déclin sous Mobutu, et parmi les hommes qui y auront été pour beaucoup, il y a, d'abord, Jean-Pierre Bemba en personne, ensuite les anti-Jeannot dont certains avaient été cités pendant la Cns.
Par la deuxième déclaration – il n'était pas non plus obligé de s'exprimer ainsi publiquement – Jeannot Bemba avait menacé son fils de malédiction au cas où il n'arrêtait pas l'aventure insurrectionnelle. Il l'avait ouvertement mis en garde en dénonçant, par la même occasion, l'implication des Mobutistes revanchards parmi lesquels ceux de l'Equateur qui l'avaient combattu sous le maréchal ! La malédiction, il l'avait proférée dans l'adage lingala : « matoyi elekaka moto te ». Plus d'une fois, il martela en direction de « Chairman » : « Si tu es mon fils, arrête cette aventure » !
La réplique du fils fut cinglante ; elle est dans son ouvrage intitulé « Le Choix de la Liberté » que Ngbanda Honoré doit avoir certainement lu.
« Chairman » avait, dès lors, fait le choix libre de poursuivre la guerre avec son lot d'épisodes tragiques, au nombre desquels – hélas ! - les affrontements sanglants de Kisangani entre les armées rwandaise (soutenant le Rcd) et ougandaise (soutenant le Mlc), la guerre fratricide Hema-Lendu en Ituri, les événements malheureux de Mambassa, les deux expéditions armées de la branche « militaire » du Mlc sur Bangui et, bien entendu, les troubles pré et post-électoraux de Kinshasa pour ne pas compter ceux du Bas-Congo !
Or, s'il avait entendu la voix et suivi la voie de la raison de son père Jeannot Bemba Saolona, Jean-Pierre Bemba Gombo n'aurait pas eu tout ce sang sur les mains, mais aussi sur la conscience, pendant qu'il continuait encore de baigner dans les larmes de tristesse des agents et cadres du Groupe Scibe, victimes de sa mauvaise gérance. En clair, s'il avait honoré son père en 1998, il ne se serait jamais retrouvé à La Haye , mais alors pas du tout !
Le « coup » de la Société civile et de l'Opposition-Diaspora
Jamais deux sans trois : aux deux déclarations de Papa Bemba, il y a lieu d'ajouter l'action de la Société civile ; Ong dites de défense des droits de l'homme en tête.
Honoré Ngbanda aura l'honnête de le reconnaître : la Société civile zaïroise (devenue congolaise à l'avènement de Laurent-Désiré Kabila) a longtemps nourri la communauté internationale en raisons de diabolisation du Pouvoir présent à Kinshasa. Elle l'avait fait sous le maréchal, elle l'a fait sous M'Zee et elle continue de le faire sous le Raïs.
Cette Société civile a dans l'Opposition politique – surtout la branche de la Diaspora – son meilleur allié pour discréditer l'acteur politique congolais, principalement celui ayant fait la guerre : L-D. Kabila, J. Kabila, J-P. Bemba, A. Z'Ahidi Ngoma, A. Ruberwa, A. Mbusa Nyamwisi, A. Thambwe Mwamba etc.
Or, en s'autoproclamant porte-étendard de l'Opposition/Diaspora, Honoré Ngbanda fait de lui-même le terrible aveu d'avoir contribué, d'une manière ou d'une autre, aux malheurs de Jean-Pierre Bemba ! Ne perdons pas de vue que « Chairman » est en prison sur plainte, aussi, de la Fidh ayant son siège à Paris !
Il est alors malhonnête de la part de Nbganda et Cie d'impliquer Joseph Kabila dans la responsabilité des conséquences des actes de Jean-Pierre Bemba !
Des raisons éloignées des préoccupations politiques
En fait, pour revenir aux déclarations de son père, Jean-Pierre Bemba n'a pas voulu intérioriser son rôle de fils Bemba.
Pour ceux qui ne le savent pas, Jeannot Bemba fut un self made man accompli. Il n'avait pas fait d'études remarquables mais, en homme de poigne, il savait mettre à profit toutes les opportunités qui se présentaient à lui pour devenir un opérateur économique respectable, puis un acteur politique digne.
A la tête de l'Aneza (patronat zaïrois devenu Fec), il avait même gagné une fois le trophée de meilleur manager africain. Pour mémoire, il fut président du Club des Managers Africains.
Aussi, de sa vie de patron d'entreprise et d'acteur politique (ministre sous L-D. Kabila et sénateur sous J. Kabila), il s'attendait à tout, sauf au choc déshonorant de devenir père d'un rebelle, et encore un rebelle avec trop de sang sur soi !
Avec une « qualité » comme celle-là, quel est cet investisseur sérieux belge ou américain, canadien ou sud-africain, japonais ou australien, qui se serait affiché publiquement avec lui dans une chambre de commerce ou sur un terrain de tennis, dans une foire internationale ou un restaurant ? Quel est, en plus, ce palais impérial ou royal, princier ou présidentiel qui aurait ouvert grandement ses portes au père d'un rebelle impliqué, directement ou indirectement, dans la perpétration des crimes de guerre, des crimes de génocide ou des crimes contre l'humanité ?
En un mot comme en cent, avec le concours des hommes comme Honoré Ngbanda, Jean-Pierre Bemba a « tué » Jeannot Bemba ; un père qu'il détestait sans doute pour des raisons éloignées des préoccupations politiques...
Lorsque les langues vont commencer à se délier, bien des « Bembistes » se retrouveront à l'étroit dans leurs pensées, leurs paroles ou leurs actes issus d'une procuration signée Honoré Ngbanda, l'homme qui, avec les siens, est pour beaucoup dans les malheurs survenant au « Clan Bemba » !
Notre correspondant
O. N.L
Article paru sous le titre initial : « Bemba fils a eu raison de Bemba père ! » |