| mardi 10 octobre 2006, a 07:54 |
| OLENGHANKOY : UN DIRECTEUR DE CAMPAGNE A LA BEMBISTE |
Le choix de Joseph Olenghankoy comme directeur de campagne électorale de Jean-Pierre Bemba pour le 2ème tour du scrutin présidentiel fait rire sous cape dans les cercles politiques et dans l’opinion publique quant à l’efficacité de cette désignation. La désignation du tonitruant ancien ministre des Transports et Communications Joseph Olenghankoy comme directeur de campagne électorale du vice-président Jean-Pierre Bemba pour le 2ème tour de la présidentielle a surpris une bonne partie du public congolais qui ne se retient pas de critiquer ce choix unanimement jugé de malencontreux pour le succès électoral du « chairman ». Quel diable a donc piqué le président du Mlc en le poussant, se chuchote-t-on, à opter pour l’un des plus grands amuseurs de la scène politique et d’en faire son porte-voix dans une joute électorale aussi décisive et si pleine d’enjeux déterminants ?
Jean-Pierre Bemba s’est déconsidéré avec la nomination de Joseph Olenghankoy comme son directeur de campagne. Ceux qui le prenaient au sérieux se sont retournés, minés désormais par le scepticisme. Si le challenger de Joseph Kabila croyait réellement en sa victoire, il allait confier la direction de sa campagne à quelqu’un d’autre. La désignation d’Olenghankoy apparaît comme le signe que Jean-Pierre Bemba a choisi la voie de l’injure et de l’incitation à la haine à la place d’une campagne sur fond d’un débat d’idées.
Candidat malheureux au premier tour de l’élection présidentielle - avec moins de 1 % des suffrages lui exprimés - Olenghankoy a mené sa propre campagne sur base d’attaques personnelles, des injures et d’une exaltation identitaire d’un autre âge. Nul doute que JP Bemba l’a pris à ses côtés pour le voir refaire la même chose pendant la campagne du second tour. Les couleurs en furent d’ailleurs annoncées le jour même de la sortie de la coalition pro-Bemba, l’Union pour la Nation (UN), le 24 septembre dans la salle de conférence de la Foire internationale de Kinshasa ( Fikin). Ceux qui s’en plaignent oublient que la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a. Celui qui n’a pas de cursus connu et qui passe pour un réfractaire à l’éthique, qu’est-ce qu’il peut offrir d’autre à la société sinon un comportement marginal ?
Fiche peu luisante
Le cas Olenghankoy est celui d’un prétentieux doublé de méconnaissance de la langue comme cela est constaté chez l’intéressé qui n’a jamais aligné une phrase en français sans confondre le genre des articles. Quand son auditoire en rit sous cape, Olenghankoy n’en a cure et continue ses péroraisons avec l’assurance d’un orateur finissant par prendre l’envers pour l’endroit. Ses proches ont, par le passé, tenté de faire croire qu’il est plutôt un excellent locuteur d’Anglais. Cela a été démenti pendant le premier round du dialogue inter-congolais en Afrique du Sud quand on voyait Olenghankoy recourir aux écouteurs pour suivre un exposé en anglais. Preuve qu’il ne pouvait piger sur le champ un discours en Anglais. Voilà ce qui arrive lorsque la valeur intrinsèque se réduit à une somme nulle.
Côté moral, la fiche d’Olenghankoy n’est pas plus luisante ni enviable. Elle est maculée de toutes les combines qui ont fait qu’un homme arrivé en politique en 1990 -et qui n’a jamais travaillé ou managé une quelconque activité lucrative - se retrouve aujourd’hui à la tête d’une immense fortune. Selon des sources, il avait affirmé, dans la déclaration des avoirs au Parlement, brasser 3 millions de dollars en banque. Il est propriétaire de deux villas à Binza-IPN dont l’une acquise il y a moins de trois ans à plus de 400.000 dollars.
Olenghankoy détient également un appartement dans l’immeuble diplomatique contigu à l’ambassade de Belgique à Kinshasa. Si le prix de cette propriété n’est pas connu, il n’est pas exagéré de dire qu’un appartement dans cet immeuble ne vaut pas moins de 150.000 dollars. Sa fortune acquise dans des conditions pas très claires, Olenghankoy aime l’étaler non sans insolence. Il lui arrive de déambuler dans cet exhibitionnisme comme un adolescent, quand il se lance sur les artères de la ville de Kinshasa avec bagnole sport capot relevé, ou qu’il frime sur le Boulevard du 30 juin au volant d’une Hummer façon star congolaise.
Comme ministre des Transports et Communication, il avait préféré sa propre Jeep GMC à la voiture de fonction reléguée dans sa suite avec ses gardes du corps à bord. «Olenghankoy est habité par un désir d’enrichissement effréné», a laissé filtré un de ses collaborateurs dépité que son chef l’eut roulé sur un coup pendant son passage aux Transcoms. Cet «arrivisme» a conduit Olenghankoy à sa perte, révoqué du gouvernement pour suspicions de malversations.
Une partie de la fortune de cet ancien lieutenant d’Etienne Tshisekedi est bâtie sur le trafic d’influence et le louage de ses services dans des intermédiations les plus illicites. Il a pris avec ses pratiques beaucoup d’argent à Sabine Soï Fan, l’épouse chinoise de Vunduawe Te Pemako. Sur le plan politique, l’homme ne représente plus rien. Sa popularité d’emprunt à l’ombre de Tshisekedi a fondu comme beurre au soleil le jour même il n’a plus eu d’entrée sur rue Pétunias.
Où était le duo crédible Mwamba-Luhaka pour dissuader JP Bemba ?
Pour un homme qui s’est toujours déclaré populaire, notamment à Kinshasa, le score que Olenghankoy a réalisé à l’élection présidentielle, tout comme son parti, les FONUS, aux élections législatives, aurait dû l’amener à plus de modestie. Et carrément à se taire complètement, puisqu’il est clair qu’il ne parle désormais qu’en son nom propre. Mais, diantre !, qu’est-ce qui a poussé un aussi vertébré challenger de Joseph Kabila au second tour de la présidentielle, ci-devant JP Bemba, à miser sur un amuseur homme de paille de la trempe d’Olenghankoy ? Est-ce seulement la logique de qui se ressemble s’assemble ?
Que l’on sache, le cartel Union pour la Nation affiche bien un bon palmarès de cadres plus dignes et compétents pour assumer les délicates et très stratégiques charges de direction de campagne électorale. Déjà ne serait-ce qu’au niveau ou à titre de conseil, le sérail compte tout de même des lieutenants très crédibles et à même de mieux vendre l’image du candidat « chairman ». Des leaders tels les François Mwamba, Thomas Luhaka, Romain Nimy et consorts ne pouvaient-ils pas conseiller d’autre choix à leur chef de file que de tomber sur un Olenghankoy pour porter l’étendard de leur camp dans le décisif sprint de la course présidentielle ?
Il y a réellement de quoi douter des chances de succès qu’un Olenghankoy peut apporter au chef de file du cartel UN resté en lice dans la compétition électorale contre le président candidat à sa propre succession Joseph Kabila. Est-ce un JP Bemba qui devait oublier que le choix des lieutenants dans une bataille ne doit pas être effectué au hasard sans appréciation judicieuse ? A moins que JP Bemba ait tout simplement voulu plaire à Olenghankoy, en minimisant le public que ce choix allait décevoir.
Correspondance particulière de Sakombi Molendo
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