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CONGO MON AMOUR
lundi 26 février 2007, a 12:10
gouverneur du Bas-Congo Simon Mbatshi Batshia parle de son programme
 

 

1. Pouvez-vous éclairer l’opi­nion sur ce qui s’est dit autour de votre élection comme gouver­neur du Bas-Congo ?

Depuis un mois, beaucoup d’âne­ries ont été débitées sur mon compte. Certes, j’ai été tenté de répondre du tac au tac. Mais je me suis toujours souvenu d’un proverbe de chez moi – je ne traite personne de fou – qui dit que quand on poursuit un fou, l’on doit prendre la précaution de s’habiller au risque de croire que deux fous sont en train de s’amu­ser. C’est pour cela que j’ai pris du recul pour ne pas répondre à tout ce que j’entendais par-ci par-là. Comme les choses semblent s’éclaircir et que la justice a dit le droit, je peux me livrer à cet exercice d’éclairer la religion de tout un chacun.

Je commence par remercier très sincèrement les députés provin­ciaux qui m’ont donné la majo­rité absolue pour devenir le gou­verneur du Bas-Congo, sans oublier évidemment l’Alliance de la majorité présidentielle qui m’a prêté son appui et le chef de cette famille politique, grâce à qui j’ai pu avoir la majorité nécessaire pour devenir le gouverneur.

Beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Heureusement que le ven­dredi 16 février la Cour suprême de justice a tranché, sans appel. Et si je remercie la haute Cour, ce n’est pas tant pour m’avoir proclamé gouverneur du Bas­Congo, mais c’est pour avoir, en­core une fois, sauvé notre pays de la risée internationale. Imagi­nez un seul instant que la Cour suprême ait confirmé l’arrêt de Matadi, nous serions le seul pays au monde à confondre la défini­tion de la majorité présidentielle et ce mode de calcul. Le pays vient de frôler une catastrophe dans la mesure où nous allions encore être  à la une des journaux de tous les pays du monde avec notre propre manière de calculer la majorité ab­solue.

2. Mais, vous avez été accusé de corruption…

Encore des âneries. J’ai été abon­damment accusé d’avoir cor­rompu les députés provinciaux pour m’élire. J’ai même vu à la télévision un grand leader politi­que déclarer, sans rire, qu’il ne pouvait pas comprendre que dans une province où l’Union a la « ma­jorité », que le gouverneur qui en sort ne soit pas de l’Union. Il a même poussé l’audace jusqu’à demander la reprise des élections parce que l’Union, majoritaire selon lui, n’a pas gagné les élections. Dans tous les cas, ses propos m’ont fait rire. S’il y a quelque chose que je n’aime pas dans ma vie, c’est le mythe et l’affabula­tion. Nous sommes un pays qui ne vit que de mythes et d’affabu­lations.

Parlons un peu de l’Union ! L’Union, c’est quoi ? Une première observation s’impose : au moment où la plupart des députés provinciaux – que je connais personnellement d’ailleurs – déposaient leurs candidatures, parfois avec des cautions qu’on leur donnait, l’Union n’existait pas. Ils n’en avaient jamais entendu parler, tout simplement parce que l’Union a été inventée lors du second tour du scrutin présidentiel pour aider M. Jean-Pierre Bemba à gagner les élections.

C’est dire que tous ces députés ne se sont jamais engagés dans une course d’élection avec une idéologie quelconque de l’Union. Il n’y en avait pas à l’époque, tout comme il n’y en a pas aujourd’hui. Ils se sont fait élire d’eux-mêmes, par leurs propres moyens.

Quoi qu’on pense, ces députés ont fait un choix que nous devons tous respecter. Ne confondons donc pas la majorité parlementaire comme ce qui s’est passé avec le Premier ministre.

3. Que voulez-vous laisser en­tendre par là ?

Vous savez qu’en ce qui concerne l’élection du gouverneur, le légis­lateur a prévu une campagne électorale de trois jours. Chaque can­didat devait donc rencontrer les députés provinciaux et leur expli­quer son programme d’action. Au cas où il parvenait à convaincre  un député, naturellement celui-ci voterait pour lui. La loi électorale n’a pas demandé qu’il fallait, comme après la mort de Jésus où tous les apôtres s’étaient retrouvés dans une chambre là-bas parce qu’ils avaient peur de sortir, que l’Union et l’Amp restent, chacune, dans sa chambre.

Ainsi que le prévoit la loi électorale, j’ai battu campagne. J’ai con­vaincu les députés sur base de mon programme d’action.

Dans tous les cas, c’est ce qui s’est passé à Matadi, et rien d’autre. Je ne m’en tenais donc qu’au programme d’action. Je tiens à vous dire que j’ai regardé tous les programmes de mes ad­versaires, je les ai écoutés, mais aucun ne m’a convaincu. J’ai beaucoup de respect pour mes adversaires, mais pas pour leurs programmes. Le mien a été de loin le meilleur. Ce n’est pas moi qui le dis, mais tous ceux qui ont vu mon programme et les moyens de le mettre en action.

Je pense aussi que les députés ont vu mon programme et ils ont fait le choix.

 4. Quelle est la substance de ce programme ?

Il s’articule sur deux points que j’estime extrêmement importants. Il s’agit, pour moi, de deux im­portantes révolutions : la première consiste à créer une classe moyenne ; la seconde c’est de faire du Bas-Congo une province minière, en plus de sa vocation agricole. Pour ce qui est de la pre­mière révolution, j’ai fait com­prendre aux députés provinciaux que nous avions eu tort de n’avoir pas suivi ce que les Belges nous avaient laissé. Les Belges avaient dans ce pays ce que l’on appelait la classe moyenne. Aujourd’hui, malheureusement, nous nous trouvons dans un pays, dans une province où il n’y a plus de classe moyenne. Il y a quelques riches et tout le monde est devenu pau­vre. La grande majorité de la population constitue la classe de ceux qui ne possèdent rien.

Face à cet état de choses, j’ai fait savoir aux députés qu’il nous fal­lait essayer de reconstituer au milieu, entre le peu de riches et la masse de pauvres, une classe moyenne, celle-ci devant être composée notamment de tous ces universitaires qui sortent de l’école et qui n’ont aucune pos­sibilité d’emplois, c’est-à-dire sans revenu, sans pouvoir d’achat, et des commis de l’Etat.

5. Comment comptez-vous faire de ces 30% de la popula­tion une classe moyenne capa­ble de se stabiliser au  milieu, entre le peu de riches et la masse de pauvres ?

Notamment par l’accès au petit crédit. Nous rêvons d’ouvrir au Bas-Congo des banques régiona­les de crédit agricole, de petits crédits immobiliers, des offices de logement pour permettre à ces jeunes gens d’avoir accès aux crédits, d’avoir une maison, une voiture à crédit à rembourser dans cinq ou dix ans. Ces 30%-là, c’est ça la paix sociale de la province, si pas du pays.

La deuxième révolution, c’est de faire du Bas-Congo une province minière, en plus de sa vocation agricole. Comme aujourd’hui la nouvelle Constitution donne aux provinces une obligation de dé­velopper la province concurrem­ment avec le pouvoir central, nous allons équilibrer la politique dans le Bas-Congo, non pas en cassant sa vocation agricole, mais en poussant sa vocation minière pour que, de­main, le Bas-Congo soit développé sur le plan minier tout en gardant sa vocation agricole.

(Yes)Marcel Lutete/Le Potentiel/Message/MMC

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