
*Un seul ordre du jour a enflammé l’hémicycle du palais du peuple ce lundi 19 mars 07, celui de l’affaire « Kahemba », du nom de ce territoire que l’on dit occupé par l’Angola depuis plusieurs jours. *Au terme d’un débat houleux, les Députés ont adopté le principe d’une mission d’enquête sur place à Kahemba, pour connaître les tenants et les aboutissants de cette affaire à la fois complexe et facile, mais dont les enjeux expliquent une politisation à outrance. *L’affaire de l’occupation présumée du territoire congolais par l’Angola se doit être réglée dans le cadre des mécanismes de coopération qui existent entre les deux pays, dont les relations n’ont jamais été aussi bonnes qu’aujourd’hui ; le tort de l’Angola est justement d’avoir ignoré ces mécanismes en utilisant la force brutale pour déplacer les populations frontalières congolaises. *Cette affaire doit servir de leçon au gouvernement de la République démocratique du Congo qui n’a pas mis son arsenal médiatique en batterie, laissant le champ libre à une Opposition extrémiste et liquidationniste en panne de popularité.
La plénière d’hier lundi au parlement avait un seul sujet à l’ordre du jour. Celui-ci n’a pratiquement plus quitté les devants de l’actualité depuis au moins deux semaines. Il s’agit comme on peut s’en douter, de l’affaire « Kahemba ». Située aux confins de la frontière de la République Démocratique du Congo et de l’Angola, cette localité est selon des informations contradictoires, occupée par les forces armées angolaises, au mépris des conventions internationales et à la surprise générale, car il n’existe aucun casus belli entre les deux pays. Ces informations ayant fait couler beaucoup d’encre et de salive auprès de l’opinion publique congolaise et de la presse, c’est donc logiquement que l’Assemblée nationale s’est saisie de la question pour essayer de faire la lumière sur cette affaire. La séance devait être houleuse ; elle fut houleuse.
Les Honorables Députés se sont dépensés à tour de rôle devant la tribune pour donner leur point de vue, réfuter telle ou telle autre conclusion, pendant plus de deux heures. A la fin ils ont adopté le principe d’une mission d’enquête parlementaire à envoyer à Kahemba. Cette mission sera composée, outre les parlementaires, d’un représentant de la Monuc, de l’Institut géographique du Congo, entre autres. La mission durera 10 jours.
Un dossier complexe mais facile
Les intervenants ont presque tous accusé le gouvernement de manquer de fermeté dans la gestion du problème de la présence armée angolaise en territoire de Kahemba, dans la province de Bandundu. Ils ont épinglé également le manque de communication au sein du même gouvernement, en mettant en exergue les positions opposées notamment entre le ministre des affaires étrangères et celui de l’Intérieur.
Naturellement il était question d’interpeller le gouvernement. Entre ces exigences passionnées et la réalité sur le terrain, il s’est trouvé des trous énormes dans le chef de certains Honorables qui avaient préparé depuis longtemps leurs discours enflammés. Il est plus ou moins prouvé que les frontières africaines, établies d’autorité par les colonisateurs européens, sont un défi permanent aux peuples qui les chevauchent et qui souvent, sont apparentés.
Dans le cas de Kahemba, les dernières informations ne sont pas celles qui ont fait l’objet des dénonciations de ce lundi au Palais du peuple. Par exemple on a laissé entendre que les experts angolais avaient déplacé les bornes avec la complicité des Officiels congolais pour amputer le territoire national de la RD Congo d’une partie de sa superficie. Des Députés ont soutenu hargneusement que cette transaction odieuse était l’aboutissement des accords secrets signés entre les plus hauts responsables des deux pays, la RDC devant récompenser l’Angola pour son soutien pendant la guerre d’agression de 1998, au régime du M’zée Laurent Désiré Kabila.
Depuis lors, ce pays ami s’est toujours tenu aux côtés de la République démocratique du Congo, apportant en prime, une substantielle aide logistique à la Police Nationale Congolaise en appui au processus de démocratisation aujourd’hui achevé. A part une faiblesse d’esprit pathologique, aucune autorité d’aucun pays au monde ne peut penser mettre un tel accord en exécution.
Il fallait aussi se demander si les Honorables Députés étaient convaincus de la véracité de leurs propos ou s’ils n’en étaient que la caisse fidèle de résonance.
En attendant d’y revenir, nous pensons que ces élus du peuple qui pensent que la RDC doit déclarer la guerre à l’Angola ne sont que des Porte parole circonstanciés dans une affaire qui les dépasse. Ce qui est sûr, ce que le dossier de Kahemba est à la fois complexe et facile à comprendre avec un peu d’intelligence.
Sa complexité d’abord
Selon le dossier présenté par l’Honorable Théophile Mbemba, ancien ministre de l’Intérieur et mieux aux faits de la territoriale, ce n’est pas la première fois que la controverse surgit entre les deux pays et au même endroit. La frontière en soi ne pose pas de problème, car elle est rectiligne ; mais certaines bornes n’existent plus et les populations n’ont aucun mal à traverser et à s’installer partout. L’Angola a été longtemps en proie à une des guerres civiles les plus sanglantes de l’histoire de l’Afrique centrale.
A l’époque, une partie de la frontière avec la RDC avait été minée par les combattants de l’Unita ; les populations alentour repoussées de force à l’intérieur du territoire angolais. C’est à l’intérieur de ce no man’s land aujourd’hui démilitarisé, que se trouve le village angolais de Shaibanda à environ 600 mètres des terres angolaises. Ce village est occupé illégalement par des Congolais. Ils ont par cet acte, échappé à l’autorité fiscale de la RDC, mais quand les Angolais les abordent, ils se proclament Congolais ! Excédés, les Angolais ont débarqué en force et ont planté leur drapeau, leur faisant retraverser la frontière de force. C’est la goûte qui a fait déborder le vase commun. Sur la base de ces témoignages il est admis que tout homme de bonne foi peut, tout en admettant le caractère difficile du problème, déterminer de quel côté se trouve la vérité. En attendant de faire définitivement la lumière sur cette malheureuse affaire, il aurait été facile comme l’a souligné le Président de l’Assemblée Nationale, de ne pas la dramatiser outre mesure. Une politisation exagérée dirigée sur un seul objectif : la diabolisation
Cette affaire de Kahemba est la première vraie crise à laquelle le gouvernement Gizenga est confronté. En même temps qu’elle a donné à l’opinion une idée peu glorieuse de la coordination gouvernementale dans les situations de surchauffe, elle a aussi contribué à donner une leçon expérimentale à ce gouvernement, pour l’aider à affronter d’autres crises qui ne manqueront pas de se présenter à lui. Là où le bât blesse c’est l’exploitation honteuse qu’en a fait une certaine opposition née aux lendemains de la période électorale, et qui a un nouveau « père de la nation » en la personne de Jean Pierre Bemba Gombo. Cet homme qui n’a jamais digéré sa défaite à la présidentielle d’octobre dernier, a pris le pari de faire de la politique autrement... par la délation, la calomnie et la diffamation. Ses propos relatifs aux évènements de Kahemba, diffusés abondamment sur ses chaînes de télévision juste à la veille du débat de ce lundi au Parlement, ont servi de document de travail à la plupart des intervenants à la plénière, pour qui c’étaient des paroles d’évangile.
Ces Députés ne doivent pas oublier que s’ils ont flatté l’orgueil du nouveau chef de file autoproclamé de l’Opposition politique, adepte du culte de la personnalité, que de telles tirades peuvent jeter de l’huile sur le feu dans un pays qui se cherche encore.
La course effrénée au leadership par médias audiovisuels interposés, ne doit pas occulter les impératifs supérieurs de la nation, et les dossiers comme celui qui nous oppose en ce moment à l’Angola doivent être traités avec maîtrise dans les cadres de coopération qui existent.
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