
*Au
cours de son point de presse hebdomadaire, la Monuc a annoncé qu’elle
continue son enquête sur les allégations portées à son encontre par la
presse depuis 2004 au sujet de son implication dans un trafic illicite
d’or et d’armes au profit des insurgés de l’Ituri.
*Cet or produit et vendu par des miliciens aux responsables de la Monuc
servirait à acheter des armes pour continuer la violence, selon la
bonne méthode du commerce triangulaire.
*Le gouvernement congolais se dit inquiet de la lenteur que met la
Monuc à faire éclater la vérité à la faveur de l’enquête qu’elle mène.
C’est pour avoir ses propres conclusions que l’Exécutif du premier
ministre Gizenga a ordonné à l’administrateur du district de l’Ituri de
mener également une enquête. *L’opinion congolaise se pose la question
de savoir si celui qui était venu désarmer serait le même qui réarme
les rebelles qui tuent et pillent à l’est du pays.
La
conférence hebdomadaire de la Mission d’observation de l’Onu au Congo
(Démocratique), Monuc, a eu lieu comme de coutume ce mercredi 23 mai
2007 au siège de cette Mission devant les journalistes accrédités.
D’entrée de jeu l’état des lieux en République Démocratique du Congo a
été donné à travers la formule habituelle. Pour ceux qui ne connaissent
pas cette formule, elle s’énonce en ces termes depuis la fin officielle
de la guerre : « La situation générale en République Démocratique du
Congo est restée calme depuis notre rencontre de la semaine passée ; à
l’exception de quelques incidents, aucun évènement majeur n’est venu
remettre en cause la stabilité et la sécurité de la RDC ».
Dans un pays de soixante millions d’habitants, on
imagine aisément ce que pareille analyse de la situation sécuritaire
voudrait dire dans le mental de l’opinion, surtout si la presse
présente à ce point de presse se contente de la reprendre comme tel,
sans une contre analyse critique. Il y a là dedans « quelques
incidents » inéluctables, au demeurant bénins ; c’est ainsi qu’il
faudrait une vraie catastrophe pour émouvoir les bonnes âmes de la
plupart de nos protecteurs et souteneurs. Pourtant la somme des morts
qui tombent ainsi au jour les jours dans les localités de l’est du
pays, victimes de la violence politique que les soldats de la paix de
la Monuc sont sensés combattre, avoisine les effets dévastateurs d’un
tsunami moyen, selon tous les spécialistes. Malgré tout, il y a aussi
le fait que « aucun évènement majeur n’est venu jusque là remettre en
cause la stabilité et la sécurité de la RDC ».
On sent en filigrane l’attente quasi eschatologique de
cet évènement « majeur » qui viendrait déraciner le petit arbre à peine
enfoncé dans le sol de la démocratie congolaise. La dernière conclusion
qui se dégage de cette vision manichéiste de la Monuc, est une
satisfaction générale en face de la situation sécuritaire du pays, au
sein duquel il ne se passe que des escarmouches certes mortelles, mais
sans grand intérêt médiatique. Evidemment les questions qui fâchent
sont bannies du maigre débat qui termine habituellement ces points de
presse de la Monuc. Heureusement pour la tranquillité des responsables
onusiens en RDC, car leurs dispositions mentales ont fini par déteindre
sur les journalistes présents à ces rendez vous habituels ; mais la
préoccupation du jour est beaucoup plus inquiétante. Il s’agit des
allégations faisant état de l’implication des soldats de la paix comme
on les appelle, dans un trafic d’or et d’armes depuis 2004 en Ituri
dans la Province Orientale.
Les racines de la violence
Jusqu’à ce que les investisseurs construisent des
véritables usines de traitement d’or, l’or reste porteur d’une
malédiction transcendantale au peuple congolais, selon les mots d’un
orpailleur de Watsa. Le métal jaune a de tout temps alimenté les
guerres et les conflits armés dans les sites d’exploitation. Cet état
de chose a aggravé la pauvreté des populations riveraines, en sus du
fait que ça été un authentique facteur de dépopulation, par les pertes
en vies humaines qu’il a occasionné durant les cinq années de la
deuxième guerre imposée à la République Démocratique du Congo en 1998.
Il y a trois ans, des accusations de trafic d’or et d’armes avaient été
portées à l’encontre des éléments de la Monuc en Ituri, ce qui avait
provoqué l’indignation générale dans la presse, notamment. Aujourd’hui
même le gouvernement congolais issu des dernières élections, d’habitude
se circonspect, commence à être ému.
Selon nos informations l’Exécutif vient d’instruire
l’administrateur du district de l’Ituri en PO de diligenter une enquête
interne, parallèlement à celle que mène la Monuc. Cette sorte d’entorse
au protocole de gentlemans agrément qui existe entre le gouvernement de
la troisième République et la Monuc s’explique par la lenteur que met
la Mission des Nations Unies au Congo à faire éclater la vérité sur
cette malheureuse affaire. Est-ce que l’enquête a été confiée à
l’assassin ?
Rien ne permet pour le moment de le dire, sinon à cause
du sentiment mitigé fait de colère et de stupéfaction populaire. La
Monuc affirme que ces graves allégations ont été portées à sa
connaissance en 2006, c’est-à-dire deux ans plus tard après la survenue
des faits. Cela montre que la Mission elle-même n’est pas assez
vigilante ; pourtant elle a un service de renseignement interne qui
arrive de temps en temps à mettre à nu certaines pratiques déviantes,
notamment dans le comportement sexuel de ses soldats. Elle affirme sans
rire qu’aussitôt mis au parfum, elle a commandé à son Bureau des
services de contrôle interne Bsci, une enquête qui a été suivie par une
autre plus ou moins indépendante par son Bsci de Nairobi. Cela signifie
que le Bureau de la RDC s’est avéré incompétent pour conduire ses
investigations jusqu’au bout ; cela veut dire aussi que le Bsci de
Nairobi est mieux placé pour donner une version expurgée de ses
conclusions, afin d’éviter d’éclabousser la Monuc.
La Monuc au centre du scandale
En dépit de la tolérance zéro évoquée régulièrement par
ses responsables, la Mission de l’Organisation des Nations Unies au
Congo a aussi été à l’origine de certains scandales notamment sur le
plan sexuel avec des jeunes congolaises, qui n’ont pas toujours été
sanctionnés comme l’aurait voulu le peuple congolais, victime de ces
détournements de ses mineurs ; à tel point que le sigle UN de la Monuc
s’est transformé en ces occasions de grande turpitude, en NU comme
nudité. Si on peut se contenter de jaser à propos de la libido très
élevée de certains des agents de la Monuc, cette fois il s’agit des
faits éminemment plus sérieux. Même si on ne doit jamais connaître la
vérité, l’histoire de trafic d’or et d’armes imputée à la Monuc
ressemble furieusement à celle de l’histoire de l’arroseur arrosé. La
Monuc qui est présente en RDC pour désarmer les rebelles qui agitent
régulièrement le chiffon rouge des assassinats des civils et de viols
de femmes dans l’est du Congo Démocratique, serait en fait le pyromane
qui tire de ce trafic traître, le prétexte de rester indéfiniment en RD
Congo, tout en se faisant des bénéfices substantiels de ce commerce
criminel. Si on regarde la manière dont les groupuscules armés
renaissent de leurs cendres dans l’Ituri, on est tenté de croire que
ces bandits sont alimentés par une source intarissable. Qui est mieux
placé pour allumer et éteindre à volonté et à doses homéopathiques le
feu des contestations armées à l’est ?
12 miliciens de Cobra matata qui ont rendu leurs armes,
53 autres qui rejoignent le camp de transit de Kwandroma n’ont jamais
permis d’éradiquer la violence en Ituri. La joie du peuple congolais
quand il apprend ces redditions insignifiantes, ressemble à celle du
pêcheur qui a attrapé quelques poissons, tout en sachant qu’il en
existe des millions d’autres dans le fleuve. Bien que théoriquement
déterminée à sanctionner quiconque sera reconnu coupable d’avoir versé
dans ce qui est déjà un grand scandale, la Monuc réaffirme sa confiance
et sa gratitude à la majorité de ses troupes présentes en RDC pour leur
rôle ô combien important, dans le retour à la paix dans ce pays. On ne
peut pas trouver mieux comme discours paternaliste, et cela équivaut
déjà à les blanchir, du moins à pardonner leurs petits écarts qui
continuent pourtant à faire couler le sang des congolais.
L’histoire qui juge impartialement saura dire à la fin
si l’Onu a toujours pratiqué en RDC une politique constante, celle
qu’ont stigmatisé tous les vrais nationalistes de ce pays martyre.
L’Avenir
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