En
septembre prochain, ce sera le dixième anniversaire de la mort de
Mobutu au Maroc. Pourquoi ses cendres n’ont-elles toujours pas été
rapatriées chez lui, à Gbadolite ?
Joseph
Kabila : Dès 2001, j’ai envoyé à Rabat une délégation s’entretenir de
cette question avec la famille du défunt maréchal. Mon souhait était et
demeure que la dépouille soit ramenée au Congo pour y être inhumée.
Qu’est-ce qui bloque? Je crois que vous devriez poser la question à son
fils, le ministre d’Etat Nzanga Mobutu. Peut-être y a-t-il des
divergences à ce sujet au sein même de la famille. En ce qui me
concerne, en tout cas, je ne vois aucun obstacle à ce qu’un ancien Chef
de l’Etat soit enterré dans son pays de la façon la plus officielle qui
soit.
L’Etat congolais compte-t-il
s’opposer à la récupération par la famille Mobutu de quelque 6 à 7
millions de dollars bloqués dans des banques suisses et qui pourraient
être dégelés en 2008 ?
Joseph Kabila : Six millions seulement? Je crois me souvenir qu’à une
certaine époque, il y en avait beaucoup, beaucoup plus. A un moment,
l’Etat congolais avait entamé des démarches pour recouvrer cet argent.
Ces démarches n’ont pas, depuis, été poursuivies, d’où la perspective
que vous évoquez. Pour l’instant, je n’ai pas ce dossier en main. Je
verrai.
Jeune Afrique : Comptez-vous
rouvrir un jour le procès des assassins présumés de votre père, qui ont
été jugés et condamnés à de très lourdes peines? Ou persistez-vous à
dire qu’il n’y aura ni pardon ni révision?
Joseph Kabila : Le terme d’assassins présumés n’est pas correct
puisque, comme vous le dites vous-même, ils ont été jugés et reconnus
coupables. Dès lors, je ne vois pas pourquoi nous devrions rouvrir ce
procès. C’est clair.
Jeune Afrique : De nombreux Congolais préfèrent toujours vivre en exil...
Joseph Kabila : Je m’insurge contre ceux qui fuient leur pays en
invoquant de prétendus prétextes de sécurité, alors qu’ils le font pour
des motifs purement alimentaires. Les anciens dignitaires mobutistes
sont pour la plupart revenus en toute liberté. Beaucoup ont recouvré
leurs biens en justice ou tentent de le faire.
Jeune Afrique : Quand l’armée congolaise sera-t-elle en mesure d’assurer la sécurité intérieure et extérieure du pays?
Joseph Kabila : Chaque jour, cette armée monte un peu plus en
puissance. Je me suis donné deux ans pour former des unités
combattantes capables de défendre notre intégrité nationale. C’est un
processus qui s’achèvera avec l’intégration de toutes les forces armées
congolaises présentes sur notre sol. Y compris la Garde républicaine,
dont deux bataillons ont déjà été intégrés.
Jeune Afrique : Vous
avez critiqué le rôle de la Monuc lors des événements de mars. Ce
contingent, fort de 17.000 hommes, doit-il rester et, si oui, jusqu’à
quand?
Joseph Kabila : La Monuc joue un rôle essentiel. Mais elle doit être
beaucoup plus efficace. Quand on voit ce qui se passe à l’est du pays,
où sont concentrées 80% de ses forces, on se pose mille et une
questions. Si la Monuc ne devient pas plus active, si elle n’obtient
pas de meilleurs résultats sur le terrain, si le Conseil de sécurité ne
lui donne pas des instructions en ce sens, sa présence même n’aura plus
peu à peu sa raison d’être. Déjà, les populations de l’Est se demandent
parfois à quoi elle sert.
Jeune Afrique : Le
général Laurent Nkunda et ses sept mille miliciens du Nord-Kivu
font-ils, à vos yeux, partie des « forces négatives » à éradiquer, ou
espérez-vous encore le ramener au bercail?
Joseph Kabila : Ecoutez. Le statut de M. Nkunda est clair. Il a été
nommé général de brigade par le gouvernement en 2003, avec une
affectation précise: le commandement de la 8ème région militaire du
Nord-Kivu. Lui et d’autres officiers ont refusé de prêter serment et de
regagner leurs bases, entrant ainsi en dissidence. En 2004, après avoir
rassemblé des centaines de jeunes gens armés, il a fait mouvement vers
le Sud-Kivu et s’est emparé par la force de la ville de Bukavu.
Et
cela au vu et au su de la Monuc et de la communauté internationale, qui
voudraient aujourd’hui nous voir négocier avec ce monsieur. Trois jours
plus tard, nous avons repris Bukavu. Nkunda et sa bande se sont alors
repliés au NordKivu. Un mandat d’arrêt a été délivré contre lui par la
justice militaire. Fin 2006, il a de nouveau puisé des effectifs au
sein de deux brigades non encore intégrées afin d’attaquer la localité
de Goma, objectif que nous l’avons empêché d’atteindre.
J’ai néanmoins proposé, au début de cette année, que le processus
d’intégration des hommes de Nkunda au sein de l’armée nationale se
poursuive, en commençant par l’étape de l’identification. Nous en
sommes là. Mais je dois dire que M. Nkunda n’est pas un cas unique- Il
y a, au Nord-Kivu, un certain nombre de criminels de guerre recherchés
par la justice nationale et internationale, qui ont fait de cette
région leur bastion.
Jeune Afrique : Il
y a aussi, dans l’Est, quelques milliers d’irrédentistes hutus rwandais
opposés au régime de Kigali, ex-génocidaires et interahamwes de la
première, voire de la seconde génération...
Joseph Kabila : Six mille hommes à peu près, soit cinq fois moins qu’il
y a dix ans. Pour eux, il y a deux options : soit ils déposent les
armes et nous les désarmons de force et nous les expulsions.
Jeune Afrique/Le Palmarès |