* « Le paysage politique congolais s'est ainsi enrichi d'un nouveau Gouvernement national multipartiste, d'une nouvelle Assemblée Nationale et d'un Sénat où cohabitent Majorité et Opposition, et d'un Pouvoir Judiciaire en cours de restructuration pour une meilleure distribution de la justice. Ces institutions sont toutes opérationnelles et fonctionnent de manière satisfaisante », a déclaré le chef de l'Etat pour justifier ce qui a notamment été fait au plan institutionnel… * « En échange de concessions minières, exploitées en partenariat avec des entreprises publiques congolaises, donnant de l'emploi aux Congolais et produisant de la valeur ajoutée localement, les banques chinoises acceptent de contribuer au financement de nos cinq chantiers. Pour la première fois dans Notre Histoire, le peuple congolais pourra enfin voir à quoi aura servi son cobalt, nickel ou cuivre », a-t-il poursuivi pour clarifier les contrats avec la Chine. « La pauvreté et la précarité n'ont ni couleur politique, ni appartenance ethnique. Elles ne sont ni de gauche, ni de droite, ni du pouvoir, ni de l'opposition. Le combat pour les abattre ne saurait donc s'accommoder de camps ou de clans. Encore moins d'une quelconque complaisance », a-t-il relevé pour mobiliser toutes les forces politiques et sociales…
Joseph Kabila, brillamment introduit hier par le président de l'Assemblée nationale Vital Kamerhe, a fait au Palais du Peuple ce qu'il se devait faire : sans fioritures, il a assumé devant le bilan de l'An 1 de son quinquennat 2006-2007. Dans son message placé sous l'article 77 de la Constitution, il a en plus dégagé les perspectives de reconstruction et de développement pour les 4 années à venir. Effectivement, les faiseurs d'opinion habituels se sont déployés pour juger la réalisation des 5 chantiers rien que sur cette première année. Or, chacun sait en son for intérieur que ces chantiers ne se font pas entièrement en 5 ans, encore moins en 50 ans. Autrement, les pays membres du G 8 auraient cessé de construire des routes ou des ports, des écoles ou des hôpitaux, des centrales électriques ou des stations d'épuration d'eau ou de créer des emplois ; bref de se développer. Le développement étant dès lors un processus permanent, les 5 Chantiers demeurent : chaque chef d'Etat, chaque parlement, chaque gouvernement, mieux chaque législature doit y faire face. C'est justement parce qu'il en est ainsi que le chantier des 5 chantiers est celui auquel s'est attelé le Pouvoir post-conflit animé en pôle position par Joseph Kabila. C'est le chantier des fondamentaux d'un Etat normal, un Etat où chaque composante des Institutions, de l'Administration publique, de la Société politique et de la Société civile fonctionne dans les normes. Un Etat où chaque citoyen se reconnaît autant dans des droits et que dans des obligations.
Institutions et Sécurité
C'est parce qu'il est conscient du chantier de la normalisation que le chef de l'Etat, dans son message, a circonscrit ces fondamentaux aux plans institutionnel, infrastructurel et au plan socioéconomique. « Sur le plan institutionnel, au courant de l'année qui s'achève, le pays s'est doté de toutes les institutions dignes d'un Etat moderne. Le paysage politique congolais s'est ainsi enrichi d'un nouveau Gouvernement national multipartiste, d'une nouvelle Assemblée Nationale et d'un Sénat où cohabitent Majorité et Opposition, et d'un Pouvoir Judiciaire en cours de restructuration pour une meilleure distribution de la justice », a-t-il déclaré, tout heureux de les voir opérationnelles et fonctionnant de manière satisfaisante. Aussi, a-t-il rappelé à chacune les limites de ses compétences : le Gouvernement définit et conduit la politique de la Nation, le Parlement légifère et contrôle l'action gouvernementale ; les Cours et Tribunaux disent le Droit. Toujours au plan institutionnel, après avoir relevé la mise en place des institutions provinciales, il s'est appesanti sur la question sécuritaire. « A cet égard, notre tâche est loin d'être achevée, et nous n'aurons de répit tant que la moindre parcelle de terre de ce pays-continent sera l'otage de hors-la-loi », a-t-il relevé en faisant naturellement allusion aux groupes armés nationaux et étrangers. Dont celui de Laurent Nkunda qui entretient dans deux territoires sur les 145 que compte le pays des foyers de tension. « Dans ces deux territoires, un général déchu continue de semer la mort et la désolation parmi la population innocente, obligée de quitter champs et villages et de se réfugier dans des camps de déplacés, exposant femmes et enfants à l'insécurité et à la précarité », a-t-il fait remarquer en prenant l'engagement d'en finir à tout prix. « Ce sera bientôt chose faite, quoi qu'il en coûte », a-t-il lancé, auréolé par les succès militaires en cours des Fardc dont il a salué le courage. Toujours au plan institutionnel, le chef de l'Etat a fait un triomphe lorsqu'il a abordé la question d'impunité et de révision constitutionnelle. S'agissant de l'impunité, il est d'avis qu'« Il est temps que cesse l'ironie du sort qui veut qu'aujourd'hui dans ce pays le criminel, parce que riche ou politiquement bien connecté, attende plus sereinement un verdict que la victime, car démunie, peu connue ou sans possibilité de trafic d'influence ». En ce qui concerne la révision, c'est dans un tonnerre d'applaudissements qu'il a mis tout le monde en garde « contre la tentation de vouloir régler tout disfonctionnement éventuel des institutions par une révision constitutionnelle » ; la modification de la loi fondamentale ne se justifiant qu'en cas d'extrême nécessité.
Bilan de l'An 1
Au plan des infrastructures, Joseph Kabila a retenu pour l'année 2007 l'affectation d'importantes ressources à l'amélioration de la desserte en eau dans plusieurs villes et grands centres urbains (Kinshasa comprise), la réflexion entamée sur la problématique de l'énergie électrique suivie de la réhabilitation de plusieurs centrales, les actions engagées pour l'exploitation pétrolifère, la préservation de l'environnement, les travaux de sauvegarde et de réhabilitation sur la voirie primaire et sur les tronçons routiers nationaux et provinciaux, la réhabilitation des écoles et des formations médicales. Au plan socioéconomique, il a mis en exergue les réformes entamées dans le secteur minier, l'engagement de l'Etat dans les domaines de la santé et de l'éducation, dans l'encadrement de la jeunesse et dans le soutien aux activités culturelles et sportives, non sans souligner les « grandes déceptions (…) enregistrées dans le secteur des Sports, du fait de la contre-performances de nos athlètes ». Il s'est prononcé aussi sur l'Emploi et sur le Salaire avant de tirer la déduction selon laquelle « Une embellie a (…) été enregistrée, en termes de pouvoir d'achat, avec la stabilisation du cadre macro-économique, mais aussi en termes réels, pour les fonctionnaires et agents de l'Etat, l'enveloppe globale des salaires ayant doublé en moins d'un an, passant de 18 à 36 milliards de francs congolais ». C'est là qu'une autre salve d'applaudissements l'a accueilli quand il va déclarer d'un trait : « Ce n'est pas encore Mbudi, mais on s'en rapproche ». Modeste comme il sait l'être, il a admis lui-même que ces préalables « à l'amélioration durable des conditions sociales des populations sont loin d'être entièrement remplis » ; les fondations ayant été posées sur un terrain qui vient juste de subir un défrichage. « Des fondations en béton armé, fort heureusement », a-t-il lancé une fois de plus. Aussi, du bilan, il a clairement déclaré que « L'année écoulée n'a donc pas été perdue ; les sacrifices consentis ne l'ont pas été en vain ».
Les projets « chinois »
A partir de cette deuxième année, la priorité est fixée : construction et modernisation des infrastructures de base. Il a rappelé pour ce faire l'engagement qu'il avait pris dans son discours d'investiture, celui de promouvoir une diplomatie de développement. A ce sujet, il s'est prononcé pour la première fois sur les accords dits chinois qu'il va décliner en cinq points. Primo : les 5 Chantiers sont « un contrat passé avec le peuple ». Il y a donc obligation de résultat. Secundo : l'assainissement du cadre macro-économique. Cependant, même si elles sont en nette progression, les recettes internes sont dramatiquement insuffisantes. Tertio : l'apport des partenaires traditionnels. Bien que fort appréciable, il ne répond pas aux besoins urgents pour deux raisons : la prise en compte de cet apport dans le calcul du déficit de financement à combler et la longue procédure de décaissement. Quarto : l'objectif « Point d'achèvement initiative Ppte ». Quinto : la disponibilité des institutions financières chinoises et les besoins de la Chine en ressources minières. « En échange de concessions minières, exploitées en partenariat avec des entreprises publiques congolaises, donnant de l'emploi aux Congolais et produisant de la valeur ajoutée localement, les banques chinoises acceptent de contribuer au financement de nos cinq chantiers. Pour la première fois dans Notre Histoire, le peuple congolais pourra enfin voir à quoi aura servi son cobalt, nickel ou cuivre », a dit le chef de l'Etat avant de citer quelques projets prioritaires. A-t-il fermé pour autant la porte du Congo aux autres investisseurs ? Pas du tout. Soulignant que les contrats « chinois » ont été conclus en toute transparence, il a ajouté : « …nous sommes prêts à conclure des accords similaires avec d'autres partenaires ».
Déclaration de foi
Tout en se réjouissant de ces accords, il a souligné la portée inestimable de l'apport national de sorte que uni, l'ensemble du peuple congolais mette fin à la pauvreté. Et pour cause ! « La pauvreté et la précarité n'ont ni couleur politique, ni appartenance ethnique. Elles ne sont ni de gauche, ni de droite, ni du pouvoir, ni de l'opposition. Le combat pour les abattre ne saurait donc s'accommoder de camps ou de clans. Encore moins d'une quelconque complaisance », a-t-il fait valoir, convaincu que l'indiscipline est la cause de l'échec, et généralement l'indiscipline génère des catastrophes. Aussi, a-t-il pris pour cette nouvelle année l'engagement de « veiller au fonctionnement régulier des institutions, au respect des droits de l'homme, à la restauration de l'autorité de l'Etat, ainsi qu'à l'application stricte des lois et règlements », mais aussi de ne ménager aucun effort dans la lutte contre les trois grands fléaux que sont l'impunité, l'immoralité et la corruption. En mot de la fin, répondant lui-même à la question de savoir ce que l'on peut conclure au regard du chemin parcouru, Joseph Kabila a fait cette déclaration de foi : « La Nation congolaise se porte mieux qu'il y a un an, beaucoup mieux qu'il y en a quinze, et son état s'améliore chaque jour davantage ». Fait remarquable : de bout en bout, Opposition et Majorité parlementaires ont communié dans une ambiance tellement confraternelle que les sceptiques et défaitistes congolais et étrangers jusque-là convaincus que rien de bon ne peut sortir du Congo entendront longtemps, mais alors longtemps Joseph Kabila dire : « Ils ne connaissent pas l'âme du congolais ». (Texte intégral en pages suivantes)
Omer Nsongo die Lema