*Marche
des chrétiens, mais avant tout une organisation des laïcs. Et parmi les
laïcs, des personnalités qui aujourd'hui oubliées au profit des
politiciens plus opportunistes.
*Pierre Lumbi, actuel ministre des Travaux publics, Infrastructures et
Reconstruction, est la cheville ouvrière de cette marche qui portait la
marque de ses stratégies.
*Honoré Ngbanda épinglé comme artisan principal de la répression
sanglante en sa qualité de ministre de la Défense nationale dans le
gouvernement Nguz.
*En suspendant les travaux de la Conférence Nationale, Nguz oubliait
que pour un gouvernement impopulaire comme le sien, c'était un
véritable suicide politique
La
marche des chrétiens avait eu lieu il y a 16 ans. Ses organisateurs
sont vivants, hormis François Kandolo qui a quitté la terre des hommes
sur la pointe de pieds et dans l'anonymat. L'initiative de cette marche
vient des chrétiens catholiques à la suite de la suspension des travaux
de la Conférence Nationale souveraine. Personne n'y croyait ses
oreilles lorsque le Premier ministre de l'époque, Jean Nguz Kar i Bond
prend la parole à la télévision nationale. Il dénonce la dérive de la
Conférence nationale qui, selon lui, était en voie de se transformer en
un coup d'Etat civile. Après avoir pleinement informé le chef de
l'Etat, dira-t-il, je prends la décision de fermer « avec force les
travaux de la Conférence nationale ».
Le premier ministre avait-il minimisé la portée d'une
telle décision ? Apparemment oui. Car, pour les Congolais, cette
conférence était comme on disait, le forum de la dernière chance.
Personne ne voyait une autre issue à la crise congolaise en dehors de
ce forum.
Le premier ministre lui-même était assis sur une
impopularité qui faisait qu'il gouvernait par défi contre la volonté de
la majorité des Congolais. C'est donc par défi qu'il suspendra la
Conférence nationale. Pour rappel, Nguz Kar i Bond est devenu premier
ministre à la suite des négociations du Palais de marbre II. Le Palais
de marbre I avait choisi comme premier ministre Etienne Tshisekedi. Au
moment de prêter serment, le leader de l'opposition biffe certaines
mentions, dont celle sur la qualité de garant de la nation reconnue au
chef de l'Etat, avant de signer le Pv de prestation de serment. Six
jours après, Tshisekedi est démis de ses fonctions après de vaines
tentatives de lui faire signer un autre document non raturé. Mungul
Diaka est nommé Premier ministre.
Il se donne comme mission de faire oublier l'opposition
de la 12 ème rue. Vingt-neuf jours après, il est démis de ses fonctions
en acceptant le poste de gouverneur de la ville de Kinshasa,
l'opposition ayant accepté de renégocier avec Mobutu. C'est au cours de
ce deuxième épisode des Palais de marbre que Nguz sera désigné Premier
ministre dans un tollé de protestations.
Les raisons de ne pas aimer la Cns
La Conférence nationale fortement dominée par les
tshisekedistes n'épargne pas le Premier ministre qui avait toutes les
raisons personnelles d'arrêter cette machine politique de
diabolisation. La Conférence nationale est dirigée par un Evêque, Mgr
Monsengwo au top de la popularité. Suspendre les travaux de la
Conférence, c'était faire injure à ce prélat catholique. A travers
Monseigneur Monsengwo, c'est toute l'Eglise catholique qui se sentait
visée.
A tout cela, il faut prendre en compte l'impopularité
du président de la République, le maréchal Mobutu que beaucoup dans
l'opinion voyaient derrière cette décision du Premier ministre.
Suspendre la Conférence nationale était donné à Mobutu une voie de
sortie. Car, pour beaucoup, ce forum était la seule occasion de faire
partir Mobutu.
Il y a enfin, l'environnement international. La
réussite de la Conférence nationale de Bénin a fait des émules. On
pensait donc que c'était la meilleure façon de régler les problèmes de
légitimité du pouvoir en mettant fin au règne des partis uniques. En
suspendant la Conférence nationale de la Rdc , Nguz Kar i Bond n'avait
pas pensé à tout cela. La première réaction viendra des chrétiens.
Qui sont-ils ces chrétiens ?
On connaît les personnalités qui s'affichaient comme
catholiques engagés. Mais ce ne sera pas d'eux que viendra
l'organisation de cette marche. On retrouve aux avants postes de cette
organisation un homme venant du Kivu. A l'époque, on le connaissait à
peine comme responsable d'une Ong dénommé « Solidarité paysanne ».
Pierre Lumbi, puisque c'est de lui qu'il s'agit, actuel ministre des
Travaux Publics, se fait remarquer déjà au moment où l'ouverture de la
Conférence nationale se faisait attendre à cause des manœuvres
diverses. Il organise avec une partie de la société civile une grève de
la faim à l'Hôtel Invest de la Rtnc. C 'était la première manifestation
de soutien à la Conférence nationale souveraine. Quand Nguz suspend les
travaux de ce forum, on retrouve Pierre Lumbi dans le cadre du Comité
laïc de Coordination. C'est lui et François Kandolo qui signent le
communiqué appelant les chrétiens à descendre dans la rue le 16 février.
Dans les différentes paroisses, le stratège comité laïc
de coordination installe des comités de sensibilisation. Le 16 février,
la mobilisation était totale. Il était prévu que chaque doyenné se
rende à un point de ralliement où un message devrait être lu à
l'intention de tous les chrétiens. De tous les doyennés, seulement à
Sainte Thérèse que le mot d'ordre avait été respecté. La marche avait
eu lieu jusqu'à la place Sainte Thérèse où le message avait été lu.
Ailleurs, les politiciens ont amené les manifestants vers la Place
Victoire.
La répression
Lorsqu'on voyait la foule compacte qui venait de
Kingasani et qui se dirigeait vers le centre ville, il ne fallait pas
être un devin pour comprendre que Mobutu ne laisserait pas faire ce qui
avait les allures d'une révolution orange. Effectivement, la réaction
ne se fera pas attendre. La foule qui venait de Kingasani est arrêtée
au niveau du pont N'Djili sur le boulevard Lumumba. Des soldats armés
jusqu'aux dents, dans des jeeps roulant à tombeau ouvert, sans
sommation, tireront sur la foule. Panique générale. Apparemment, les
manifestants ne s'y attendaient pas. Ils n'y étaient pas préparés.
C'est le côté sombre de cette organisation.
La panique des manifestants sera à la mesure de leur
ignorance des méthodes de la répression du régime. La répression est
finalement généralisée. Les différents coins de la capitale connaissent
des victimes. Combien ? C'est le mystère. On ne saura jamais cette
répression avait fait combien de victimes. On l'aurait su avec
l'initiative de transformer l'église Saint Joseph à Matonge en chapelle
ardente. Mais, quelques heures après, des soldats armés jusqu'aux
dents, avaient pris d'assaut l'église emportant tous les cadavres qui
étaient exposés.
La responsabilité
Pour le commun des mortels, le responsable, c'est Nguz
et à travers lui, c'est Mobutu. Mais les deux ont agi à travers Honoré
Ngbanda alors ministre de la Défense. Ce dernier s'est toujours
déchargé sur le ministre de l'Intérieur qui avait requis des forces
combattantes dès le moment où les forces de police étaient débordées.
Dans l'opinion, Honoré Ngbanda a vu se confirmer son sobriquet de
Terminator.
Des leçons à tirer
L'Eglise s'était retrouvée devant un fait accompli en
constatant que la marche qu'elle avait projetée était détournée de son
sens. Dans la suite, l'Eglise s'est montrée prudente quant aux actions
pouvant avoir de connotations politiques.
En clair, l'Eglise a pris ses distances avec les
politiques. Ce changement d'attitudes est de beaucoup dans le désaveu
de Mgr Monsengwo qui se verra défenestré de la tête du Haut Conseil de
la République, Parlement de transition par la coalition des mobutistes
et des tshisekedistes. Lorsqu'on voit comment Joseph Kabila a laissé
faire le Dialogue intercongolais en dépit du discours
intentionnellement provocateur, on peut dire que la dictature avait
quitté le Congo définitivement le 17 mai 1997.
J. Diana G.