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CONGO MON AMOUR
samedi 16 février 2008, a 05:15
Honoré Ngbanda et la Marche des chrétiens du 16 février 1992 : les leçons d’un événement politiqu



*Marche des chrétiens, mais avant tout une organisation des laïcs. Et parmi les laïcs, des personnalités qui aujourd'hui oubliées au profit des politiciens plus opportunistes. *Pierre Lumbi, actuel ministre des Travaux publics, Infrastructures et Reconstruction, est la cheville ouvrière de cette marche qui portait la marque de ses stratégies. *Honoré Ngbanda épinglé comme artisan principal de la répression sanglante en sa qualité de ministre de la Défense nationale dans le gouvernement Nguz. *En suspendant les travaux de la Conférence Nationale, Nguz oubliait que pour un gouvernement impopulaire comme le sien, c'était un véritable suicide politique

La marche des chrétiens avait eu lieu il y a 16 ans. Ses organisateurs sont vivants, hormis François Kandolo qui a quitté la terre des hommes sur la pointe de pieds et dans l'anonymat. L'initiative de cette marche vient des chrétiens catholiques à la suite de la suspension des travaux de la Conférence Nationale souveraine. Personne n'y croyait ses oreilles lorsque le Premier ministre de l'époque, Jean Nguz Kar i Bond prend la parole à la télévision nationale. Il dénonce la dérive de la Conférence nationale qui, selon lui, était en voie de se transformer en un coup d'Etat civile. Après avoir pleinement informé le chef de l'Etat, dira-t-il, je prends la décision de fermer « avec force les travaux de la Conférence nationale ».

Le premier ministre avait-il minimisé la portée d'une telle décision ? Apparemment oui. Car, pour les Congolais, cette conférence était comme on disait, le forum de la dernière chance. Personne ne voyait une autre issue à la crise congolaise en dehors de ce forum.

Le premier ministre lui-même était assis sur une impopularité qui faisait qu'il gouvernait par défi contre la volonté de la majorité des Congolais. C'est donc par défi qu'il suspendra la Conférence nationale. Pour rappel, Nguz Kar i Bond est devenu premier ministre à la suite des négociations du Palais de marbre II. Le Palais de marbre I avait choisi comme premier ministre Etienne Tshisekedi. Au moment de prêter serment, le leader de l'opposition biffe certaines mentions, dont celle sur la qualité de garant de la nation reconnue au chef de l'Etat, avant de signer le Pv de prestation de serment. Six jours après, Tshisekedi est démis de ses fonctions après de vaines tentatives de lui faire signer un autre document non raturé. Mungul Diaka est nommé Premier ministre.

Il se donne comme mission de faire oublier l'opposition de la 12 ème rue. Vingt-neuf jours après, il est démis de ses fonctions en acceptant le poste de gouverneur de la ville de Kinshasa, l'opposition ayant accepté de renégocier avec Mobutu. C'est au cours de ce deuxième épisode des Palais de marbre que Nguz sera désigné Premier ministre dans un tollé de protestations.


Les raisons de ne pas aimer la Cns


La Conférence nationale fortement dominée par les tshisekedistes n'épargne pas le Premier ministre qui avait toutes les raisons personnelles d'arrêter cette machine politique de diabolisation. La Conférence nationale est dirigée par un Evêque, Mgr Monsengwo au top de la popularité. Suspendre les travaux de la Conférence, c'était faire injure à ce prélat catholique. A travers Monseigneur Monsengwo, c'est toute l'Eglise catholique qui se sentait visée.

A tout cela, il faut prendre en compte l'impopularité du président de la République, le maréchal Mobutu que beaucoup dans l'opinion voyaient derrière cette décision du Premier ministre. Suspendre la Conférence nationale était donné à Mobutu une voie de sortie. Car, pour beaucoup, ce forum était la seule occasion de faire partir Mobutu.

Il y a enfin, l'environnement international. La réussite de la Conférence nationale de Bénin a fait des émules. On pensait donc que c'était la meilleure façon de régler les problèmes de légitimité du pouvoir en mettant fin au règne des partis uniques. En suspendant la Conférence nationale de la Rdc , Nguz Kar i Bond n'avait pas pensé à tout cela. La première réaction viendra des chrétiens.


Qui sont-ils ces chrétiens ?


On connaît les personnalités qui s'affichaient comme catholiques engagés. Mais ce ne sera pas d'eux que viendra l'organisation de cette marche. On retrouve aux avants postes de cette organisation un homme venant du Kivu. A l'époque, on le connaissait à peine comme responsable d'une Ong dénommé « Solidarité paysanne ». Pierre Lumbi, puisque c'est de lui qu'il s'agit, actuel ministre des Travaux Publics, se fait remarquer déjà au moment où l'ouverture de la Conférence nationale se faisait attendre à cause des manœuvres diverses. Il organise avec une partie de la société civile une grève de la faim à l'Hôtel Invest de la Rtnc. C 'était la première manifestation de soutien à la Conférence nationale souveraine. Quand Nguz suspend les travaux de ce forum, on retrouve Pierre Lumbi dans le cadre du Comité laïc de Coordination. C'est lui et François Kandolo qui signent le communiqué appelant les chrétiens à descendre dans la rue le 16 février.

Dans les différentes paroisses, le stratège comité laïc de coordination installe des comités de sensibilisation. Le 16 février, la mobilisation était totale. Il était prévu que chaque doyenné se rende à un point de ralliement où un message devrait être lu à l'intention de tous les chrétiens. De tous les doyennés, seulement à Sainte Thérèse que le mot d'ordre avait été respecté. La marche avait eu lieu jusqu'à la place Sainte Thérèse où le message avait été lu. Ailleurs, les politiciens ont amené les manifestants vers la Place Victoire.


La répression


Lorsqu'on voyait la foule compacte qui venait de Kingasani et qui se dirigeait vers le centre ville, il ne fallait pas être un devin pour comprendre que Mobutu ne laisserait pas faire ce qui avait les allures d'une révolution orange. Effectivement, la réaction ne se fera pas attendre. La foule qui venait de Kingasani est arrêtée au niveau du pont N'Djili sur le boulevard Lumumba. Des soldats armés jusqu'aux dents, dans des jeeps roulant à tombeau ouvert, sans sommation, tireront sur la foule. Panique générale. Apparemment, les manifestants ne s'y attendaient pas. Ils n'y étaient pas préparés. C'est le côté sombre de cette organisation.

La panique des manifestants sera à la mesure de leur ignorance des méthodes de la répression du régime. La répression est finalement généralisée. Les différents coins de la capitale connaissent des victimes. Combien ? C'est le mystère. On ne saura jamais cette répression avait fait combien de victimes. On l'aurait su avec l'initiative de transformer l'église Saint Joseph à Matonge en chapelle ardente. Mais, quelques heures après, des soldats armés jusqu'aux dents, avaient pris d'assaut l'église emportant tous les cadavres qui étaient exposés.


La responsabilité


Pour le commun des mortels, le responsable, c'est Nguz et à travers lui, c'est Mobutu. Mais les deux ont agi à travers Honoré Ngbanda alors ministre de la Défense. Ce dernier s'est toujours déchargé sur le ministre de l'Intérieur qui avait requis des forces combattantes dès le moment où les forces de police étaient débordées. Dans l'opinion, Honoré Ngbanda a vu se confirmer son sobriquet de Terminator.


Des leçons à tirer


L'Eglise s'était retrouvée devant un fait accompli en constatant que la marche qu'elle avait projetée était détournée de son sens. Dans la suite, l'Eglise s'est montrée prudente quant aux actions pouvant avoir de connotations politiques.

En clair, l'Eglise a pris ses distances avec les politiques. Ce changement d'attitudes est de beaucoup dans le désaveu de Mgr Monsengwo qui se verra défenestré de la tête du Haut Conseil de la République, Parlement de transition par la coalition des mobutistes et des tshisekedistes. Lorsqu'on voit comment Joseph Kabila a laissé faire le Dialogue intercongolais en dépit du discours intentionnellement provocateur, on peut dire que la dictature avait quitté le Congo définitivement le 17 mai 1997.


J. Diana G.

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Commentaires
#1
jmwana mboka écrit le lundi 25 février 2008, A 11:19
Ngbanda mérite la mort pour cause: la date du 16 fevrier

Mwana mboka
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