*
On ne peut pas retenir dans le chef du Pouvoir quelque volonté de
pratiquer la mauvaise gouvernance. Il se fait seulement que les efforts
de promouvoir la bonne gouvernance sont annihilés par une politique de
communication pour le moins déficitaire. L'admettre, c'est déjà faire
preuve de courage politique, et faire preuve de courage politique se
concrétise par l'autocritique qui, elle, traduit la détermination de
faire mieux…
* Au demeurant, toute la campagne de dénigrement actuellement menée
contre le chef de l'Etat s'explique. En effet, l'Opposition a
conscience des difficultés avec lesquelles elle passera son message dès
que les grands travaux inscrits dans le cadre des 5 Chantiers auront
démarré. Ces chantiers débutent, sauf imprévu, fin mars-début avril
2008. C'est pour bientôt… * Pour les instigateurs de cette campagne,
les travaux doivent être retardés autant que possible ; autrement,
c'est leur arrêt de mort. Conséquence : il faut tout noircir, tout
diaboliser en prétextant de la mauvaise gouvernance, question de
refroidir les Occidentaux…
Le
Congo vit actuellement une guerre implacable qui ne dit pas son nom :
celle de la survie du discours de l'Opposition par rapport au démarrage
des 5 Chantiers. Dans son message de Nouvel An, Joseph Kabila en a fixé
la période : fin premier trimestre 2008. En clair : fin mars-début
avril prochain. Dans une quarantaine de jours.
Si le go est donné pour les grands travaux nécessités
par les infrastructures de base – notamment les routes, les chemins de
fer, les ports, les aéroports, les écoles, les centres de santé, les
stations d'épuration d'eau ou bornes fontaines, les centrales
hydroélectriques et les cités résidentielles – il sera effectivement
pénible pour l'Opposition de passer dans l'opinion nationale tout
discours anti-Kabila. En effet, le peuple ne comprendra pas que l'on
puisse s'en prendre à l'homme qui, pour la première fois en 48 ans
(bientôt) d'Indépendance, leur aura prouvé « à quoi aura servi son
cobalt, nickel ou cuivre ! ». Le danger se situant précisément-là,
toute la campagne de dénigrement actuellement menée contre le chef de
l'Etat y trouve toute son explication. Pour ses instigateurs, il ne
faudrait absolument pas que les chantiers démarrent au risque de signer
leur arrêt de mort. Alors, il faut tout noircir, tout diaboliser…
Naturellement, face à une politique de communication
pour le moins déficitaire, ils pensent réussir leur coup en semant le
doute dans la capacité du Président de la République d'instaurer la
bonne gouvernance, ce vocable « fétichiste » venu s'ajouter à la
terminologie politique congolaise, fort prisée des Occidentaux,
constituée d'expressions genre « changement », « radical », « forces
progressistes », « forces conservatrices », « mouvance
présidentielle », …
Vous avez dit « communicateurs du Pouvoir »
Recommandée essentiellement par les partenaires
extérieurs et appliquée généralement sur la gestion des prêts et dons
émanant des bailleurs de fonds, elle est devenue une sorte d'unité de
mesure pour évaluer la bonne gestion des finances publiques et des
ressources économiques tout comme des droits de l'homme.
Résultat : les efforts gigantesques déployés par le
Pouvoir ou le Gouvernement sont minimisés, voire banalisés ; par
contre, les ratages même normaux en matière de gestion de l'Etat sont
surdimensionnés.
A lui seul, la chronologie des faits suivante est éloquente. Rien qu'au
cours de ces 15 derniers jours (du 5 au 20 février 2008), ces efforts
ont été enregistrés dans plusieurs domaines, allant de la politique à
l'économie en passant par le social. Pêle-mêle ces quelques preuves :
5
février, la base de Kengezi située à Bunia est repassée sous l'autorité
congolaise après dix ans de présence soudanaise ! Pas un seul coup de
fusil n'a été tiré ; la solution ayant été trouvée par voie
diplomatique. Les communicateurs du Pouvoir ne l'ont même pas relevé ;
5
février, une feuille de route établie par le Pouvoir a été remise aux
nouveaux mandataires pour l'amélioration de la gestion du Portefeuille.
Les communicateurs du Pouvoir ne l'ont pas suffisamment relevé.
7
février, le trafic routier a repris entre Kisangani et Bunia, Isiro,
Beni et Butembo. Les communicateurs du Pouvoir ne l'ont pas
suffisamment relevé.
11
février, l'électricité a été rétablie à Lubumbashi après 14 jours
d'interruption. Les communicateurs du Pouvoir n'y ont pas prêté
l'attention nécessaire.
12
février, Joseph Kabila a mis en place le Comité de pilotage pour
l'éradication des groupes armés étrangers. Les communicateurs du
Pouvoir ne l'ont pas relevé.
13
février, il a été organisé à l'attention de l'armée et de la police
nationales un programme de lutte contre les violences faites aux
femmes. A peine les Communicateurs du Pouvoir y ont fait allusion.
13
février, une délégation sud-africaine a séjourné à Lubumbashi pour la
construction imminente de « Lwano City ». Les communicateurs du Pouvoir
y ont à peine fait allusion.
14
février, l'hôtel de ville de Kinshasa a réceptionné des nouveaux taxis
et bus pour le transport en commun. Les communicateurs du Pouvoir n'en
ont pas fait le suivi.
14
février, il a été procédé au lancement du programme de réforme de la
police nationale. Les communicateurs du Pouvoir n'y ont presque pas
fait cas.
15
février, la RDC et le Pnud ont signé un accord sur la bonne gouvernance
2008-2012 pour un montant de Usd 390 millions. Les communicateurs du
Pouvoir n'y ont pas fait cas.
15
février, il a été annoncé le retour progressif à la vie normale à
Rutshuru. Les communicateurs du Pouvoir n'y ont prêté l'attention
nécessaire.
16
février, un accord a été signé entre la ville de Kinshasa et Ned Bank
pour la gestion des immondices. Les communicateurs du Pouvoir en ont à
peine parlé.
18
février, il a été procédé à la réception du jardin botanique de Kisantu
réhabilité avec le concours de l'Union européenne. Les communicateurs
du Pouvoir n'y ont pas prêté l'attention nécessaire.
18
février, au Bandundu, une société d'exploitation forestière s'est
engagée dans les œuvres sociales. A peine les communicateurs du Pouvoir
l'ont relevé.
19
février, Beni a connu la reprise du trafic sur la route de Niania avec
ses 450 km complètement achevés. A peine encore les communicateurs du
Pouvoir en parlent.
hier
mercredi 20 février 2008, Kindu a enregistré la reprise du trafic
ferroviaire avec Kalemie. Les communicateurs du Pouvoir l'ignorent
superbement…
Preuve de bonne gouvernance
A dire vrai, il en a toujours été ainsi. Ou presque :
les grandes actions subissent une couverture médiatique au rabais. A
peine quelques initiatives, mal soutenues du reste, surgissent ici et
là, et malheureusement vite étouffées. Pourtant :
depuis
l'avènement de Joseph Kabila à la magistrature suprême en janvier 2001,
il n'a plus jamais été enregistré au pays une seule file d'attente aux
stations-service pour crise de carburant, même quand le baril atteint
le seuil fatidique de Usd 100 ! Preuve d'une bonne gouvernance.
bien
que « petit » producteur, le Congo n'a pas à proprement parler de
problème d'approvisionnements en produits pétroliers alors que de gros
producteurs comme le Nigeria éprouvent énormément de difficultés pour
répondre aux besoins des consommateurs locaux ! Preuve d'une bonne
gouvernance.
le taux de croissance qui était de – 7 % en 2000 est passé à + de 6 % sous le mandat Kabila ! Preuve d'une bonne gouvernance.
le
budget de l'Etat congolais est en constante augmentation sous le mandat
Kabila, allant de Usd 300 millions en 2001 à Usd 400 millions en 2002
et, de là, successivement à Usd 500 millions en 2003, Usd 600 millions
en 2004, Usd 750 millions en 2005, Usd 1 milliard en 2006, Usd 1.600
millions en 2007 et Usd 2.200 millions en 2008 ; ce qui fera même dire
au Premier ministre Antoine Gizenga que c'est seulement avec
l'avènement de Joseph Kabila que le Budget de l'Etat est en
accroissement réel en ce qui concerne les ressources internes ». Preuve
d'une bonne gouvernance.
la
monnaie congolaise, en dépit de tous les aléas qu'elle subit, est
restée stable sous la houlette du gouverneur Jean-Claude Masangu. Il y
a lieu de noter que depuis 10 ans – pour la première fois – le pays a
gardé les mêmes signes monétaires alors que sous le régime Mobutu,
singulièrement à l'époque de la Transition, c'est chaque année sinon
tous les six mois qu'on en avait des nouveaux. Preuve d'une bonne
gouvernance.
la
liberté d'expression reste remarquable sous Kabila ; les opposants
disposant de toute la latitude de dire ce qu'ils veulent et ce qu'ils
pensent sur les chaînes de télévision et de radio. Preuve d'une bonne
gouvernance.
la
plupart des journalistes poursuivis en justice le sont plus pour les
infractions relevant du droit commun que pour les délits dits de
presse. Preuve d'une bonne gouvernance.
bon
nombre de journaux paraissent à Kinshasa avec des manchettes qui font
frémir même les diplomates, sans cependant que leurs responsables
soient inquiétés. Preuve d'une bonne gouvernance.
au
Niger, deux journalistes ont été mis aux arrêts pour avoir approché un
mouvement rebelle alors qu'au Congo, des journalistes sont libres
d'interviewer les Nkunda, accompagner même leurs troupes dans des
expéditions militaires contre les Fardc et revenir à Kinshasa sans être
inquiétés. Preuve d'une bonne gouvernance.
la
constante aura marqué la gestion par Kabila de plusieurs crises
surgissant au pays (agression rwando-burundo-ougandaise, rébellion
Rcd-Mlc et Consorts via le Dialogue intercongolais et l'insécurité au
Nord et au Sud-Kivu via la Conférence de Goma). Preuve d'une bonne
gouvernance.
la
recherche de la résolution de la crise des Grands Lacs au travers de la
Conférence internationale sur la Paix , la Sécurité et le Développement
est le trait caractériel dominant chez Kabila. Preuve d'une bonne
gouvernance.
la
revisitation des contrats miniers par voie négociée prônée par Kabila
en lieu et place du fait de prince est aussi la preuve d'une bonne
gouvernance.
Autocritique…
A la lumière de ces faits pris à titre purement
énumératif et non exhaustif, on ne peut pas retenir dans le chef du
Pouvoir quelque intention de pratiquer la mauvaise gouvernance. La
vérité est que la volonté et la capacité de promouvoir la bonne
gouvernance sont annihilées par une politique de communication pour le
moins déficitaire. L'admettre, c'est déjà faire preuve de courage
politique, et faire preuve de courage politique se concrétise par
l'autocritique qui, elle, traduit la détermination de faire mieux.
Simplement.
Omer Nsongo die Lema