L'opposant congolais Jean-Pierre Bemba, suspecté de crimes de guerre en Centrafrique et interpellé fin mai en Belgique, est arrivé aux Pays-Bas pour y être transféré à la Cour pénale internationale (CPI), a indiqué le procureur, l'Argentin Luis Moreno-Ocampo jeudi.
L'ancien rebelle et ex-vice-président de la République démocratique du Congo Jean-Pierre Bemba, exilé au Portugal après sa défaite à la présidentielle de 2006, va terminer son flamboyant parcours dans les geôles de la Cour pénale internationale (CPI) près de La Haye.
Le chef du Mouvement de libération du Congo (MLC, une ex-rébellion muée en parti politique) a été transféré jeudi de Bruxellles, où il avait été arrêté le 24 mai par les autorités belges qui exécutaient un mandat d'arrêt du procureur de la CPI pour des crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis en Centrafrique entre le 25 octobre 2002 et le 15 mars 2003, à La Haye.
A l'époque, le MLC était allé appuyer le régime du président centrafricain d'alors, Ange-Félix Patassé, pour écraser une tentative de coup d'Etat du général François Bozizé, qui parviendrait plus tard à s'emparer du pouvoir.
M. Bemba, un colosse de 1,90 m âgé de 45 ans et qui aspirait à devenir le « porte-parole de l'opposition » congolaise, vivait plus d'un an au Portugal, dans une luxueuse villa de Faro (sud), où il se disait « en exil forcé ». Il avait quitté Kinshasa sous escorte blindée de l'Onu dans la nuit du 11 avril 2007, quelques semaines après de sanglants combats entre l'armée congolaise et sa garde rapprochée, qui avait été totalement défaite.
Après son échec au second tour de la présidentielle d'octobre 2006 contre Joseph Kabila, M. Bemba s'était engagé à conduire une « opposition républicaine ». Mais, élu sénateur en janvier 2007, il avait refusé de voir ses soldats, pour la plupart natifs de sa région de l'Equateur, regagner les rangs de l'armée nationale, estimant que sa sécurité n'était pas garantie. Après des semaines de tension extrême, des combats avaient éclaté les 22 et 23 mars 2007 en plein coeur de Kinshasa, faisant au moins 300 morts selon l'Onu. Le gouvernement l'avait alors accusé d'entretenir une « milice » et le parquet général avait initié une information judiciaire contre lui.
L'enfant chéri de Kinshasa contre M. Kabila en promettant de « rendre sa souveraineté au Congo », avait finalement pris le chemin de l'exil. Né le 4 novembre 1962 à Bogada, dans la région forestière de l'Equateur, M. Bemba est le fils d'un riche homme d'affaires proche de l'ancien dictateur zaïrois Mobutu Sese Seko.
Après ses études en Belgique, notamment à l'ICHEC, il dirige les entreprises familiales. Touche à tout, il se lance à son compte dans la téléphonie mobile, le fret aérien, crée deux chaînes de télévision. Mais le « Mobutu miniature », tel que le surnommait la rue kinoise, quitte brusquement la capitale en 1997 après l'arrivée au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila, père de l'actuel président.
Il dirige pendant la dernière guerre en RDC (1998-2003) une rébellion soutenue par l'Ouganda et crée, le MLC, pour renverser le régime de Kabila père. Il garde une grande fierté de ses « années de brousse » en Equateur (région frontalière de la Centrafrique) où le MLC régnait en maître.
A la fin de la guerre, ce personnage controversé, réputé autoritaire et audacieux, obtient un des quatre postes de vice-président au sein du gouvernement de transition de RDC. En 2006, il apparaît dès le début de la campagne électorale comme l'adversaire le plus sérieux de Joseph Kabila, arrivé au pouvoir en 2001 à la mort de son père.
Après une campagne de second tour émaillée de violences et où ses partisans entretiennent un discours de haine contre les étrangers, il est battu au second tour par le sortant avec un score très honorable de près de 42%. Plus d'un an après son départ de Kinshasa, M. Bemba envisageait d'y revenir pour briguer le poste de porte-parole de l'opposition politique. Ses proches lui avaient même trouvé une coquette villa et il affirmait que son retour n'était plus conditionné qu'à la bonne volonté du président Kabila.
Le transfèrement jeudi de l'opposant congolais Jean-Pierre Bemba, suspecté de crimes de guerre en Centrafrique et arrêté le 24 mai en Belgique, à La Haye était attendu, a indiqué l'un de ses avocats, Me Aimé Kilolo Musumba.
AVOCAT DE BEMBA : « LE TRANSFEREMENT DE MON CLIENT ETAIT ATTENDU »
Le transfèrement jeudi de l'opposant congolais Jean-Pierre Bemba, suspecté de crimes de guerre en Centrafrique et arrêté le 24 mai en Belgique, à La Haye était attendu, a indiqué l'un de ses avocats, Me Aimé Kilolo Musumba.
« Ce n'est pas une surprise. La décision de mise en accusation est devenue définitive et exécutoire depuis l'arrêt de la Cour de cassation », a-t-il déclaré, interrogé par l'agence Belga.
La cour de cassation, la plus haute juridiction belge, avait rejeté mardi deux pourvois formés par M. Bemba, contre deux arrêts de la chambre des mises en accusation de Bruxelles qui avaient confirmé son maintien en détention.
Les avocats de M. Bemba avaient obtenu de la justice belge une suspension du transfèrement durant le week-end du 21 au 22 juin du sénateur Jean-Pierre Bemba, au siège de la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye. Les avocats avaient saisi en référé le président du tribunal de première instance de Bruxelles, qui avait décidé d'interdire le transfèrement de M. Bemba à La Haye tant que la procédure devant la Cour de cassation n'avait été tranchée.
« En vertu de la loi belge du 29 mars 2004, relative à la coopération avec la CPI et les tribunaux pénaux internationaux, M. Bemba pouvait obtenir une mise en liberté provisoire indépendamment même de la question de la validité du mandat d'arrêt.
Le transfèrement de M. Bemba sera maintenant pour nous une occasion de nous rendre directement à La Haye et de présenter les éléments de défense qui permettront d'établir que la responsabilité pénale de M. Bemba n'est engagée dans cette affaire », a expliqué l'avocat.
« M. Bemba a un moral très bon et reste très serein », a encore dit Me Kilolo Musumba, qui a rendu visite à son client mercredi soir à la prison de Saint-Gilles en vue de son transfèrement.
L'ancien vice-président de la République démocratique du Congo (RDC) peut encore caresser l'espoir d'obtenir sa mise en liberté par la CPI pendant la poursuite de la procédure internationale.
L'ex-chef rebelle et vice-président congolais est poursuivi par la CPI pour des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, dont des viols et des meurtres, commis par ses hommes en Centrafrique en 2002 et 2003. Il était en détention à la prison de Saint-Gilles depuis son interpellation le 24 mai à Rhode-Saint-Genèse en vertu du mandat d'arrêt international émis par la CPI