Le
président de la ligue centrafricaine des droits de l'homme, ligue qui
avait porté plainte contre Jean-Pierre Bemba Gombo, est mort samedi
dans un accident de circulation. Selon les informations en notre
possession, il est allé au nord de la RCA en vue de recueillir d'autres
témoignages sur le dossier des exactions contre les populations
centrafricaines, lorsque sa voiture a heurté un gros véhicule de
marchandises. Le chauffeur du gros véhicule est aux arrêts. Une enquête
est ouverte.
Qui a tué Me Goungaye et quelle est la conséquence de cette mort sur le dossier JP Bemba Gombo.
La date du lundi 29 décembre 2008 était prévue comme celle à laquelle
la Cour devrait fixer l'opinion sur l'audience de confirmation des
charges contre le sénateur congolais, JP Bemba. La décision est tombée
effectivement lundi. L'audience de confirmation des charges aura lieu
du 12 au 15 janvier 2009. Sans doute que l'un des juges retenus pour
des raisons familiales aura fini ses vacances. Au moment où on
attendait beaucoup de son principal accusateur, Me Goungaye Wanfiyo, le
président de la ligue Centrafricaine des droits de l'homme, ce dernier
vient de mourir dans un accident de circulation. Le décès du président
de la ligue centrafricaine est intervenu samedi soir, dans un accident
de voiture.
Une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances exactes de
ce drame. Me Goungaye Wanfiyo présidait depuis quatre ans aux destinées
de la ligue centrafricaine des droits de l'homme. L'homme était connu
pour son franc parler et ses prises de positions à l'encontre des
exactions commises par divers groupes armés sur la population au
nord-ouest du pays. Sa ligue est à la base de la plainte contre le
sénateur congolais, JP Bemba, leader du Mlc qui est actuellement écroué
à la Haye dans une des prisons de la Cour pénale internationale. Il
nous revient que Me Goungaye s'était rendu au nord de la Rca en vue de
recueillir davantage de témoignages sur les exactions que les soldats
centrafricains et les hommes du Mlc avaient fait subir aux populations
de cette partie de la République centrafricaine. C'est donc en plein
travail, en prévision de la prochaine audience, l'avocat centrafricain
s'activait au point que la mort l'a surpris.
Qui a tué Goungaye ?
Comme on devrait s'y attendre, cette mort est suspecte. On apprend que
le chauffeur du grand véhicule contre lequel la voiture dans laquelle
se trouvait le président de la ligue centrafricaine des droits de
l'homme est allée se heurter mortellement est mis aux arrêts. C'est la
preuve que les enquêteurs centrafricains eux aussi soupçonnent un
accident criminel. La question que l'on se pose dans cette éventualité
c'est celle de savoir qui pouvait en vouloir à l'avocat au point de lui
vouloir la mort.
Lorsqu'on sait que l'homme n'est pas en odeur de sainteté avec le
pouvoir de son pays qu'il dérange, le doigt accusateur est vite pointé
vers le pouvoir centrafricain. On part du fait qu'il y a quelques jours
seulement, l'avocat était interpellé pour ses attaques contre le régime
Bozize. L'autre élément qui milite en faveur de l'accusation des
autorités centrafricaines, c'est que beaucoup de personnes du côté du
président Bozize se sentiraient menacées par l'activisme du président
de la ligue centrafricaine des droits de l'homme.
Rappelons que lors de la première intervention des hommes du Mlc pour
secourir le régime Patassé, l'actuel chef de l'Etat était chef d'Etat
major de l'armée centrafricaine.
A ce titre, ses hommes, aux côtés des hommes de JP Bemba, auraient
participé aux exactions que l'on dénonce et sur lesquelles l'avocat et
président de la ligue centrafricaine des droits de l'homme enquêtait.
Lorsqu'on sait qu'après JP Bemba, une certaine opinion commençait à
s'impatienter en voyant que les auteurs centrafricains de ces exactions
n'étaient pas encore inquiétés.
Le dialogue centrafricain, pense-t-on, en vue de la réconciliation
nationale, a motivé la décision du président de la ligue à rouvrir,
sinon à dépoussiérer le dossier des auteurs centrafricains des
exactions. Cela peut paraître comme une provocation. Pas étonnant que
Me Goungaye soit sacrifié à l'autel de la réconciliation nationale
centrafricaine. Il semble que lorsqu'on doit sacrifier une poule ou un
mouton, on choisit toujours le mouton ou la poule rebelle. Par ce fait,
pense-t-on, on se débarrasse de l'élément perturbateur de la paix
sociale.
Un vrai accident c'est aussi possible
En Afrique, il n'y a pas de mort sans cause. C'est pourquoi, après
chaque décès, on organise le « kinzonzi » pour chercher et trouver la
cause de la mort et en déterminer les auteurs. C'est une occasion pour
les vivants de prévenir d'autres occasions de décès. La pratique est de
mise même dans la vie politique moderne. Lorsqu'un dignitaire du régime
meurt, c'est Dieu qui le punit pour ses crimes et ses injustices contre
la population. Si c'est un opposant qui meurt, c'est le pouvoir qui l'a
tué. C'est comme si, s'il n'y avait pas de pouvoir, les opposants -
dans le cas où ils pouvaient exister en dehors de l'existence du
pouvoir – ne mourraient jamais.
C'est
pour dire que l'accident dans lequel est mort le président de la ligue
centrafricaine des droits de l'homme peut être - sauf si l'enquête
prouve le contraire - un accident ordinaire comme on en connaît sur des
routes africaines. C'est malheureusement difficile à faire accepter.
Même si une enquête est diligentée, il y a peu de chance que ses
conclusions soient acceptées. Sauf, dans une certaine mesure, si on
fait appel à des enquêteurs extérieurs au pays du crime et de la
victime.
Dans ce genre d'enquête généralement, il y a plus de supposition,
d'équilibrisme et d'accusations en demi mots qui laissent l'opinion
dans le doute (nuisible au pouvoir en place) que qui aident à
l'éclatement de la vérité attendue. Même après enquête, les suspicions
continueront à peser sur le pouvoir en place. Car, sur ce continent,
même si tout le monde aspire au pouvoir, on développe un curieux
sentiment selon lequel le pouvoir serait « diabolique » et l'opposition
ne serait que « saint ».
Quelle conséquence sur le dossier JP Bemba ?
Comme souligné plus haut, la ligue centrafricaine des droits de l'homme
est un d'importants accusateurs de JP Bemba. On peut dire que la ligue
centrafricaine des droits de l'homme est une personnalité morale. La
disparition de son président peut être sans conséquences pour le procès
JP Bemba. Cependant, il faut tenir compte d'une réalité selon laquelle,
Me Goungaye avait fait de cette affaire contre le sénateur congolais,
une affaire personnelle. A ce titre, on ne voit personne d'autre
s'investir dans ce dossier avec la même passion. Le fait qu'il soit
mort est un élément important pour réduire les ardeurs d'un éventuel
successeur.
On peut donc dire que le dossier Bemba pourrait connaître une évolution
sensible en faveur du sénateur, leader du Mlc. On est en droit de le
croire dans la mesure où, lors du procès, l'accusation aurait besoin de
tous témoins et surtout de tous les témoignages. Le président de la
ligue centrafricaine des droits de l'homme apporte dans la tombe un bon
nombre d'éléments de ce dossier. Les avocats de JP Bemba n'ont jamais
cessé de faire remarquer que le dossier de leur client était vide.
Est-ce pour cela que le président de la ligue centrafricaine des droits
de l'homme était-il obligé d'aller chercher d'autres témoignages ? Même
à ce sujet, personne ne rassure qu'effectivement Me Goungaye était à la
recherche d'autres témoignages.
La rumeur avait à certain moment fait état de l'intention de la ligue
de se rebiffer après que, selon la même rumeur, on ait pris son
président en possession des éléments falsifiés sur base desquelles il
aurait porté plainte contre le leader du Mlc. Lorsqu'on sait que
l'arrestation des JP Bemba était de nature à servir d'écran de fumée
qui empêcherait de voir les auteurs centrafricains de ces crimes, il y
a des gens qui seraient dans tous leurs états contre tout ce qui
pouvait innocenter JP Bemba. Encore une fois, il revient aux avocats de
JP Bemba de prendre en compte cette donne. L'audience du 12 au 15
janvier prochain est donc d'importance. La Cour va-t-elle confirmer les
charges ou élargir le leader du Mlc ? La question reste posée. Elle
s'ajoute à cette autre interrogation de savoir s'il était juste que
dans ce dossier, JP Bemba puisse être seul à en porter la
responsabilité ?
(SL/PKF/GW/Yes)
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