Hormis
le débat idéologique, si le Rwanda et l'Ouganda quittent la RDC, que la
paix s'installe, que les échanges commerciaux démarrent, l'initiative
de paix prise par le président Joseph Kabila sera bien une success
story à reconnaître indiscutablement
D'emblée,
n'ayons pas peur de mots : Il y a aujourd'hui dans notre pays au moins
quatre éléments de crise. 1. Le premier élément a trait à l'entrée
officielle – autorisée – des armées rwandaise et ougandaise. Au départ,
s'agissant des APR-RDF rwandaises, le plus officiellement, le
Gouvernement avait annoncé l'entrée d'officiers du renseignement. Par
la suite, il n'a plus été question d'officiers du renseignement. Il
sera question de la présence sur notre sol de 4 à 6.000 hommes des
troupes. Certains parlent d'un nombre plus ahurissant de soldats
rwandais présents en RDC : 10.000.
L'opposition – c'est dans son rôle – et des membres de la majorité
donnent de la voix et réclament explications et interpellation du
Gouvernement. Sur pied de l'art. 116 de la Constitution, une pétition
lancée par une Coordination revendique 262 adhésions au sein de la
Chambre basse. Soit plus qu'il n'en faut. Il est question de convoquer
une session extraordinaire de la Chambre en vue de débattre de cette
présence des forces étrangères. Si cette convocation n'est pas
automatique, la crise est réelle.
Cette affaire a lieu au lendemain des déclarations du président
français Nicolas Sarkozy qui font monter le soupçon. 2. C'est le
deuxième élément de crise. Qu'a dit Nicolas Sarkozy ? Lors de la
traditionnelle cérémonie de présentation des vœux au corps
diplomatique, au Palais de l'Elysée – la résidence du Chef de l'Etat
français –, Nicolas Sarkozy a, vendredi 16 janvier 2009, ces mots dans
son discours et à sa bouche : il veut, lui mettre fin au conflit qui
ravage l'est de la RdC, et qui oppose le Rwanda et la RDC. Il veut « un
dialogue non seulement conjoncturel, mais aussi structurel », qui
inclue « le partage de l'espace et des richesses ».
Dans ce registre où il excelle, Nicolas Sarkozy décrit le Rwanda comme
un « pays à la démographie dynamique et à la superficie petite », la
RDC « un pays à la superficie immense » avec une organisation étrange
des richesses frontalières. Les propositions de Nicolas Sarkozy
tournent autour de trois axes, d'après ce qu'en rapporte le très
sérieux quotidien français de Monde » (éd. datée 20 janvier).
Premièrement, mise en place d'une coopération pacifique fondée sur des
projets telle l'exploitation, par la RDC et le Rwanda, des ressources
minières du Nord Kivu, objet de toutes les convoitises. Deuxièmement,
mise en place d'une initiative sur la question foncière, au coeur,
pose l'Elysée, des tensions intercommunautaires dans le Nord Kivu en
raison d'une longue histoire de déplacements de populations.
Troisièmement, le président veut demander aux belligérants du conflit
de travailler sur les problèmes de statut pour les minorités en RDC. Il
encourage la représentation politique de la minorité tutsie au niveau
local. Et – pourquoi pas ? – autre. Sarkozy explique qu'il va soumettre
ces propositions aux Chefs d'Etat africains lors d'un voyage qu'il
envisage en mars en RDC, au Congo-Brazzaville et au Niger.
Ce plan Sarkozy pour la paix en RDC tombe dans un contexte de
rapprochement inattendu entre Paris et Kigali dont les relations depuis
une décennie sont restées brouillées par des accusations réciproques
de crime de génocide et des émissions réciproques des mandats d'arrêt
internationaux.
L'un de ces mandats était émis par le juge anti-terroriste français
Jean-Louis Bruguière contre une personnalité clé de l'entourage du
président Paul Kagame. Rose Kabuye, directrice du protocole d'Etat du
régime rwandais, directrice d'un passeport diplomatique, est arrêtée
fin 2008 à sa descente d'avion à Francfort, en Allemagne la justice
allemande. Extradée en France, elle est remise en liberté avec promesse
de se présenter devant un juge chaque fois que nécessaire. Rose Kabuye
passe les fêtes de Noël et de Nouvel An à Kigali avec son mari et ses
enfants. Elle est revenue à Paris où, avec sa famille, elle réside dans
un hôtel de luxe !
En RDC, on est surpris d'une justice aussi généreuse face à une
personne, officier à la retraite de l'armée rwandaise APR-RDF, visé par
un mandat d'arrêt délivré par la justice française, soupçonnée d'avoir
encadré le commando qui a abattu à Kigali en avril 1994 1'avion de
Juvénal Habyarimana, provoquant la mort de 12 personnes, déclenchant
le génocide anti-Tutsi dans lequel la RDC est empêtrée, mise en examen
pour complicité d'assassinats et association de malfaiteurs...
3. Troisième élément de crise : il vient de l'éclatement de la bulle
immobilière aux USA avec ses répercussions dans le monde. En premier,
le crash boursier suivi chez nous par la fermeture de la
quasi-totalité des entreprises minières au Katanga, le chômage, la
récession, la misère plus grande et plus menaçante.
Si on rappelle que la législature en cours s'est bâtie sur la promesse
des 5 chantiers et si cette promesse ne peut être tenue, il faut pour
la majorité présidentielle construire un discours pour 2011. Nous
appelons à « une nouvelle analyse stratégique, une redéfinition de la
pensée politique nationale » face à un « déplacement de couche
stratosphérique » (Le Soft International n° 979, du 10 février 2009,
voir pages 4 et 5).
Dans son rôle d'arbitre impartial et de garant de l'intérêt général, le
Chef de l'Etat nous paraît en passe de « retisser le tissu national ».
Face au péril majeur qui nous englue, le devoir de tout dirigeant est
d'opérer un plus « vaste rassemblement des hommes et des femmes » « le
Soft International, op. cit ».
4. Enfin, quatrième élément de crise. C'est l'accumulation de ces
crises sur l'opinion publique. La présence des troupes étrangères a
mis le feu à la Chambre qui vient sanctionner le Gouvernement. La
Coordination des Députés pétitionnaires a reçu appui. La Société
civile et la puissance Eglise catholique rallient la thèse.
Dans un « Message des Evêques aux fidèles catholiques, aux hommes et
aux femmes de bonne volonté » daté du 12 février 2009, la CENCO, la
Conférence Episcopale Nationale du Congo, s'adresse au Parlement. Elle
le presse d' « exercer sans complaisance son pouvoir de contrôle du
Gouvernement et d'arrêter des mesures susceptibles de garantir une
gestion honnête et transparente de la République ».
Elle estime, sur « la présence des armées étrangères dans l'Est et
dans le Nord-Est », que « le Parlement doit se donner les moyens de
suivre les opérations militaires en cours, de s'assurer qu'elles
contribuent à la paix véritable en sauvegardant la souveraineté
nationale et l'intégrité territoriale du pays ».
Au Gouvernement, les Evêques le prient de défendre au mieux les
intérêts du peuple congolais et de promouvoir son bien-être et son
développement, d'assumer ses fonctions régaliennes (Paix, Sécurité des
personnes et des biens, Justice). « Nous ne rappellerons jamais assez
que l'absence d'une armée républicaine est préjudiciable à la paix dans
le pays. La réforme de notre armée s'avère prioritaire et urgente. Nous
attendons de notre Gouvernement qu'il fasse preuve d'un leadership
visionnaire et responsable qui ne subit pas les événements, mais les
anticipe en prenant des initiatives qui s'imposent ; qu'il réorganise
et redynamise la représentation diplomatique sur l'échiquier
international. Il est impérieux que la RD Congo retrouve sa place dans
le concert des nations avec des hommes formés et acquis an service de
la nation ».
« A la Communauté internationale : sachant que les Forces
Démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) sont entrées en RD
Congo sur sa demande, qu'elle s'implique effectivement afin que leur
retour ainsi que celui des combattants de l'Armée de Résistance du
Seigneur (LRA) dans leurs pays respectifs s'effectue dans le respect
des lois internationales ».
« Au peuple congolais et aux organisations de la société civile en
particulier : d'être vigilants pour démasquer tout plan ourdi contre
notre pays et de s'opposer par tous les moyens légaux et pacifiques à
toute tentative de balkanisation et à toute exploitation illicite de
nos ressources. Autant rappeler que l'intégrité territoriale et la
souveraineté nationale sont intouchables et non négociables sous
quelque prétexte que ce soit. Le Congo nous appartient, il n'est pas un
pays sous tutelle à vendre ».
En somme, les Evêques écrivent : « Nous voulons la paix. Nous la
voulons dans l'amour. Cette paix que nous recherchons doit être fondée
sur la vérité, la justice et la liberté. Car autant la paix est
nécessaire autant la cause des victimes doit être défendue. Nous
comptons sur la force du droit pour résoudre les conflits sans devoir
sacrifier le Congo, les Congolais et leurs ressources ».
Les déclarations du président français ont fait déverser les 13 et 14
février devant le Palais Bourbon – siège de l'Assemblée nationale
française – des membres de la diaspora de RDC à l'appel – c'est nouveau
– de l'ancien Mobutiste Honoré Ngbanda Nzambo-ko-Atumba autrefois
appelé « Terminator » pour le rôle qu'il a joué dans le massacre des
Chrétiens un 16 février 1992. Très critiqué pour sa politique vis-à-vis
des Noirs de discours de Dakar, la gestion du dossier Rama Yade, la
crise des Antilles, etc., alors que son ministre des Affaires étrangère
Bernard Kouchner est au centre d'une polémique pour son rôle joué à
Brazzaville et à Libreville et est accusé de « cosmopolitisme
anglosaxon », Nicolas Sarkozy sent l'onde choc.
Le 16 février, en réponse à des questions que lui ont fait parvenir
quatre quotidiens de RDC, Sarkozy se rebiffe. « Les polémiques n'ont
pas lieu d'être et les procès qui nous sont faits sont sans fondement
Je voudrais souligner quelques idées simples. Il y a des principes
sacrés : la souveraineté de la RDC, le respect de son intégrité
territoriale, l'intangibilité de ses frontières. La France s'est
toujours battue pour ces principes. Ce n'est pas avec moi que cela
changera ».
Puis : « Il y a aussi une évidence : la RDC, c'est le cœur même de
l'Afrique, autour duquel le continent s'articule. Ses richesses
potentielles sont immenses et pourtant, les Congolais n'en profitent
pas, ou pas assez. Je suis désolé de vous le dire, mais quelque chose
ne tourne pas rond ! Ma conviction, c'est que le retour de la paix
doit s'accompagner d'un dialogue de fond. Regardez ce que nous avons
fait en Europe : nous avons surmonté nos déchirures et nos divisions,
cicatrisé les blessures si profondes de trois guerres entre la France
et l'Allemagne en particulier, pour construire, à partir des projets
concrets et dans le strict respect des Nations qui la composent, une
Europe de paix et de prospérité. Bien sûr, cela nous a pris du temps.
Mais cela nous a permis la reconstruction; cela nous a apporté une
prospérité sans égal et l'essor de nos économies ; cela nous a apporté
aussi la stabilité et la paix. Alors, au nom de quoi les pays autour
des Grands Lacs seraient-ils condamnés à la répétition des guerres et
au malheur ? Ne peuvent-ils pas surmonter cette fatalité que, pour ma
part, je refuse ? Je veux croire en l'avenir ».
Puis : « L'intérêt des Congolais et des pays de la région, c'est de
susciter des projets qui fédèrent plutôt que subir des appétits qui
divisent, de couper à leurs racines les causes de la rivalité, de la
désunion et du malheur. Des institutions existent déjà, comme la
Communauté Economique des Pays des Grands Lacs. Alors, il faudrait la
revivifier, et peut-être même aller plus loin. C'est dans cet esprit
que je voudrais lancer quelques idées : les pays de la région, de
l'Angola au Burundi, et pourquoi pas à la Tanzanie aussi, pourraient
travailler ensemble, comme nous l'avons fait en Europe, pour structurer
leurs marchés, organiser des filières agricoles, commerciales et
industrielles, introduire davantage de transparence et de régies,
développer les ressources énergétiques y compris par des micro-projets,
assurer la sécurité alimentaire et sanitaire, faciliter l'accès à l'eau
potable, protéger le patrimoine naturel, bâtir des infrastructures
régionales pour créer de nouvelles opportunités et multiplier les
débouchés ».
Puis : « Il y a tant de richesses à créer ou à mettre en valeur. Cela
suppose de la confiance en ce dialogue structurel auquel j'ai fait
référence. Cela suppose aussi la coopération qui interdit la prédation
ou l'exploitation. Et je souhaite insister sur ce point. Le Président
Kabila a dit que les décisions doivent être prises à Kinshasa, et nulle
part ailleurs. Il a raison. C'est aux Congolais eux-mêmes de trouver
des solutions. C'est vrai aussi à l'échelle de toute la région : c'est
aux Etats et aux populations de discuter, et disons-le, de coopérer
pour régler les problèmes et retrouver de la confiance. La confiance,
c'est fondamental. La paix ne peut jamais être imposée de l'extérieur ».
Le crash boursier suivi de la crise financière internationale va encore
faire reculer la RDC et retarder -bloquer - le projet phare de la
législature. Nul ne peut dire que le pays soit aujourd'hui dans une
situation idéale pour aborder ses problèmes de développement.
Il y a très peu de gens qui aimeraient être dans la situation de
Joseph Kabila Kabange. Face aux urgences, comment aborder le conflit
dans les Kivu dans un contexte incongru de position de négociation
internationale ? La question n'est pas de savoir comment nous en
sommes arrivés là. La question est que nous en sommes précisément là.
Un Nkunda ou un autre « Seigneur de guerre » soutenu par un Rwanda
soutenu par une nébuleuse anglo-saxonne rejointe désormais par Paris
met l'homme d'Etat dans une situation peu enviable. On reparle du
complot international ourdi contre notre pays, mieux, le piège dans
lequel notre pays est tombé. Nul ne peut écarter l'hypothèse d'un
consensus selon lequel la RDC est incapable de se gouverner et, de ce
fait, de laisser l'Humanité jouir des bienfaits de l'Humanité, à
savoir, les richesses dont regorge ce pays et dont le monde doit tirer
meilleur profit pour son plein épanouissement.
Toutes les crises sont nées de la volonté de l'homme de se mouvoir
librement partout dans le monde pour son complet développement, à
commencer par celui des échanges commerciaux. Eclatée en 1956, la
guerre de Suez a mis l'Egypte face à une alliance secrète, le protocole
de Sèvres, formée par Israël, la France et le Royaume-Uni, à la suite
de la nationalisation unilatérale du canal de Suez par l'Egypte.
L'alliance répondait à des intérêts communs : l'Europe avait des
intérêts, politiques, économiques et commerciaux dans le canal de Suez
et Israël réclamait l'ouverture du canal à son transport maritime.
Israël a justifié son intervention militaire contre l'Egypte comme
réponse aux attaques des Fédayins lancées sur son territoire.
Etat néant, la Somalie vit présentement sous un régime de terreur
assuré par des pirates qui prennent en otage des navires marchands sur
la mer Rouge qu'ils connaissent : ils savent où attaquer et où se
cacher après leur fuite. Avec la mondialisation, 97% de marchandises
et 60% de produits pétroliers circulent par la mer. Une résolution
n°1846 du Conseil de sécurité des Nations unies, co-parrainée par
dix-neuf Etats, réprime les actes de piraterie dans les eaux
territoriales somalienne. A Pékin, un porte-parole du ministère des
Affaires étrangères Liu Jiánchao, déclare lors d'une conférence de
presse que la Chine, à qui l'Occident a confié la « garde » et la
« gestion » de l'Afrique « envisage activement d'envoyer des navires
militaires dans le Golfe d'Aden pour participer aux opérations de
protection des voies maritimes ». Au large de la Somalie, sur la route
du pétrole, une guerre mondiale contre ces nouveaux pirates se
prépare. La Somalie, pays sans Etat, à l'Humanité de s'assumer et
d'assurer la sauvegarde de l'Humanité... C'est le sens du discours de
Nicolas Sarkozy sur la région des Grands lacs qui prolonge celui de
l'Américain Cohen
Si Si ? De la forme et du fond
Si les initiatives du Gouvernement n'ont pas toujours brillé par leur
visibilité faisant monter inutilement la tension dans le pays d'Eglise
catholique très écoutée par de peuple dont elle est solidaire « veut
savoir », « veut s'assurer » presse le Parlement « d'exercer sans
complaisance son pouvoir de contrôle (...) » !
Si le système de communication pose problème (d'experts du renseignement militaire, on en est à 4 ou 10.000 soldats rwandais
- qui ont envahi par deux fois la RDC, sans parler des Ougandais
- qui ont envahi par deux fois la RDC ; quant au sort de Laurent Nkunda
(Batware) Mihigo, les couacs ne se comptent plus) ! Si, malgré les
maladresses, le Rwanda et l'Ouganda quittent la RDC au terme
généralement annoncé, que la paix vient à s'installer dans la
sous-région, que les échanges commerciaux démarrent entre nos pays !
Si Nkunda et Ntaganda sont livrés, le premier au Gouvernement de RDC,
le deuxième au procureur de la CPI, qui les réclament activement !
Si, si, si!... Est-on fondé de condamner une initiative certes osée et
qui a surpris les spécialistes, irrité face à des déclarations
contradictoires dans les trois Capitales et le courage -l'audace - dont
des dirigeants de la sous-région ont fait montre ? Mis à part le débat
de procédure qui ne manque pas du piquant, ne serait-on pas face à une
success story susceptible de mettre ses artisans en mesure de réclamer
reconnaissance pour la paix retrouvée ? Les grands que les manuels
d'histoire nous apprennent à longueur de journée ont été souvent mal
compris et non reconnus par leurs contemporains en phase avec des
événements souvent inintelligibles en premier lieu la contre
propagande. L'Histoire - elle - les a élevés.
(DN/Milor/GW/Yes)
Tryphon Kin-Kiey M./Le Soft/International
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