Joseph Kabila, en séjour de travail à Kisangani après Mbandaka, a reçu le samedi 28 février 2009 le secrétaire général de l'Onu, en tournée en Afrique depuis le 24 dernier, tournée commencée par l'Afrique du Sud et le Zimbabwe pour se poursuivre par le Rwanda, le Kenya et l'Egypte.
C'est du chef-lieu de la Province Orientale que Ba Ki-moon est descendu à Goma en fin de journée avant de visiter, le lendemain, le centre d'accueil des déplacés de guerre à Kibati, à une douzaine de km de la capitale provinciale.
Au cours du point de presse tenu à Goma juste après son arrivée, le secrétaire général des Nations Unies s'est évidemment prononcé sur les échanges qu'il a eu avec le chef de l'Etat congolais, opérations militaires combinées Fardc/Updf et Fardc/Rdf incluses.
<< …le président Kabila et moi-même avons évalué la situation actuelle ; nous pensons que c'est une opportunité que la situation actuelle est bien meilleure que ce qu'on a vu >>, a-t-il avant d'ajouter : << Nous avons essayé de réfléchir sur comment maintenir et améliorer les Fardc >>.
Ayant exprimé au président Kabila sa satisfaction à la suite des progrès constatés sur le terrain des opérations militaires, Ba Ki-moon s'est réjouit également << de l'amélioration des relations avec le président Kagame du Rwanda >>. Il croit que les deux chefs d'Etat << pourront travailler ensemble afin d'avancer le rapprochement…>> enclenché au travers de l'opération << Umoja Wetu >>.
Se prononçant à ce sujet, il a estimé que << l'opération conjointe congolo-rwandaise (…) de ces deux dernières semaines a eu un aboutissement positif >>.
S'agissant particulièrement des Fdlr, sa position est claire : << Nous devons nous assurer que les Fdlr ne se réorganisent pas et qu'elles ne reviennent pas au niveau auquel elles étaient >>, a-t-il dit. Il s'est voulu convaincant en précisant que << Dans le contexte du mandat qui lui a été attribué par le Conseil de sécurité, la Monuc est en train de faire tout son possible pour assister les autorités congolaises, et en particulier l'armée nationale congolaise, avec l'appui logistique, l'appui technique et (…) également un appui d'entraînement, et nous allons continuer de travailler dans cette direction >>.
Ba Ki-moon a certes relevé << les limites en capacités et en ressources >> de la Monuc, mais il a aussi fait observer que celle-ci << fait des efforts pour soutenir l'armée congolaise et protéger les civils >>.
Il a saisi l'opportunité pour dire combien il était heureux de cette occastion lui ayant permis << de discuter avec le président Kabila de la nécessité d'une coopération étroite entre le gouvernement et la population de RDC et l'Onu >>, considérant au passage qu'<< Une étroite collaboration entre le gouvernement et la Monuc est particulièrement importante pour stabiliser l'est et protéger la population >>.
Exclusion, puis inclusion !
Quel enseignement peut-on tirer de la rencontre Kabila-Ba Ki-moon de Kisangani au lendemain de la fin de l'opération << Umoja Wetu >> ?
D'abord, la Monuc est aujourd'hui mise devant ses responsabilités. Car, il a été malheureusement constaté que la mission onusienne agit plus sur le terrain politique que sur le terrain militaire. Au demeurant, un expert indépendant, Jason Stearns pour ne pas le citer, est d'avis que << Le problème, c'est que la Monuc a toujours eu plus de succès sur le plan politique que militaire. Alors que son rôle principal est la protection des civils, elle n'a pas très bien rempli cette fonction…>>.
Mais, la réalité – continuellement escamotée – est que l'Accord de Lusaka (duquel la mission onusienne tient son existence) charge de la Monuc de procéder au rétablissement de la paix en RDC et, parmi les mécanismes prévus, il y a au chapitre 8 le désarmement des groupes armés étrangers au nombre desquels (selon le chapitre 9) la Lra (Ouganda) et les ex-Far/Interahamwe confondus aux Fdlr (Rwanda).
Les observateurs avertis ont le loisir de constater qu'en dix ans bientôt d'opérationnalité, la Monuc n'a jamais réussi à désarmer un seul groupe armé étranger cité dans l'Accord de Lusaka, encore moins traduit en justice auprès du Tribunal pénal international un seul chef rebelle alors que les atrocités attribuées notamment à la Lra et aux Fdlr sont évidentes !
C'est probablement en raison de cette carence que les présidents Kabila, Museveni et Kagame, encouragés par les Américains et les Européens, ont opté pour des opérations militaires combinées n'impliquant pas directement la Monuc.
On se souviendra comment, au lendemain de ces opérations, la mission onusienne s'est empressée de se plaindre de son exclusion avant de proposer ses bons offices.
Ce n'est donc pas sans surprise qu'à l'occasion de la parade militaire organisée le 24 février dernier dans le cadre du retrait des troupes rwandaises du territoire congolais, le << retour >> de la Monuc dans lesdites opérations a été mis en exergue par les officiels de la RDC et du Rwanda présents à Goma. Autant que les ministres de la Défense, les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont annoncé la poursuite des opérations anti-Fdlr au Sud-Kivu par une action concertée Fardc/Monuc pendant que les Fardc et la Pnc vont entreprendre le ratissage au Nord-Kivu.
Déduction
En rappelant, au cours de sa conférence de presse de samedi dernier à Goma, que << Le mandat de la MONUC est de soutenir l'action des autorités et institutions congolaises, pas de s'y substituer >> tout en précisant que << La MONUC travaille à étendre l'autorité de l'Etat et à établir l'état de droit, qui sont les seules garanties de la paix et de la stabilité dans la région >>, Ba Ki-Moon incite les observateurs à déduire de cette déclaration que cette fois-ci, la mission onusienne entend jouer concrètement et pleinement le rôle militaire pour lequel elle avait été montée !
Kabila, Museveni et Kagame l'y ramènent.
C'est en cela que, dans le contexte politique actuel dominé par la crise institutionnelle, Ba Ki-moon conforte la position du premier cité.
Omer Nsongo die Lema
(en reportage à Goma)
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