Treize heures de route carrossable au volant de son véhicule, temps pris par le président Joseph Kabila parti mardi de Kisangani pour atteindre Beni où il a été chaleureusement accueilli avant d'y déployer d'intenses activités, notamment un tête-à-tête à Kasase avec son pair ougandais Yoweri Museveni.
Le chef de l'Etat congolais, Joseph Kabila est arrivé mercredi à Beni. Au volant de sa voiture, il a roulé sur la route nationale n° 4 abandonnée il y a 20 ans, route qu'il vient de réhabiliter. On peut donc rouler sur cette route à du 100 km à l'heure. Il a quitté Kisangani mardi à 5 heures du matin et a atteint Beni à 18 heures. A la demande de la population, il a fait plusieurs escales, notamment à Bafwasende, Niani, Epulu, Mombassa et à Bomanda. Partout, il a été follement ovationné par la foule en liesse. Dès qu'il est arrivé à Beni, il a fait 700 mètres à pied jusqu'à la Place de l'Indépendance. Il était accompagné du gouverneur de province, M. Autsai.
Ce matin, il rencontre son homologue ougandais, Yoweri Museveni à Kasindi en territoire congolais à 75 km de Beni.
A Beni, il doit donner le coup d'envoi des travaux d'asphaltage de la route de grande importance qui reliera la Province Orientale au Grand nord, à savoir la province du Nord-Kivu jusqu'à Goma. Le chef de l'Etat congolais, profitant de son déplacement par route, inspecte l'état de la route entre Kisangani et Beni afin de se faire une idée plus ou moins claire des travaux à effectuer. Le voyage de Joseph Kabila dans cette partie de la Rdc intervient après la fin de la guerre consécutive à l'intégration des anciens rebelles dans l'armée nationale et surtout au retour des soldats rwandais qui étaient venus sur le territoire congolais en vue de participer aux opérations conjointes avec l'armée nationale congolaise pour rapatrier les rebelles hutu rwandais des Fdlr.
Voyage par route, preuve du retour de la sécurité
La présence de Joseph Kabila sur cette parie jadis troublée et le fait qu'il fasse de longues distances par route est une preuve du retour de la sécurité. Joseph Kabila saisira l'opportunité pour rencontrer son homologue ougandais à Kasindi, une localité congolaise située à la frontière de deux pays. Les deux chefs d'Etat vont évaluer les opérations conjointes menées entre les deux pays alliés à l'armée du Sud Soudan. A ce jour, tout le monde est d'avis que les opérations ont donné des résultats positifs dans la mesure où les éléments de Lra ont été dispersés dans la nature. Le souhait de l'Ouganda, on le sait, était de voir ces opérations se poursuivre jusqu'à la neutralisation totale de Lra. Il nous revient que les rebelles ougandais de Lra poursuivent les exactions contre les populations civiles dans la région de Dungu et de Faradje.
Les inquiétudes de la Société civile de la Province Orientale
Selon les sources proches de la mission de l'Onu en Rdc, les éléments de Lra auraient fait des victimes le samedi dernier. Un homme aurait été tué. La victime aurait rencontré les Lra sur la route qui mène vers Ariwara dans la province Orientale. La chefferie Malingindo aurait également été mise à sac par les rebelles ougandais de Lra. Au niveau de la société civile de la Province Orientale, contrairement au discours politicien, ces exactions risquent de s'intensifier si les soldats ougandais se retirent. Cette question va certainement figurer au menu des entretiens entre Joseph Kabila et Yoweri Museveni. Cette inquiétude de la société civile de la Province Orientale est compréhensible, mais, il n'est pas normal de faire croire qu'il n'y aurait que l'armée ougandaise pour mettre fin aux exactions de Lra. Le souhait de tout le monde, qui devrait être celui de la société civile de la Province Orientale, c'est celui de voir le gouvernement congolais prendre des dispositions afin que le Lra ne puisse plus se réorganiser afin de poursuivre des exactions contre les populations civiles.
Poser le problème en terme de la prolongation de la présence des soldats ougandais en territoire congolais peut contrarier le Chef de l'Etat congolais. De même, si l'Ouganda se met dans une espèce de chantage afin que la Rdc se trouve forcée de prolonger la présence de ses troupes sur le territoire congolais, cela peut faire penser à un agenda caché. Car, en effet, les officiers ougandais l'avaient fait remarquer, le Lra opérant sur le territoire congolais, c'est ce pays qui a intérêt à insister sur la poursuite des opérations avec des armées des pays voisins. Il n'empêche que cette question s'invite aux entretiens de ce mercredi entre Joseph Kabila et Yoweri Museveni. Il n'est pas exclu que Joseph Kabila qui est sur le terrain puisse aller dans le sens de rencontrer le souhait de Kampala. Il a été démontré que la coopération entre les pays voisins dans le but de nettoyer les poches d'insécurité aux frontières communes vaut mieux que d'attendre la solution au niveau des pays qui ne vivent pas et ne sentent pas au quotidien les effets de cette insécurité.
Sonder les voies de la coopération ougando-congolaise
Outre l'évaluation des opérations militaires conjointes contre le Lra, Joseph Kabila et Museveni vont sonder les voies de la coopération entre les deux pays dans les domaines autres que la guerre. Museveni est en fait demandeur de cette rencontre. On se souvient qu'il avait émis le souhait de rencontrer Joseph Kabila dans une localité frontalière congolaise ou ougandaise lors du dernier déplacement de l'ancien ministre des Affaires Etrangères, Mbusa Nyamwisi en Ouganda. A cette époque, la guerre faisait rage au Nord-Kivu et Museveni estimait que les autorités congolaises depuis Mobutu ne comprenaient pas qu'il s'agissait d'une guerre économique. Il voulait par conséquent rencontrer son homologue congolais pour en parler.
Homme à ne pas céder au chantage, Joseph Kabila n'avait pas sauté sur l'occasion que lui offrait Museveni. Aujourd'hui, la donne a changé. La paix est revenue au Nord-Kivu, même s'il faut attendre que les dernières convulsions cessent. Il serait plus aisé pour Joseph Kabila d'aborder cette question sans pression. Si aujourd'hui, entre le Rwanda et la Rdc on peut parler d'autre chose que de la guerre et des Fdlr, Kampala doit en faire autant. Attendre que le Lra soit mis hors d'état de nuire avant de parler économie. Il faudra également que les autorités ougandaises apprennent que faire la guerre aux voisins pour atteindre des objectifs économiques n'est pas une stratégie dont on peut se vanter. Si donc le Lra continue des exactions en vue de permettre la prolongation des opérations conjointes, Kinshasa ne pourra pas s'engager sur cette voie et usera de tous les moyens pour défendre son territoire et protéger sa population.
Les cinq chantiers réalité en province
Au même moment qu'il continue avec la diplomatie de paix qui est à la base de la situation que l'on vit maintenant dans la partie Est du pays, Joseph Kabila ne perd pas le temps pour relancer les cinq chantiers dans les provinces. C'est ainsi qu'il avait annoncé la réhabilitation de l'aéroport de Kisangani. Avant même qu'il quitte le chef-lieu de la province Orientale, les experts de la Rva sont déjà à pied d'œuvre. C'est le sens du déplacement de l'Administrateur délégué général de la Régie des Voies Aériennes (RVA) à Kisangani où Jean Acisse, est arrivé le dimanche dernier. Aujourd'hui, ce sera le tour de la route dont Joseph Kabila lance les travaux. Lorsqu'on sait que Joseph Kabila est encore dans cette partie du pays, on découvrira au fil des visites des différents projets dont l'exécution n'attendait que la fin effective de la guerre. Selon l'Adg se la Rva, les travaux de la réhabilitation de l'aéroport se terminera à la fin de cette année. Il a même précisé que ce sera avant Noël 2009.
Aujourd'hui, on saura les détails techniques et la durée des travaux de la route que Joseph Kabila inaugure à Beni. Au niveau de Goma, il sera sans aucun doute question de la réhabilitation de l'aéroport endommagé par l'irruption volcanique. Il y aura sans aucun doute d'autres projets. Le plus important de tous, c'est ce projet de paix qui permet aux habitants de Goma en particulier et ceux de la province du Nord-Kivu en général, de vivre, de dormir de se réveiller et de travailler sans la psychose du crépitement d'armes. De Goma.
Escale significative à Bafwasende
Arrivée à 8h30 au chef lieu du territoire de Bafwasende, le Président de la République est monte dans sa jeep à 9 h00 après une marche à pieds sur environ 500 m au centre commercial.
Accueilli à la stèle érigé jadis par le MPR de triste mémoire, le Président Kabila a pris d'abord la direction du bureau du territoire jusqu'au niveau du bureau de la Police pour faire demi tour et reprendre la nationale N° 4, en longeant la tribune, le centre commercial posant des questions à l'Administrateur du territoire Idris sur la situation sociale et sécuritaire pour monter à bord de sa jeep au bas de la colline où est érigée l'église catholique.
L'Administrateur du territoire a fait la synthèse des préoccupations de la population dans un rapport qui lui a été déposé. Le manque criant d'infrastructures scolaires au niveau primaire, secondaire et instituts supérieurs, routes de desserte agricole, appui aux agriculteurs, des dizaines de ponts qui rendent l'évacuation des produits agricoles difficiles, pont Avakubi sur la rivière Ituri, l'insécurité à Opienge, sont autant de préoccupations exprimées au Président Kabila.
Bien avant son arrivée des équipes d'avance avaient palpé les nombreux problèmes qui bloquent le développement de Bafwasende : Absence d'énergie électrique, pas d'eau potable (Regideso), les femmes violentées pendant la période trouble allongée. Telle est la liste des problèmes qui bloquent le rayonnement de Bafwasende.
Les grandes attentes
Plusieurs mémos déposés par les filles et fils de Bafwasende à la Présidence attendent des réactions depuis quelques années. Peut-on croire qu'avec le passage de Rais lui-même sur plus de 200 km, de 122 km au-delà de 310 km sans une activité économique de grande envergure, mais plutôt la forêt dense, le territoire de Bafwasende regroupe pourtant d'immenses richesses dans son sol et sous sol non encore exploitées.
Les investisseurs sont donc attendus pour transformer les richesses potentielles en richesses réelles. La paix qui s'installe à petit feu pourra peut être servir de leitmotiv pour le développement de cette partie de la République, soutient oubliée.
(PKF)
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