Prévus pour 48 heures, soit du mercredi 24 au jeudi 25 juin 2009, les travaux de la 1ère session de la Conférence des Gouveneurs de province prennent fin ce soir, sauf changement de dernière minute.
Effectivement, selon le programme remis hier à la presse, il est question, pour aujourd'hui, de clôturer ces assises à l'issue de la lecture du compte rendu.
La journée est suffisamment surchargée, car après la reprise des travaux suspendus hier vers 21h40 – heure de Kisangani – il va falloir attaquer le gros morceau avec d'abord la poursuite des travaux en commission, ensuite la tenue de l'assemlée plénière au cours de laquelle se feront la mise en commun des rapports respectifs, l'adoption des avis et suggestions ainsi que l'adoption du budget annuel de la Conférence.
Pour rappel, il a été constitué hier 4 commissions spécialisées dont la Commission Politique, Administration, Sécurité et Justice, la Commission Economie et Finances, la Commission Reconstruction et Développement et la Commission Sociale et Culturelle.
Pour rappel également, les travaux sont présidés par le chef de l'Etat en personne sur le modèle du Conseil des ministres.
Faute de compte rendu partiel sur la première journée consacrée à la validation des mandats, à l'adoption de l'ordre du jour, à l'adoption du règlement intérieur et à la mise en place du Secrétariat permanent avant la présentation des états des lieux province par province et la constitution des commissions, on ne peut en dire davantage sur les travaux au risque de se livrer à des supputations.
Le black out est total.
A observer cependant la présence des ministres invités, notamment Athanase Matenda (Finances), Michel Lokola (Budget) et Antipas Mbusa (Décentralisation), les supputations font penser que les questions sensibles de la Rétrocession aux provinces des 40 % des recettes budgétaires générées localement, de la Caisse de Péréquation et du nouveau Découpage territorial figurent en bonne place dans l'ordre du jour. Dans le même ordre d'idées, il est fait état de l'invitation qui serait adressée au ministre de la Justice Luzolo Bambi.
Cause profonde de la “mal gouvernane”
La question que bien des observateurs se posent est de savoir comment et pourquoi les autorités nationales ont attendu 49 ans pour convoquer la Conférence des gouverneurs de province alors que toutes les Constitutions de la République depuis le 30 juin 1960 instituent cette plateforme !
Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila ont droit à l'excuse. Le contexte politique dans lequel ils ont successivement évolué - le premier entre mai 1997 et janvier 2001; le second entre janvier 2001 et déembre 2006 – ne pouvait leur permettre cet exercice. Peut aussi être excusé Joseph Kasa-Vubu; la 1ère République ayant été malmanée par la politique politcienne.
Des quatre chefs d'Etat à s'être succédé à la tête du pays, seul Moutu Sese Seko a évolué dans un contexte favorable, principalement entre 1965 et 1990. En effet, il a bénéficié de la Pax americana garantie par la Guerre froide, il a été à la tête d'un puissant Parti-Etat, le Mpr (présent dans tous les coins et recoins du pays) et il n'a pas fait face à la contestation politique classique propre à tout régime démocratique.
Donc, il a été en mesure de tenir ne serait-ce qu'une dizaine de sessions de ces assises.
Il s'en est passé, et on peut comprendre la cause première de la “ mal gouvernance ” qui s'en est suivie et dont les Consultations populaires ont relevé l'ampleur début 1990. Résultat : plongé dans une longue transition de 16 ans, le pays peine, aujourd'hui, à s'en sortir.
Kabila prend les choses en mains
La portée de l'institutionnalisation de la Conférence des Gouverneurs réside dans la structuration même du Pouvoir central. Celui-ci a pour premier et principal palier le Pouvoir provincial. Le premier est un et unique; le second est par nature multiple, cela aux plans de la composition et de l'animation.
Au plan de la composition, il y a en RDC 11 Pouvoirs provinciaux représentatifs des 11 Provinces actuelles. Avec le nouveau découpage, il faut commencer à envisager la présence des 26 provinces. Au plan de l'animation, les Pouvoirs provincaux peuvent être représentatifs de la Majorité (cas de l'Amp/Pprd) ou de la Minorité (cas de l'Un/Mlc).
La seule plateforme où tous ces pouvoirs peuvent se concerter et agir de commun accord est justement la Conférence des Gouverneurs. Ceci d'un. De deux, le Pouvoir central ne peut agir sur un district ou un quartier donné sans impérativement passer par le palier Province, entendez Pouvoir provincial. C'est de cette façon, mais alors de cette façon seulement qu'il peut instaurer et faire respecter l'unité de commandement !
Résultat : les deux Pouvoirs sont obligés d'évoluer ensembele, d'avoir le même corps, de partager le même esprit.
Après tout, constitutionnellement parlant, le Gouvernement central ou le Gouvernement provincial rend compte de sa gestion à l'Assemblée nationale ou à l'Assemblée provinciale, selon le cas. Les députés (nationaux ou provinciaux) ont notamment pour mission de déposer auprès des bureaux de leurs organes respectifs des rapports des vacances parlementaires ou tous autres rapports sur le fonctionnement de leurs circonscriptions électorales.
Comment le Gouvernement central et le Gouvernement provincial seront-ils efficaces dans leur propre fonctionnement s'ils n'ont pas une plateforme de concertation et d'action, celle-là même qui ne peut être que la Conférence des Gouverneurs de province ? Et comment le chef de l'Etat, élu au suffrage universel direct et secret sur base de son projet de société ou de son programme électoral, peut-il influer sur l'action gouvernementale s'il n'a aucune autorité sur cette plateforme ?
En étrennant ces assises – les premières en 49 ans d'Indépendance – le président Kabila donne la preuve de la vision qu'il a pour le Congo. Un Congo qui ne peut se (re)construire qu'à partir des provinces.
A Kisangani, il a décidé de prendre les choses en mains, mais en demeurant dans la légalité constitutionnelle. Et celle-ci lui reconnaît, en plus de la qualité de membre de cette structure aux côtés du Premier ministre, du ministre de l'Intérieur et des gouverneurs de province, celle de président...
Au soir de ce jeudi 25 juin 2009, sauf changement de date, le compte rendu officiel en apporte le témoignage.
ONL |